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Sur l'Initiation
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ALM
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MessagePosté le: Lun 30 Juin - 17:36 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Les remarques qui vont suivre furent initialement rédigées sur un autre forum. D'autres messages du même type seront ainsi reproduits ici, et cela en guise d'impulsion.  
 
Il est d’usage de définir le concept de « Vérité » comme étant la fidèle, car conforme, évocation de ou d’une réalité. En d’autres termes, la vérité est l’expression de la réalité. Deux points de vue découlent de ce postulat, à savoir l’objectivité et la subjectivité. Le point de vue subjectif envisage une réalité particulière, par le bas : le sujet, ou le témoin, apprécie un objet pour le définir. Cet angle donne lieu à une méthode d’application que l’on appelle « induction », cette méthode consistant précisément à partir d’un point particulier pour arriver à saisir une globalité. L’expression courante de « à chacun sa vérité » trouve, par exemple, sa justification dans pareille démarche. Ici, nous parlons donc de concret. Le point de vue objectif envisage, à l’inverse, une réalité par abstraction, c'est-à-dire par le haut ; on parle ici d’abstraction dans la mesure où un observateur s’efface de façon à ne considérer, exclusivement, que le principe ou l’essence d’une chose, faisant donc « abstraction » de sa personne ou de sa subjectivité en quelque sorte. La méthode en question porte le nom de « déduction », car elle entend déterminer la globalité ou l’intégralité d’un objet pour en saisir ainsi les particularités. Les mathématiciens qualifient le processus d’ « intégrale ».  
Une image bien connue aidera à se figurer les définitions préposées, celle de « l’éléphant ». Trois personnes (ou trois sujets) rentrent dans une pièce noire où se trouve un éléphant. Placés de part et d’autre de l’animal, chacun vient à palper la partie qui se présente à lui. Le premier d’entre eux affirme tenir une longue corde, alors qu’il tient la trompe entre ses mains ; le second, lui, soutient mordicus qu’il tient une colonne, abusé par la patte ; le dernier déclare pour sa part être face à un mur, ce mur n’étant évidemment rien d’autre que le flanc. Leurs conclusions énoncées, la lumière de la pièce s’allume et les illusions tombent. Ni corde, ni colonne, ni mur : juste un éléphant.

Résumons la subjectivité à l’analyse et l’objectivité à la synthèse ; allons encore plus loin, et rattachons la subjectivité et l’analyse à la raison et l’objectivité et la synthèse à l’intelligence. En effet, et si l’usage confond, raison et intelligence ne sont point synonymes. D’un côté, la raison (ratio), cette faculté permettant à l’homme, ou à l’animal, d’appréhender son environnement par la voie discursive ou la discrimination : la séparation ; de l’autre, l’intelligence (inter-legere), ce don propre à l’homme lui conférant l’esprit de synthèse : d’unification. Si nous sommes bien semblables aux animaux par notre sens du concret, nous nous en distinguons, ô combien, par notre faculté d’abstraction et notre conscience de l’Uni-versel. Là-dessus, il nous faut encore ajouter une chose : dans tous les textes saints, l’Intellect est identifié à l’Esprit, et la Raison, à l’Ame ; lumière, reflet. Un F. Schuon (dont il convient de se garder à bien d’autres égards) s’indignait par exemple : « Comment diable peuvent-ils soutenir que l’intellect, ou « la conscience unitive », puisse sortir d’une motte de terre ?! » à propos de la théorie évolutionniste.

La connaissance se décline donc, ipso-facto, par l’analyse, fut-elle « spontanée » (ou cognitive), et la synthèse, car elle est basée sur ces deux outils que sont la raison et l’intelligence.

Revenons maintenant sur l’idée de « Vérité ». On l’a vu, dire une vérité c’est s’exprimer conformément à la réalité d’un objet donné. Il y a donc une vérité relative, ou subjective, car particulière ou partielle, et une Vérité absolue (et totale, ces deux termes étant synonymes) ou objective, car synthétique. Si nous reprenons notre symbole de l’ « éléphant », nous identifierons la première phase au processus discursif, ou indirect, et la seconde à l’acte intellectuel, direct. La lumière comme symbole de l’immédiat et de l’intellect et l’ombre comme symbole du médiant et de la raison.

La connaissance, malgré Kant, est sans limites. La raison est bien cantonnée à l’empirique, mais l’intellect est, par définition, « affranchi » de toute contrainte car motivé par l’abstraction. Je peux, sans quitter mon siège, affirmer que la notion d’Infini s’impose à moi, par essence même, mais, pour autant, tout ce qui m’environne est bien limité et fini. C’est donc d’intuition intellectuelle dont nous parlons ici (et pas d’intuition, infra-rationnelle, bergsonienne), et donc d’ « évidence immédiate » ; si ces « allant-de-soi directs » sont bien nombreux, ils n’en demeurent pas moins, et conséquemment, relatifs à un dénominateur commun, inévitable : L’Absolu. Devant faire bref, un prochain message tâchera de revenir sur les tenant et les aboutissant de ce constat.

Une première conclusion : vu que l’analyse ne mène pas à l’intégrale car fautive et que l’induction est servante de la déduction (affirmer l’inverse est le mal de la modernité ; d’abord il revient à relativiser l’absolu et rendre absolu le relatif –chose manifeste, mais il est, aussi, la source même de cet « esprit de système », pour reprendre Ch. Maurras, constatable dans tous les domaines de la science moderne), posons que l’Universel conditionne le particulier, plus encore, que celui-ci n’est strictement rien face à Celui-là. Un dernier point surgit par conséquent, la question de l’« Identité ».

