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Le protestantisme et ses avatars

 
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ALM
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MessagePosté le: Dim 9 Nov - 23:06 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

La transmission régulière du savoir est la base même de la doctrine traditionnelle (comme en témoigne d'ailleurs l'étymologie du mot tradition). En Islam par exemple, rien ne pourra être enseigné - et donc appris - légitimement sans que cela ne soit le fait d'un maître autorisé à transmettre, et quelque soit la science religieuse considérée (tajwîd - récitation du Coran, hadîth - paroles du Prophète, fiqh - droit, tafsîr - interprétation, taçawwuf - soufisme...) ; là-dessus, on rappellera encore que l'autorisation d'enseigner, ou ijaza, remonte au Prophète lui-même par l'intermédiaire d'une chaîne de transmetteurs, chaîne qui confère ainsi au dépôt la garantie de son intégrité. Primauté de l'autorité, primauté de la succession (apostolique par exemple ; j'aurais l'occasion de revenir sur tout cela dans le fil "Le rapport à l'Autorité").

A-contrario, la notion de libre-examen a été identifiée très tôt, et partout, comme "la mère des hérésies". Salafisme (wahhabite ou réformiste), sionisme, protestantisme... autant d'appellations qui désignent, sous des formes et des orientations différentes, une seule et même réalité (millatu-l-kufr wahida, "la mécréance est une profession de foi unique" dira en ce sens la tradition islamique).

Pour introduire le sujet, j'aimerais vous reproduire ces quelques extraits d'un opuscule de Joseph de Maistre intitulé Sur le protestantisme :

"Depuis l'époque de de la Réformation, il existe en Europe un esprit d'insurrection qui lutte d'une manière tantôt publique, tantôt secrète, mais toujors réelle, contre toutes les souverainetés et surtout contre toutes les monarchies. Le grand ennemi de l'Europe qu'il importe d'étouffer par tous les moyens qui ne sont pas des crimes, l'ulcère funeste qui s'attache à toutes les souverainetés et qui les ronge sans relâche ; le fils de l'orgueil, le père de l'anarchie, le dissolvant universel, c'est le protestantisme. Qu'est-ce que le protestantisme? C'est l'insurrection de la raison individuelle contre la raison [intellect] générale (...)"

"L'empire est sacré, la religion est civile ; les deux puissances se confondent ; chacune emprunte de l'autre une partie de sa force, et, malgré les querelles qui ont divisé ces deux soeurs, elles ne peuvent vivre séparées."

"Le principe fondamental de cette religion [le christianisme], l'axiome primitif sur lequel elle reposait dans tout l'univers avant les novateurs du XVIème siècle, c'était l'infaillibilité de l'enseignement d'ou résulte le respect aveugle pour l'autorité, l'abnégation de tout raisonnement individuel, et par conséquent l'universalité de croyance. Or ces novateurs sapèrent cette base : ils substituèrent le jugement particulier au jugement catholique ; ils substituèrent follement l'autorité exclusive d'un livre à celle du ministère enseignant plus ancien que le livre et chargé de nous l'expliquer - un livre, séparé de l'autorité qui l'explique, n'est rien. De là vient le caractère particulier de l'hérésie du XVIème siècle. Elle n'est point seulement une hérésie religieuse, mais une hérésie civile, parce qu'en affranchissant le peuple du joug de l'obéissance et lui accordant la souveraineté religieuse, elle déchaîne l'orgueil général contre l'autorité, et met la discussion à la place de l'obéissance."

"Ainsi, dans la lutte terrible du XVIème siècle, c'était d'un côté la rébellion qui attaquait et de l'autre la souveraineté qui se défendait. (...) Or, dans tous les cas de rébellion, les excès même de la puissance qui se défend sont à la charge du rebelle. L'humanité en corps a droit de reprocher la Saint Barthélemi au protestantisme, car pour l'éviter, il n'y avait qu'à pas se révolter. Toute puissance même spirituelle ne pouvant être excercée sur la terre que par des hommes, si la Souveraineté est attaquée, il est impossible que l'homme ne se montre pas, et qu'elle se défende comme un être purement raisonnable et impassible. Si elle excède les bornes d'une légitime défense, son ennemi n'a pas droit de s'en plaindre. Un protestant qui reproche la Saint Barthélemi à la Souveraineté française ressemble parfaitement à un Jacobin de notre siècle qui déclamerait contre l'inhumanité des Chouans. (...) Ces hommes qui ont sans cesse dans la bouche les mots de contrat social, de pacte primitif, de résistance légitime, etc. ; ces hommes qui permettraient une révolution pour abolir la dîme ou les droits féodaux, soutiennent l'obéissance passive lorsqu'il s'agit du plus grand et du plus précieux de tous les droits."

"Il était aisé de prévoir que l'abolition du catholicisme menait droit à celle du christianisme, et que le système des Réformateurs en dernière analyse se réduisait à la singulière prétention de vouloir tout à la fois maintenir les lois d'un empire et renverser le pouvoir qui les fait exécuter."

"Louis XIV foula au pied le protestantisme et il mourut dans son lit, brillant de gloire et chargé d'années. Louis XVI le caressa et il est mort sur l'échafaud."

"La grande base du protestantisme étant le droit d'examiner, ce droit n'a point de limites ; il porte sur tout et ne peut recevoir de frein. (...) Or nul homme, et même nul corps, ne possédant, suivant cette secte, la souveraineté religieuse, il s'ensuit que l'homme ou le corps qui examine et rejette une opinion religieuse ne peut, sans une contradiction grossière, condamner l'homme ou le corps qui examine en examinerait ou en rejatterait d'autres. Donc, tous les dogmes seront examinés et, par une conséquence infaillible, rejetés plus tôt ou plus tard ; il n'y aura plus de croyance commune, plus de tribunal, plus de dogme régnant : c'est ce que veut Condorcet, et c'est ce que veulent ses semblables (...) Aussi, il n'y a pas de factieux, il n'y a pas d'ennemi de la religion et des lois qui n'ait vanté le protestantisme. Il n'y a pas de fauteurs de l'exécrable Révolution dont nous sommes les témoins qui n'ait vanté celle du XVIème siècle."

"On ne s'exprime point exactement lorsque l'on dit que le protestantisme est, en général, favorable à la république ; il n'est favorable à aucun gouvernement : il les attaques tous ; mais comme la souveraineté n'existe pleinement que dans les monarchies, il deteste particulièrement cette forme de gouvernement, et il cherche les républiques où il a moins à ronger. Mais, là comme ailleurs, il fatigue les souveraineté et ne peut supporter le joug social. Il est républicain dans les monarchies et anarchiste dans les républiques. L'union constitutionelle du sceptre et de la crosse le fait rugir. Il sait bien qu'il ne peut les briser qu'en les séparant, ce à quoi il travaille sans relâche."

"Une intelligence céleste viendrait leur dicter des lois qu'ils protesteraient toujours : ce n'est pas cette autorité qui leur déplaît ; c'est l'autorité."

"Les souverainetés n'ont de force, d'unité et de stabilité qu'en proportion qu'elles sont divinisés par la religion. Or le christianisme, c'est à dire le catholicisme, étant le ciment de toutes les souverainetés européenes, le protestantisme, en leur enlevant le catholicisme sans leur donner une autre foi, a miné la base de toutes celles qui ont eu le malheur d'embrasser la Réforme : en sorte que, plus tôt ou plus tard, il doit les laisser en l'air. Le mahométisme, même le paganisme auraient fait politiquement moins de mal, s'ils s'étaient substitués au christianisme avec leur espèce de dogmes et de foi. Car ce sont des religions, et le protestantisme n'en n'est point une."

"Il est des mots qu'on répète souvent ; et, à force de les répèter, on s'habitue à croire qu'ils signifient quelque chose de réel ; et cependant il n'en n'est rien. De ce nombre est celui de protestant. Qu'est-ce qu'un protestant? Il semble d'abord qu'il est aisé de répondre ; mais si l'on réfléchit, on hésite. Est-ce un anglican, un luthérien, un calviniste, un zwinglien, un anabaptiste, un quaker, un méthodiste, un morave, etc. (je suis las). C'est tout cela, et ce n'est rien. Le protestant est un homme qui n'est pas catholique, en sorte que le protestantisme n'est qu'une négation. (...) Ainsi, le protestantisme est positivement, et au pied de la lettre, le sans-culottisme de la religion. L'un invoque la parole de Dieu ; l'autre, les droits de l'homme ; mais dans le fait c'est la même théorie, la même marche et le même résultat. Ces deux frères ont brisé la souveraineté pour la distribuer à la multitude."