L’Homme, nous enseigne la Tradition, est un livre. Une page blanche, puis des lignes : inventer, signifie trouver (cf. étymologie). Chaque ligne détermine le sens d’un livre, et chaque science guide l’Homme. La connaissance engendre donc l’identité, car « Connaître, c’est Etre ». Un verset du Coran, dont les termes peuvent être mis en parallèle avec l’aphorisme précèdent, formulera enfin notre conclusion globale : « Prosterne toi, et approche-toi ». Nous avons vu que la vérité était par définition absolue, et que la connaissance était, nécessairement, de même nature. Si donc le savoir, au sens de com-préhension, est l’unique facteur d’identification (« intellectus un actu est intellectum in actu »), il en résulte que l’identité, en soi, est rigoureusement toute aussi absolue : la tradition hindoue parle ici d’ « Identité Suprême ». La notion d’abstraction dont nous posions les bases doit être réaffirmée ici : s’il va de soi que l’on ne connaît pas sans s’identifier, disons aussi qu’on ne s’identifie pas sans s’effacer, sans se soustraire (un type de connaissance infirme malgré tout ce syllogisme, à savoir l'« érudition », mais, en fait, il ne s’agit là que d’un négatif, négatif donnant incidemment lieu à une époque toute aussi négative...). La connaissance de la Vérité est donc une prosternation au sens strict.

On nomme réalisation tout processus d’actualisation, de passage de la puissance à l’acte. Quand on parle de « réalisation spirituelle », c’est donc d’effacement de soi dont il est question. Nonobstant l’apparence, cet effacement est chose éminemment positive : en connaissant notre raison d’être, nous sommes. En connaissant Dieu, donc en m’effaçant devant Dieu, « Je Suis », et en fait si je pense c’est que je ne suis pas. Maintenant, posons que la connaissance dont nous parlons obéit à des règles bien précises, et que l’on ne « rentre pas chez un Roi par la fenêtre ». Cette méthode c’est la religion, au sens premier, ou ce que l’on désigne de nos jours par le terme d’initiation, la distinction étant circonstancielle, et rien d’autre.

L’initiation repose essentiellement sur quatre choses : une tradition orthodoxe, vivante et accessible (Taoïsme, Hindouisme-Bouddhisme, Judaïsme-Christianisme-Islam), une chaine initiatique reposant sur le rapport Maître-disciple, des rites particuliers et, naturellement, l'investissement d'un aspirant. Une tradition orthodoxe car personne ne saurait s’affranchir des jalons posés par Celui-même qui manifeste ; un Maître, authentique, car représentant et véhiculant une influence spirituelle dont l’origine se confond avec l’impulsion de départ d’une tradition, impulsion que nous appellerons « ré-vélation », maître dont l’expérience et l’autorisation assurent la "maîtrise", nécessaire, pour faire passer l’aspirant de la rive de la dualité à la rive de la « non-dualité » ou du « Tawhid »; des rites, contenus dans toute tradition particulière, jouant le rôle de conservation de cette influence et de vivification de ce support qu'est : l'aspirant, ou disciple, dont l'attitude, active et sincère, doit être semblable "au cadavre dans les mains du laveur".

Je l’ai évoqué, la connaissance décrit un mouvement concentrique. Elle part donc toujours d’un centre pour embrasser des degrés de réalité successifs. Ce mouvement s’effectue ainsi soit subjectivement, c'est-à-dire de bas en haut, soit principiellement et donc de haut en bas. Appliqué à ce dont nous parlons, affirmons donc que l’initiation à pour centre Dieu et par là que toute connaissance envisagée de la sorte Lui est relative : la connaissance de la Vérité est de nature algébrique.
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"Prosterne toi et approche toi" Coran


Dernière édition par ALM le Mar 5 Aoû - 18:32 (2008); édité 1 fois
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MessagePosté le: Lun 30 Juin - 17:36 (2008)    Sujet du message: Publicité

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QAF_181



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MessagePosté le: Lun 30 Juin - 19:29 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

AL a écrit:
L’initiation repose essentiellement sur quatre choses : une tradition orthodoxe, vivante et accessible (Taoïsme, Hindouisme-Bouddhisme, Judaïsme-Christianisme-Islam), une chaine initiatique reposant sur le rapport Maître-disciple, des rites particuliers et, naturellement, l'investissement d'un aspirant. Une tradition orthodoxe car personne ne saurait s’affranchir des jalons posés par Celui-même qui manifeste ; un Maître, authentique, car représentant et véhiculant une influence spirituelle dont l’origine se confond avec l’impulsion de départ d’une tradition, impulsion que nous appellerons « ré-vélation », maître dont l’expérience et l’autorisation assurent la "maîtrise", nécessaire, pour faire passer l’aspirant de la rive de la dualité à la rive de la « non-dualité » ou du « Tawhid »; des rites, contenus dans toute tradition particulière, jouant le rôle de conservation de cette influence et de vivification de ce support qu'est : l'aspirant, ou disciple, dont l'attitude, active et sincère, doit être semblable "au cadavre dans les mains du laveur".

Je l’ai évoqué, la connaissance décrit un mouvement concentrique. Elle part donc toujours d’un centre pour embrasser des degrés de réalité successifs. Ce mouvement s’effectue ainsi soit subjectivement, c'est-à-dire de bas en haut, soit principiellement et donc de haut en bas. Appliqué à ce dont nous parlons, affirmons donc que l’initiation à pour centre Dieu et par là que toute connaissance envisagée de la sorte Lui est relative : la connaissance de la Vérité est de nature algébrique.