Fin de citations.
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"Prosterne toi et approche toi" Coran
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MessagePosté le: Dim 9 Nov - 23:06 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Corto



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MessagePosté le: Lun 10 Nov - 11:03 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Cher Alm,

il faut que je réponde à ce post mais j'aurai besoin d'un peu de temps parce que je dois chercher les textes et éventuellement traduire Max Weber dont j'ai les livres en allemand.
Quel est l'ouvrage de Joseph de Maistre dont sont tirées ces lignes ? Elle vont vivement interesser mon groupe politique qui partage cette critique du protestantisme vu sous l'angle du rejet de l'autorité, plus exactement de ce que Jean-Pierre Lebrun appelerait le rejet de la "position d'exception".
C'est un cadeau de Dieu pour moi que de lire votre post aujourd'hui en rasison de démêlés plus personnels que j'ai eus récemment avec un autre groupe ( associatif) qui prétend combattre par l'immoralisme une économie dérégulée ( aboutissement du rejet de l'autorité divine et paternelle ) tout en réclamant des libertés individuelles , sexuelles, l'autogestion, l'absence de "tutelles", etc et en amalgamant droite néolibérale majoritaire et traditionnalisme religieux...

Je vous ferai une réponse plus détaillée plus tard.

Corto
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"L'idée que les croyances de l'humanité entière ne sont qu'une vaste mystification à laquelle nous sommes à peu près les seuls à échapper est pour le moins prématurée."
René Girard.
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Corto



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MessagePosté le: Lun 10 Nov - 11:04 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Excusez-moi, j'avais lu un peu rapidement et je viens de tomber sur le titre de l'opuscule. Merci mille fois.
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René Girard.
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Salomon Bel-Air



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MessagePosté le: Lun 10 Nov - 12:33 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Citation:
A-contrario, la notion de libre-examen a été identifiée très tôt, et partout, comme "la mère des hérésies". Salafisme (wahhabite ou réformiste), sionisme, protestantisme... autant d'appellations qui désignent, sous des formes et des orientations différentes, une seule et même réalité (millatu-l-kufr wahida, "la mécréance est une profession de foi unique" dira en ce sens la tradition islamique).


C'est le protestantisme libéral à partir du XIXe siècle qui énonce le libre examen avec, par exemple, le pasteur Samuel Vincent qui écrit en 1829: "le fond du protestantisme, c'est l'Évangile ; sa forme, c'est la liberté d'examen" (Vues sur le protestantisme en France, Nîmes). Cette propension qui peut mener à la critique radicale de la Bible et à l'incroyance, voire se ramener à la libre-pensée, va être constestée ensuite par le fondamentalisme protestant.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Libre_examen

"l’individualiste religieux s’appelle la réforme ou libre examen, l’individualisme politique s’appelle la révolution, l’individualisme dans l’art s’appelle le romantisme et entre ces trois aspects il y a de nombreux liens" disait Maurras.

Citation:
Qui dit individualisme dit nécessairement refus d'admettre une autorité supérieure à l'individu, aussi bien qu'une faculté de connaissance supérieure à la raison individuelle ; les deux choses sont inséparables l'une de l'autre. Par conséquent, l'esprit moderne devait rejeter toute autorité spirituelle au vrai sens du mot, prenant sa source dans l'ordre supra-humain, et toute organisation traditionnelle, qui se base essentiellement sur une autorité, quelle que soit la forme qu'elle revêt, forme qui diffère naturellement suivant les civilisations.


Citation de Réné Guénon, dans son livre "La crise du monde moderne" p 133.

Je tiens à vous informer puisque que l'on parle de protestantisme et afin d'éviter les confusions entre certaines notions, que selon L.Dumont1, l'individualisme s'interprète en terme anthropologie, le subjectivisme en terme métaphysique, l'égoïsme en terme éthique et enfin anthropocentrisme en terme de théologie.

1 Dans son essai sur l'individualisme. Un petit compte-rendu alléchant de son essai, ici.
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ALM
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Inscrit le: 21 Juin 2008
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MessagePosté le: Mar 11 Nov - 21:36 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Merci à vous Salomon Bel-Air pour ces précisions (la citation de Maurras vient à point).

Alors que Dieu (uniquement) soit loué, chère Corto! En attendant de vous lire, merci à vous.
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Salomon Bel-Air



Inscrit le: 03 Oct 2008
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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 00:14 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Citation:
Merci à vous Salomon Bel-Air pour ces précisions (la citation de Maurras vient à point).


Par rapport à cette citation, l'objectif de ce fil est de faire une synthèse sur l'individualisme religieux ou alors l'individualisme tout simplement bien que vous ayez pourtant introduit par le libre-examen ?
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Corto



Inscrit le: 28 Juin 2008
Messages: 36
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MessagePosté le: Ven 14 Nov - 21:38 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Bonsoir chers amis,

excusez-moi de ne vous avoir pas plus tôt posté une réponse à ce fil très intéressant.
Ce contretemps est du à la perte de l'énergie avec laquelle j'ai dû ccroiser le fer sur un autre forum contre des attaques personnelles qui m'étaient adressées en MP. La petite chèvre de Monsieur Seguin venant de rendre gorge, nous pouvons revenir à nos moutons.
Merci de votre accueil, merci de votre lecture et de vos réflexions : ils éclairent les ténèbres où les brouilleurs de pensée sont capables de plonger des gens comme vous et moi, imparfaitement mais sincèrement soucieux de dégager des vérités, socles existentiels solides, des sables mouvants idéologique où nous vivons.

la notion de libre-examen religieux me semble avoir donné naissance à l'individualisme contemporain et plus précisément à ce que Olivier Rey nomme dans un essai remarquable ("Une folle solitude", Seuil) le fantasme de l'homme auto-construit.
C'est sur cet essai que je vais développer maintenant quelques pensées, mes récentes batailles ne m'ayant guère laissé le temps de relire Max Weber.

Rey part d'un détail en apparence insignifiant : à partir des années 70 les enfants dans les poussettes (des enfants en cours d'acquisition du langage, on le remarquera) n'ont plus fait face à l'adulte mais au monde. Pourquoi cette inversion ?
Olivier Rey étend ce détail à des considérations plus globales sur l'inversion qui se produisait à ce moment-là dans les mentalités des Occidentaux.
En effet la démocratie comme la science privilégient un sujet libéré du poids du passé.
Un sujet qui regarde d'emblée vers l'avenir parce qu'il se veut autoconstruit : il tire tout de son propre fond, du libre examen de sa pensée et de sa conscience _d'où le terme de "Berufung" en allemand, relevé par Weber dans "L'éthique potestante et l'esprit du capitalisme". "Berufung ( qui a donné "Beruf", métier) désigne la vocation, ce à quoi je sens en moi à quoi je suis appelé en vertu d'une réflexion individuelle qui se passe précisément de médiation. On remarquera ici que "ce à quoi je suis appelé" ( de l'extérieur) est censé nous venir non de l'extérieur, de la médiation d'une hiérarchie, mais...de nous-même.

Malheureusement cette inversion ne fait de nous ni des surhommes à l'hédonisme innocemment solaire, ni des sujets épanouis dans le plein accomplissemnt de leurs potentialités et "zappant" d'un "contrat facilement résiliable à l'autre selon l'intérêt du moment mais des sociétés s'acheminant vers des régressions aveugles, vers les fantasmes régressifs que les civilisations tentaient d'apprivoiser.

"Le refus de transmettre la Loi, de ménager sa place au négatif porté par linterdit n'ouvre pas sur un monde de jouissance, mais sur un monde où l'accès à l'humanité est rendu plus difficile de devoir être réinventé par chacun, vaille que vaille, à partir de morceaux dispersés, de bribes qui trainent".

Si vous le voulez bien, je continuerai cette réflexion après avoir "repris des forces".
Il me semble en effet indispensable d'évoquer plus amplement Max Weber sur ce fil .
A plus tard

Amitiés

Corto
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René Girard.
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ALM
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Inscrit le: 21 Juin 2008
Messages: 159

MessagePosté le: Jeu 20 Nov - 17:34 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Ce fil, cher Salomon, est destiné d'une part à définir le libre-examen en matière religieuse, ensuite d'en relever toutes les formes (salafisme, sionisme etc), et enfin de démontrer en quoi ce libre-examen est la cause directe de la situation moderne.

A propos du salafisme wahhabite, j'aimerais vous reproduire ici ces quelques lignes trouvée sur un blog déjà répertorié ici :

"Les wahhabites, sont une secte islamique étroite et bornée qui a vu le jour au 18ème siècle. Le nom de cette secte vient du nom du fondateur Abdel Wahhab. Ce dernier a servi en quelque sorte de caution à la famille des Saoud pour justifier leur conquête militaire des territoires sacrés en la transformant en " djihad ".