Dans cet extrait, ALM à introduit très clairement ce qu'est l'initiation. Je profite de cette occasion pour ouvrir une suite de messages qui, je l'espère, permettra de développer cette question avec toute l'attention qui lui est due.
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"Quli'Llah..." (Coran VI, 91)
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QAF_181



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MessagePosté le: Lun 30 Juin - 21:16 (2008)    Sujet du message: La distance n'est-elle pas gênante pour la poursuite d'une initiation? Répondre en citant

Je transmet ici la réponse à une question qui m'a été posée en MP par un des membres de ce forum, en espérant qu'elle puisse être utile à tous!

La distance n'est-elle pas gênante pour la poursuite d'une initiation?

Cette question est peut-être plus complexe qu’elle n‘y paraît, mais ici comme ailleurs, nous verrons que les critères traditionnels exposés si clairement par R.Guénon semblent être, de loin, les plus à même de nous servir de guide dans ces temps difficiles. Pour y répondre simplement, je dirai tout d’abord que cela dépend de ce qu’on cherche.

Ce qu’il faut bien voir c’est que celui qui recherche une initiation et la reçoit par le biais d’une organisation initiatique, en réalité, c’est auprès du Principe même qu’il la cherche et c’est en Son nom et pour sa Connaissance qu’il reçoit cette initiation.

Les seules conditions indispensables pour l’initié travaillant à sa réalisation spirituelle sont, dixit Guénon, la préparation théorique et la concentration sur l’Objectif de la Voie (le Principe, la Vérité, Dieu). En dehors de cela, le reste n’est que secondaire : les rites, l’enseignement extérieur oral et écrit, la compagnie d’un Maître spirituel, etc. ne sont que des adjuvants à ce travail et ne sont en aucun cas strictement nécessaires, du moins en principe. Je ne dis pas, et René Guénon non plus, que leur mise en œuvre est négligeable, ni que l’aide qu’ils peuvent apporter n’est pas déterminante dans bien des cas mais seulement qu’ils ne sont pas en soi des conditions impératives à un travail initiatique véritable.

Comme le disait en substance R.Guénon à l’un de ces correspondants : « Ce qui importe c’est le rattachement à une organisation initiatique régulière, le reste vient bien souvent de manière imprévue ».

Ainsi la distance, au regard des réalités de la Voie, ne peut être qu’une gêne toute relative dans le travail de l’initié. Car selon le Coran "Où que vous soyez, Il est avec vous" (Coran, LVII, 4), "Quel que soit le côté où vous vous tourniez, la Face de Dieu est là" (Coran, II, 115), et l’essentiel du travail est comme le dit le Hadith selon cette perspective : « Soyez avec Allah ( kounou ma’a Llah) ». Or l’initié véritable verra, dans toute condition contingente qui s’impose à lui, le reflet de la Volonté Suprême, et dans tous ses états, son seul souci sera d’user de tout ce qui est en son pouvoir pour « être » avec le Principe ; et celui qui agit de telle sorte mérite pleinement, comme le rapporte la tradition à propos du Soufi, d’être appelé « fils de l’Instant » (ibnou-l-waqt).

La seule distance qui risquerait d’être gênante pour l’initié, ne serait-ce finalement pas celle mesurant l’écart entre ses possibilités à un instant « t » et la réalisation effective de celles-ci? Qui est le plus à plaindre ; celui qui dispose de peu de moyens mais qu’il met en œuvre de telle sorte qu’il progresse, ou celui qui fort de riches possibilités régresse pour ne pas en avoir usé ? A cet égard la fable du lièvre et de la tortue n’est-elle pas digne d'attention?

La tradition islamique enseigne que celui qui n’avance pas (dans la Voie) recule, et que par ailleurs celui qui use d’une science qu’il possède, Allah lui en octroie une qu’il ne possédait pas. Le Prophète de l’islam –sur lui la Paix et le Salut - demandait à Dieu la Science utile (‘ilmou nafi’) et cherchait refuge en Lui contre une science qui ne le serait pas (’ilm la yanfa’) ; or dans le domaine initiatique la Science utile est celle qui nous fais progresser, qu’elle nous vienne d’un Maître, de la pratique des rites, des livres, de nos compagnons ou bien même de nos ennemis.

Ainsi celui qui s'étant conformé à la Sa Loi (exotérique) et suivant sa Voie (ésotérique) cherche la Science auprès du Principe pour Le connaître la recevra quelque soit le biais qu’elle prendra, mais celui qui s’arrête aux intermédiaires éprouvera sans nul doute une gêne lorsqu’il se verra éloigné d’eux par la distance ; mais cela ne serait-il pas, finalement, l’expression d'une certaine disqualification initiatique ?
 

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ALM
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MessagePosté le: Mar 1 Juil - 21:37 (2008)    Sujet du message: Re: La distance n'est-elle pas gênante pour la poursuite d'une initiation? Répondre en citant

QAF_181 a écrit:
Les seules conditions indispensables pour l’initié travaillant à sa réalisation spirituelle sont, dixit Guénon, la préparation théorique et la concentration sur l’Objectif de la Voie (le Principe, la Vérité, Dieu). En dehors de cela, le reste n’est que secondaire : les rites, l’enseignement extérieur oral et écrit, la compagnie d’un Maître spirituel, etc. ne sont que des adjuvants à ce travail et ne sont en aucun cas strictement nécessaires, du moins en principe. Je ne dis pas, et René Guénon non plus, que leur mise en œuvre est négligeable, ni que l’aide qu’ils peuvent apporter n’est pas déterminante dans bien des cas mais seulement qu’ils ne sont pas en soi des conditions impératives à un travail initiatique véritable.