Leur doctrine se caractérise par une interprétation rationnelle des textes poussée jusqu’à l’absurde et remettant en cause l’interprétation traditionnelle transmise par la communauté des savants orthodoxes depuis des siècles.

Leurs aspirations mondaines et leur mépris de l’héritage spirituel transmis au monde musulman par nos pieux ancêtres, cela sous le couvert d’un pseudo-retour à la traditon musulmane des premiers jours, les oppose directement au soufisme, dont la raison d'être a été dès le début de transmettre la tradition musulmane dans toutes ses dimensions.

On peut citer parmi leurs positions doctrinales en opposition à l’orthodoxie musulmane le fait d’attribuer à Allah un lieu en affirmant qu’Allah est au ciel et pas ailleurs, le fait de nier les miracles des saints musulmans, et de nier la sainteté même."



http://blog.ifrance.com/soufiyya/4
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"Prosterne toi et approche toi" Coran
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Salomon Bel-Air



Inscrit le: 03 Oct 2008
Messages: 40
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MessagePosté le: Mar 25 Nov - 23:08 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Pour commencer, j'aimerais savoir si le Salafisme/Wahhabite, bien que je distingue mal ces derniers, ont évolué étroitement - ou non - sous l'influence anglo-saxon ?

Lutfi avait fait un rapprochement dans l'ancien forum d'Alain Soral, néanmoins il n'avait pas précisé si leurs idéologies se rapprochaient par pur hasard ou non ?

D'autre part, je retiendrais juste passage chez Alm :

Citation:
Leurs aspirations mondaines et leur mépris de l’héritage spirituel transmis au monde musulman par nos pieux ancêtres, cela sous le couvert d’un pseudo-retour à la traditon musulmane des premiers jours


On dit souvent que le Salafisme/Wahhabite sont des nihilismes. Or, le nihilisme se définit par le ressentiment contre le réel. Et le Ressentiment est souvent lié à la perte d'une origine commune qui oriente les hommes vers la même direction dont le tout forme un sens. Et comme le ressentiment est l'apanage de la violence et la terreur, l'idée de la destruction du monde, d'autres cultures peut être envisagé chez les nihilistes.

A partir d'ici, on peut comprendre logiquement les raisons de la tournure étroite entre les Salafistes/Wahhabites et la barbarie ou de ce qu'on appelle le terrorisme à l'heure actuelle,, les études sérieuses sur le terrorisme et le Salafisme/Wahhabites confirment cette sensation de ressentiment dans ces milieux. Mais pourtant, concernant le libre examen, bien que l'Allemagne a dérivé sur la barbarie sous Hitler (nihilisme donc), les Anglo-saxon n'ont pas eu ce cas similaire passif ou non, enfin, me semble-t-il.
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Ouroboros



Inscrit le: 27 Oct 2008
Messages: 7
Localisation: Paris
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MessagePosté le: Mer 26 Nov - 01:12 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Citation:
On peut citer parmi leurs positions doctrinales en opposition à l’orthodoxie musulmane le fait d’attribuer à Allah un lieu en affirmant qu’Allah est au ciel et pas ailleurs, le fait de nier les miracles des saints musulmans, et de nier la sainteté même."


Cher ALM,

à la fin du 18ième siècle, les théologiens d'al-Azhar (suivis par les théologiens algériens et irakiens) ont déclaré n'avoir trouvé aucune hérésie chez les "wahhabites".
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space_monkey



Inscrit le: 04 Juil 2008
Messages: 6

MessagePosté le: Mer 26 Nov - 02:14 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Cher Ouroboros
Aurais-tu des références pour étayer ton propos. j'ai lu des dizaines de fatwas anciennes et récentes qui condamnent fermement l'hérésie "wahhabite", a commencer par un livre écrit par le propre père du dénommé  Ibn Abdalwahhab qui se désavoue de sa progéniture pour ses erreurs theologiques graves dans le kitab tawhid et les violents massacres avec la horde des seoud(les ikhwan ou les muwahiduns) dans la region de Taif et lors de la prise de la Mecque(+ son projet de destruction du Tombeau du Prophete). Al Azhar a meme legitimé l'envoi de troupes par la Sublime Porte pour retablir l'ordre dans le Hijaz et contenir Seoud(simple roitelet local) et ses sbires dans leur region d'origine le Najd et ramener les cherifs(ahl al bayt legitime); ou ils ont vecu confiné(sauf razzia occasionelles) jusqu'au debut du 20e siecle ou avec l'aide des anglais puis des americains ils ont pris possessions de toute la peninsule. Si le sujet t'interesse et que tu veux des references je peux te les fournir. Le wahhabisme est le cancer de l'Islam.