Ainsi celui qui s'étant conformé à la Sa Loi (exotérique) et suivant sa Voie (ésotérique) cherche la Science auprès du Principe pour Le connaître la recevra quelque soit le biais qu’elle prendra, mais celui qui s’arrête aux intermédiaires éprouvera sans nul doute une gêne lorsqu’il se verra éloigné d’eux par la distance ; mais cela ne serait-il pas, finalement, l’expression d'une certaine disqualification initiatique ?
 





La citation qui précède mérite quelques clarifications, et certaines choses implicites doivent être explicitées.

S'il est parfaitement opportun d'affirmer que l'essentiel du travail initiatique se base sur la concentration et sur l'aspiration (al himma), le message de Qâf_181 ne doit pas faire oublier que, à l'heure actuelle, c'est beaucoup plus l'aspiration du Maître qui est utile au disciple que son aspiration propre. Nul ne saurait donc se dispenser de la compagnie d'un Maître aujourd'hui, et a-fortiori des quatre conditions posées plus haut. Comme le dit la tradition islamique, "cherchez le moyen d'accès pour arriver à Lui" et "avant de voyager, cherchez vous un compagnon". L'époque est telle que ces conditions, pour ne pas être "indispensables" à l'origine, sont aujourd'hui des plus nécessaires, et les Maîtres eux-mêmes l'affirment depuis fort longtemps : "La Voie c'est le Maître" , "Celui qui n'a pas de Maître a Satan pour Maître"...

Je reviendrais, si besoin est, sur les détails relatifs à cette question.
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QAF_181



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MessagePosté le: Mer 2 Juil - 00:46 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Merci pour ces précisions ALM, je comptais de toute façon y revenir bientôt. Pour l’instant je préciserais à mon tour quelques points et en particulier sur cette question du Maître, sur laquelle je n’ai pas insisté car la question qui m’était posée ne le nécessitait pas, à mon sens.

Tout d’abord je tiens quand même à insister sur le fait que selon Guénon (c’est à dire selon une autorité initiatique incontestable qui s’adressait à des lecteurs occidentaux du début du XXème siècle, c'est àdire pas si éloigné de nous et connaissant les réalités de la Voie et ses problématiques contemporaines) les trois seuls éléments nécessaire à la « poursuite d’une initiation » sont : la réception de l’influence spirituelle (ou rattachement à l’organisation initiatique), la préparation théorique et la concentration. Maintenant je m’accorde tout à fait avec toi pour dire qu’il ne s’agit que d’un minimum et que seules des individualités particulièrement douées parvienne à progresser avec ces seuls éléments. Il n’empêche que celui qui cherche une initiation et qui ne serai en mesure de n’obtenir que ces trois éléments (gêné par la distance, par exemple), je ne vois pas bien ce qui devrait l’y faire renoncer sous prétexte qu’il n’a pas pu réunir toutes les aides secondaire pour un travail effectif.

De même pour les rites initiatiques généraux, personnels ou en commun, il n’y a aucune raison, à ma connaissance, dans le cadre islamique du moins, à ce qu’ils puissent être pratiqués en absence d’un Maître spirituel, et il serait dommageable à ce titre qu’un initié s’en prive en absence d’un tel Maître, tant que ces dits rites ont été transmis régulièrement et bénéficient d’une autorisation traditionnelle authentique.

A ce titre celui qui ne reconnaît pas de Maître peu tout de même, malgré la délicatesse de sa position, envisagée une progression dans la voie avec d’autant plus de garantie qu’il mettra en œuvre les rites initiatiques généraux de sa Voie, ce qui facilitera sa concentration et lui permettra d’utiliser l’influence spirituelle du Maître fondateur de la Voie pour parvenir à la Connaissance du Principe. Cette voie n’est peut-être ni la plus facile ni la plus évidente mais elle existe et malgré ses risques, si Dieu à permis qu’une telle possibilité subsiste dans nos temps de déchéance, il me semble qu’il faille considérer la sagesse qui s’exprime de cette façon.

Que celui qui a trouvé un Maître considère le courage de ceux qui malgré leur situation de relatif isolement spirituel s’engagent dans une telle voie avec sincérité et suivent les traditions des Saints de Dieu, en suivant à titre général leur enseignement et mettant en œuvre les outils initiatiques dont ils ont reçu le dépôt : c’est initiés là ont-ils Satan pour Maître ? Dans ce cas là pourquoi un Maître contemporain bien connu dis que "celui qui ne trouve pas de Maître se tourne vers son frère sincère, que celui qui n’a pas trouvé ce frère pour l’aider en lui montrant ces défauts qu’il regarde alors ce que ces ennemis disent de lui et qu’il se corrige en fonction de leur appréciations, que celui qui ne trouve pas d’ennemis qu’il reste en permanence en compagnie de ces frères qui l’éduquerons par leur compagnie, s’il ne trouve pas cela qu’il lise avec assiduité et attention les livres des maîtres sur l’éducation de l’âme et les bons comportements dans la Voie et s’il ne trouve pas cela qu’il pratique la prière sur le Prophète de l’islam –sur lui la Prière et la Paix-" ; ce qui mettent en œuvre tout cela ont-ils Satan pour Maître ?