salutations traditionelles
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Il ne suffit pas de se mettre une plume dans les fesses pour ressembler a un coq
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Corto



Inscrit le: 28 Juin 2008
Messages: 36
Localisation: pas sur la route de Madison
Féminin

MessagePosté le: Mar 2 Déc - 21:39 (2008)    Sujet du message: Le protestantisme et ses avatars Répondre en citant

Bonsoir chers amis,

à propos du libre-examen je puis vous indiquer les essais du philosophe Charles Taylor, "La liberté des modernes" et "le malaise de la modernité".
Pour schématiser, il définit la modernité en opposition à la tradition autour de la question de notre identité. Selon Taylor, les anciens, les hommes des sociétés traditionnelles ou prémodernes cherchent la réponse à la question "qui suis-je ?" à l'extérieur d'eux-mêmes, dans un ordre cosmique préexistant où ils prennent une place désignéee d'avance. Le nombre de place de varie guère, les nouveaux remplaçant les anciens. On se définit par rapport à ses appartenances dont l'appartenance religieuse. Il existe dans une telle cosmologie des correspondances entre le monde céleste et le monde terrestre.

Les modernes au contraire tendent à chercher la réponse à la question de leur identité en eux-même, d'où l'importance dans les sociétés modernes du libre-examen. C'est en effet grâce à lui, en vertu de notre lucidité, que nous trouverons une réponse appropriée. Rien ne doit troubler ce dialogue avec nous-même, l'entraver, le brouiller. Il convient donc d'être le plus transparent possible à soi-même. Ce qui explique aussi l'importance pour les moderne des techniques de travail sur soi destinées à nous rendre plus lucides quant à ce que nous sommes et sommes appelés à être.

Dans ce contexte moderne, la notion de valeur propre devient épineuse parce qu'elle n'est plus garantie par un ordre extérieur, par des structures sociales qui vous donnaient une place fixe, une identité stable. Alain Ehrenberg remarque dans un essai sur la dépression, "La fatigue d'être soi" que la dépression est caractéristique des sociétés déliées de leurs traditions où l'on doit se faire soi-même et soutenir seul ses propres projets. Dans une société traditionnelle, la valeur est liée au fait de bien jouer un rôle, de bien occuper une place donnée selon des critères immuables. Dans le monde moderne, rien ne peut la garantir, il n'y a plus de repères stables (d'où peut-être la manie des évaluations et des tests) et cela rend les êtres plus dépendants du jugement d'autrui et pus anxieux.

Dans "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme", Max Weber montre que le libre-examen, en ce qu'il libère les croyants de la médiation d'une hiérarchie, les rend plus incertains quant à leur salut. Certains courants du Protestantisme ont voulu voir dans le succès terrestre (en affaires notamment) un signe d'élection. Weber montre que l'accumulation capitaliste, loin d'être assimilée à une faiblesse, à la soumission aux instincts, au goût de la richesse et du luxe (au péché) est en fait interprétée comme le signe que notre libre examen a été lucide et raisonnable, et qu'il nous a conduit au bon choix, que nous sommes à même de maitriser la nature dans une logique d'efficacité : les richesses ne sont accumuléees que pour être réinvesties, selon le "time is money" de B. Franklin.

Le libre examen est donc étroitement lié avec une logique d'accumulation et de rentabilité, de maitrise de la nature par l'esprit, d'où l'expression d'"esprit" du capitalisme.
On peut tirer une première conclusion : ce type d'économie coupé des traditions, tourné vers le profit et l'accumulation illimitée n'a pu se développer qu'au sein de cultures prêtes à rejeter la tradition et la hiérarchie.
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"L'idée que les croyances de l'humanité entière ne sont qu'une vaste mystification à laquelle nous sommes à peu près les seuls à échapper est pour le moins prématurée."
René Girard.
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