Si l’éducation d’un Maître paraît aujourd’hui si indispensable c’est justement parce que la faiblesse moyenne des gens de notre époque rend particulièrement importante une prise en charge personnelle, spéciale. Cependant la faiblesse même des prétendants à l’initiation leur rend souvent très difficile de suivre l’homme de bon conseil, le Maître.

Ainsi les Maîtres de la Voie, avec miséricorde, on indiqué pour nos temps, des moyens de se perfectionner dans la Voie lorsqu’on n’est pas capable de suivre un Maître ou qu’on ne trouve pas de Maître à qui remettre toute sa confiance ; des moyens qui n’étaient pas transmis avant en dehors de la présence d’un Maître, car dans des temps plus anciens, celui qui n’était pas capable de suivre un Maître ne pouvait entrer dans la Voie, la tradition exotérique seule lui assurait un cadre et une éducation et donc celui qui n’avait de Maître et prétendait à l’initiation avait pour Maître Satan.

Dans le même esprit, aujourd’hui, de nombreux Maitres transmettent l’initiation à des prétendants connaissant à peine leur tradition, dans le seul but de vivifier leur pratique traditionnelle. Dans de nombreuses organisations initiatiques, seul un cercle très restreint d’initiés a accès à un enseignement ésotérique réel, la majeure partie des autres membres, lorsqu’ils ne sont pas là que pour des avantages secondaires, ne connaissent qu’un enseignement général basé sur un approfondissement de la Loi exotérique et la pratique de rites initiatiques généraux, pour ces derniers l’appui de leur Maître ne signifie pas pour autant un compagnonnage quotidien et personnel (je ne dis pas que dans ce cas le lien personnel n'existe pas entre le Maître et le disciple mais que du moins, il ne s'exprime pas extérieurement par un contrôle continu et tangible de son travail).

Entre les uns (initiés mais sans rattachement personnel à un Maître) et les autres (rattachés à un Maître mais ne bénéficiant pas plus que d’un enseignement général) quelle différence y-a-t-il ? Aucune, saurait-on tenté de dire, dans les faits peut-être, mais d’un point de vue méthodique les choses sont très différentes.

Car là ou je rejoins tout à fait ALM c’est sur cette notion que le Maître c’est la Voie ou la Méthode (en arabe tarîqah peut se traduire des indifféremment par un de ces deux termes), car en fait le Maître c’est l’axe, le point de contact entre l’être et son Principe, tout les moyens de la Voie peuvent se réduire au Maître car c’est celui qui transmet l’initiation les rites et l’enseignement. Pour ceux qui ont reconnu un Maître, ils disposent dans leur Voie d’un support de concentration tangible et très puissant parce qu’unique, alors que ceux qui mettent en œuvre ces moyens secondaires sans le support d’un Maître vivant il devront considéré cela vis-à-vis du Maitre fondateur de la Voie ou de la Tradition ce qui de demande un travail de concentration bien plus grand qui est supporté par une aide bien moins tangible et beaucoup plus subtile (dont bénéficie par ailleurs et par surcroit celui qui est engagé auprès d’un Maître). C’est pour cela que celui qui veut parcourir la Voie doit chercher un Maître, toujours, ce qui ne l’empêche pas de mettre en œuvre les autres moyens existants tant qu’il ne l’a pas trouvé, et dans cette quête seules la sincérité et l’orientation du chercheur détermineront ce qui doit arriver, avec l’aide de Dieu. On n’obtient ce qu’on trouve qu’à la mesure où on l’a cherché et comme disent les évangiles : « Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira.»

A ce titre et pour compléter ce que dis ALM sur l’aspiration (himma), des maîtres contemporains mais aussi plus anciens, et parmi les plus grands, disent que quand la himma du disciple s’élève au-delà de celle de son Maître au regard d’une certaine science initiatique, Dieu fait descendre cette science sur son Maître pour la transmettre au disciple, science qu’il n’aurait, sans l’aspiration élevée de son disciple, peut-être jamais réalisée. Tout ceci montre bien, si un doute subsistait, que l’activité du disciple n’est pas en contradiction avec le fait de suivre un Maître et de se remettre entre ses mains à quelque degré que ce soit, bien au contraire.

Il me semble qu’il serait maintenant intéressant de revenir sur ce qui définit un Maître spirituel, les différents degrés de la Maîtrise initiatique et ses fondements. ALM, pourrait-tu peut-être déjà nous donner quelques éléments d’appréciations sur ce sujet ? Quant à moi je propose d’approfondir la question à l’avenir, en puisant notamment certaines indications dans l’œuvre de R.Guénon, si le temps me le permet. 

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ALM
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MessagePosté le: Mer 2 Juil - 14:54 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Qâf_181 a écrit :

"il ne s’agit que d’un minimum et que seules des individualités particulièrement douées parvienne à progresser avec ces seuls éléments"

"l’éducation d’un Maître paraît aujourd’hui si indispensable c’est justement parce que la faiblesse moyenne des gens de notre époque rend particulièrement importante une prise en charge personnelle, spéciale"

"le Maître c’est l’axe, le point de contact entre l’être et son Principe, tout les moyens de la Voie peuvent se réduire au Maître car c’est celui qui transmet l’initiation les rites et l’enseignement. Pour ceux qui ont reconnu un Maître, ils disposent dans leur Voie d’un support de concentration tangible et très puissant parce qu’unique"

"C’est pour cela que celui qui veut parcourir la Voie doit chercher un Maître, toujours"


Nous sommes tout à fait d'accord, et l'essentiel se trouve bien ici. Cela n'enlève bien sûr rien aux travaux dits préparatoire et supplétifs, car "quand le disciple est prêt, le Maître arrive". Ma remarque précédente visait juste à souligner qu'il convient, partout, de mettre chaque chose à sa place. (Certains points que vous abordez méritent cependant de nouvelles clarifications, comme la question de la "distance" ; j'y reviendrais bientôt.)

Remarquons toutefois que certaines formes d'initiations, comme celle la Franc-Maçonnerie, fonctionne quelque peu différemment ; la présence d'un Maître chez les Francs-Maçons est de nos jours exceptionnelle, et ce pour la raison simple que cette organisation privilégie le travail collectif, compte-tenu de sa situation actuelle. On peut d'ores et déjà affirmer que la présence de Maîtres au sein d'une tradition atteste de la vitalité de celle-ci, mais que leur absence ne signifie pas pour autant sa mort.

Sur la fonction du Maître proprement dite, et avant d'y revenir plus en détails, j'aimerais citer le Shaykh Al 'Alawî :

" Le Maître est celui qui guide vers la connaissance élective de Dieu ; sa fréquentation profite au disciple, qui l'éduque par ses qualités et illumine son intérieur par ses propres lumières ; celui, enfin, qui amène le disciple à Dieu par un simple regard. Ce Maître là sort le disciple des ténèbres de l'associationisme pour l'amener à la lumière de la foi ; de là, il le conduit vers le secret de la certitude, puis à la contemplation directe ; et de là, il l'amène alors au stade où toute réalité limitative a disparu..."

Plus loin : "Efforce-toi sincèrement, et tu trouveras un guide!"

Je reviendrais donc dès que possible sur cette question, ainsi que sur certains points du message de Qâf_181.
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ALM
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MessagePosté le: Mer 2 Juil - 21:56 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Avant de revenir plus précisément sur cette question, je vous reproduits ici l'un des échanges entre un célèbre Maître hindou, Ramana Maharshi, et l'un de ses visiteurs :

" Le visiteur : Pour parvenir à la Réalisation, un Maître est-il nécessaire?

Le Maharshi : La Réalisation est le résultat de la grâce du Maître, bien plus que des enseignements, des conférences, des méditations, etc. Ce ne sont là que des aides secondaires, tandis que la grâce du Maître en est la cause primordiale et essentielle.

Le visiteur : Qu'est-ce qui peut aider à la Réalisation?

Le Maharshi : Les enseignements des Saintes Ecritures et des âmes réalisées.

Le visiteur : Ces enseignements peuvent-ils être donnés sous formes de discussions, conférences et méditations?

Le Maharshi : Oui, mais celles-ci ne sont que des aides secondaires, l'essentiel est la grâce du Maître. "
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Hanafita



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MessagePosté le: Jeu 3 Juil - 09:33 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Qaf_181 a dit :
"La faiblesse même des prétendants à l’initiation leur rend souvent très difficile de suivre l’homme de bon conseil, le Maître.  
Ainsi les Maîtres de la Voie, avec miséricorde, on indiqué pour nos temps, des moyens de se perfectionner dans la Voie lorsqu’on n’est pas capable de suivre un Maître ou qu’on ne trouve pas de Maître à qui remettre toute sa confiance. " 


Mais l'éducation dispensée par le Maître ne consiste-t-elle pas dans le fait de corriger son disciple, c'est-à-dire de lui faire profiter de ses erreurs (celles du disciple) et d'en tirer un enseignement ? Est-il préférable de se tromper et de ne pas le savoir plutôt que d'être remis dans le droit chemin grâce aux conseils de son Cheikh ? Celui qui n'est même pas rattaché est-il à même d'évaluer sa capacité à suivre l'enseignement du Maître, et surtout, le fait de se rattacher et donc d'accepter d'affronter cette éventuelle désobéissance n'est-elle pas la première épreuve de l'initiation, dans laquelle le disciple doit s'en remettre totalement à Dieu ?


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"Observer les défauts qui se trouvent en toi, vaux mieux pour toi que scruter les mystères qui te sont voilés"
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Lutfi
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MessagePosté le: Jeu 3 Juil - 16:01 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Code:
L’initiation repose essentiellement sur quatre choses : une tradition orthodoxe, vivante et accessible (Taoïsme, Hindouisme-Bouddhisme, Judaïsme-Christianisme-Islam), une chaine initiatique reposant sur le rapport Maître-disciple, des rites particuliers et, naturellement, l'investissement d'un aspirant. Une tradition orthodoxe car personne ne saurait s’affranchir des jalons posés par Celui-même qui manifeste ; un Maître, authentique, car représentant et véhiculant une influence spirituelle dont l’origine se confond avec l’impulsion de départ d’une tradition, impulsion que nous appellerons « ré-vélation », maître dont l’expérience et l’autorisation assurent la "maîtrise", nécessaire, pour faire passer l’aspirant de la rive de la dualité à la rive de la « non-dualité » ou du « Tawhid »; des rites, contenus dans toute tradition particulière, jouant le rôle de conservation de cette influence et de vivification de ce support qu'est : l'aspirant, ou disciple, dont l'attitude, active et sincère, doit être semblable "au cadavre dans les mains du laveur".

Je l’ai évoqué, la connaissance décrit un mouvement concentrique. Elle part donc toujours d’un centre pour embrasser des degrés de réalité successifs. Ce mouvement s’effectue ainsi soit subjectivement, c'est-à-dire de bas en haut, soit principiellement et donc de haut en bas. Appliqué à ce dont nous parlons, affirmons donc que l’initiation à pour centre Dieu et par là que toute connaissance envisagée de la sorte Lui est relative : la connaissance de la Vérité est de nature algébrique.
 

Je pense que cet exposé d'ALM est très synthétique, et je n'aurais que deux nuances à apporter: l'une d'elle aurait concerné la Franc-Maçonnerie, mais ALM y est revenu ensuite. En revanche, il faut préciser que "Dieu" n'est pas du tout envisagé dans le Bouddhisme, quelle que soient les écoles bouddhiques. Evidemment, il s'agit d'une différence de perspective importante (ce qui ne veut pas dire une contraction), et il s'agit bien toujours, en ce qui concerne l'initiation, de la transmission d'une influence spirituelle "non-humaine", mais le langage théologique ne s'y applique pas.

En ce qui concerne la nécessité d'un Maître (qu'il s'agisse d'un Guru au sens strict ou d'un upa-guru), on peut peut-être ajouter une remarque: certaines pratiques initiatiques sont extrêmement dangereuses sans un contrôle rigoureux. Cela est déjà évident lorsqu'il s'agit d'exercices corporels, qu'il s'agisse de sports profanes ou d'Arts Martiaux, or ce qui est vrai pour le corps l'est encore plus dans le domaine spirituel. Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit plus haut sur cette question, et qui me paraît tout à fait juste, mais je crois qu'il faut signaler ce danger, pour ceux qui n'ont pas eu ou n'ont pas de Maître, d'entrer dans certaines pratiques sans autorisation. Ceci ne concerne pas l'initié qui a reçu un rattachement et donc l'autorisation d'une certaine pratique, mais celui qui, rattaché ou non, mettrait en oeuvre certaines pratiques dont il n'a eu de connaissance que livresque par exemple.
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ALM
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MessagePosté le: Ven 4 Juil - 01:31 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Vous avez raison Lutfi, le mot "Dieu" tel qu'entendu de nos jours (car son emploi, tout comme celui du mot "religion", est loin de se restreindre au seul langage théologique) est impropre quand on parle d'initiation bouddhique. Cela étant, précisons ensemble que le bouddhisme n'a rien de commun avec cette vaine "sagesse" chantée des acteurs et autres saltimbanques, qui louent le Bouddhisme "surtout pour ce qu'il n'est pas". L'Absolu y est tout aussi magnifié, et le seul problème ici est d'ordre conceptuel. "Dieu Personnel", "Dieu Impersonnel", "Dieu Supra-Personnel"... Chaque aspect du Divin donne lieu à un culte particulier, et les différences de perspectives ne sont, en rien, des divergences doctrinales, rappelons-le.

La question de l'autorisation est fondamentale, vous avez parfaitement raison, et elle est l'essence même de l'initiation, ou de la transmission ("initier, c'est transmettre"). Je tâcherais d'y revenir.

La remarque d'Hanafita est importante, car relativiser le sérieux des aspirants à notre époque ne doit pas faire perdre de vue qu'un Maître reste un Maître...
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ALM
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MessagePosté le: Ven 4 Juil - 15:12 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Je vous reproduis un passage du "Livre des Haltes" de l'Emir AbdelKader concernant la question du Maître.


" Ô vous qui croyez ! Craignez Dieu, et cherchez un moyen d'accès vers Lui; luttez sur Sa Voie, peut-être parviendrez vous au succès!" (Cor. 5 : 35)

Il y a dans ce verset une indication sur le parcours de la Voie qui conduit à la connaissance.

En premier lieu, Dieu ordonne aux croyants de pratiquer la crainte de Lui. Cela correspond à ce que, chez nous, on appelle la "station du repentir" (ndr: ou du retour, ou de la conversion selon l'etymologie commune de ces termes. Cela étant, il convient de préciser que la "con-version" dont il est fait mention est, avant toute chose, essentiellement intérieure et profonde, même si certains actes viennent naturellement l'accompagner; a-contrario, certains actes peuvent laisser penser qu'une con-version s'opère alors qu'intérieurement il n'en n'est rien. "Les actes ne valent que par les intentions qui y président" disait, en ce sens, le Prophète), qui est la base de tout progrès sur la Voie et la clef qui permet de parvenir à la "station de la réalisation". Celui à qui elle à été accordée, l'arrivée au But lui a été accordée, et celui à qui elle a été refusée, l'arrivée au But lui a été refusée. Ainsi que l'a dit l'un des maîtres : "Ceux qui ne parviennent pas au But (al wusûl), c'est parce qu'ils ont négligé les fondamentaux (al usûl)."

Dieu nous dit ensuite : "et cherchez un moyen d'accès vers Lui", c'est à dire : après avoir maîtrisé la "station du repentir" en vous conformant à toutes les conditions qui lui sont relatives, cherchez un moyen d'accès. Ce moyen, c'est le Maître dont la filiation initiatique est sans défaut, qui a une connaissance véritable de la Voie, des déficiences qui font obstacles et des maladies qui empêchent de parvenir à la Gnose, qui possède une science éprouvée de la théra-peutique, des dispositions tempéramentales et des remèdes qui conviennent. Il y a unanimité absolue des Gens d'Allâh sur le fait que, dans la Voie de la Gnose, un moyen d'accès, c'est à dire un maître, est indispensable. Les livres ne permettent nullement de s'en passer, du moins dès lors que se produisent les inspirations sur-naturelles, les éclairs des théophanies et les événements spirituels, et qu'il devient donc nécessaire d'imprimer chez le disciple la connaissance de ce qui, dans tout cela, est sain et de ce qui est vicié. En revanche, au tout début de la Voie, il peut se contenter des livres qui traitent du comportement pieux et du combat spirituel dans son sens le plus général.

"Et luttez sur Sa Voie" : c'est là un ordre de se battre après avoir trouvé un maître. Il s'agit d'une guerre sainte (jihâd) spéciale, qui est menée sous le commandement du Maître et selon les règles qu'il prescrit. On ne peut faire confiance au combat spirituel mené en l'absence d'un Maître, sauf en cas très exceptionnels, car il n'y a pas de guerre sainte unique, conduite de manière unique : les dispositions des êtres sont variées, leurs tempéraments différents les uns des autres, et telle chose qui est profitable à l'un peut-être nuisible à l'autre..."

Fin de citations

Avant d'en terminer là pour l'instant, signalons que la mentalité toute moderne du "ni Dieu ni maître" se retrouve aussi bien chez les religieux. Si Dieu est consentit, car supposé lointain, l'idée même d'avoir un maître, par contre, répugne. Parmi les images simples servant à formaliser pareilles prétentions, prenons l'exemple d'un écolier lambda qui, sans Maître, ne passera pas dans la classe supérieure, et ce malgré la somme de livres qu'il trimballe dans son cartable.
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QAF_181



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MessagePosté le: Ven 18 Juil - 14:04 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Hanafita a écrit:
Qaf_181 a dit :
"La faiblesse même des prétendants à l’initiation leur rend souvent très difficile de suivre l’homme de bon conseil, le Maître.
Ainsi les Maîtres de la Voie, avec miséricorde, on indiqué pour nos temps, des moyens de se perfectionner dans la Voie lorsqu’on n’est pas capable de suivre un Maître ou qu’on ne trouve pas de Maître à qui remettre toute sa confiance. "


Mais l'éducation dispensée par le Maître ne consiste-t-elle pas dans le fait de corriger son disciple, c'est-à-dire de lui faire profiter de ses erreurs (celles du disciple) et d'en tirer un enseignement ? Est-il préférable de se tromper et de ne pas le savoir plutôt que d'être remis dans le droit chemin grâce aux conseils de son Cheikh ? Celui qui n'est même pas rattaché est-il à même d'évaluer sa capacité à suivre l'enseignement du Maître, et surtout, le fait de se rattacher et donc d'accepter d'affronter cette éventuelle désobéissance n'est-elle pas la première épreuve de l'initiation, dans laquelle le disciple doit s'en remettre totalement à Dieu ?


..
Hanafita merci de votre intervention qui me permet de préciser mon propos. Vous avez tout à fait raison dans ce que vous dites de l'enseignement du maître, mais encore faut-il être dans cette disposition, c'est à dire de reconnaître l'intérêt d'un Maître et de ses conseils même si cela nous est difficile à suivre. Pour ma part, je faisais allusion à ceux dont la difficulté à concevoir pour eux-même l'intérêt d'une telle affiliation ou bien à éprouver de la vénération pour tel ou tel ayant la fonction de maître, rend difficile un engagement auprès d'un tel maître. Cet état était assez rare en milieu traditionnel mais est très courant chez les occidentaux et de plus en plus chez les orientaux occidentalisés. Ainsi ceux qui dans cette perspective reçoivent un rattachement et les autorisations afférentes aux rites généraux d'une voie à l'exclusion d'une affiliation personnelle à un maître, pourront tout à fait s'en contenter pour les débuts dans la voie ainsi que de certaines pratiques de substitution (que j'ai indiqué plus haut dans ce fil). La mise en pratique de tout cela pouvant bien souvent amener a corriger le point de vue initial sur l'intérêt de suivre un maître ainsi que l'émérgence d'affinités avec tel ou tel maître et par surcroît ouvrir au disciple la possibilité effective de le suivre et de s'engager auprès de lui dans la Voie.

Car pour la plupart des disciples la règle que donne l'émir Abd el-Kader cité par ALM est bien la suivante:

"Il y a unanimité absolue des Gens d'Allâh sur le fait que, dans la Voie de la Gnose, un moyen d'accès, c'est à dire un maître, est indispensable. Les livres ne permettent nullement de s'en passer, du moins dès lors que se produisent les inspirations sur-naturelles, les éclairs des théophanies et les événements spirituels, et qu'il devient donc nécessaire d'imprimer chez le disciple la connaissance de ce qui, dans tout cela, est sain et de ce qui est vicié. En revanche, au tout début de la Voie, il peut se contenter des livres qui traitent du comportement pieux et du combat spirituel dans son sens le plus général."

Or l'essentiel de mon propos depuis mon premier post concernait essentiellement ceux qui se trouvent "au tout début de la Voie", mais je vois maintenant que j'aurais peut-être du y insister davantage.
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benoît



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MessagePosté le: Lun 28 Juil - 14:40 (2008)    Sujet du message: reconnaissance du maitre Répondre en citant

Mr Qaf a ecrit :"... celui qui ne reconnaît pas de Maître ..."

J'aurai voulu avoir quelques eclaircissement a ce sujet. quels sont donc les critères de reconnaissance d'un maître? est ce à l'aspirant de reconnaittre et accepter le maitre? n'est ce pas plutôt le contraire? et au dela des criteres traditionnels tel que chaine initiatique, autorisation, attachement a l'exoterisme, ou encore vision veridique, que peut bien voir ou reconnaitre celui qui est encore plongé dans l'ignorance?

bien a vous
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Mer 30 Juil - 12:37 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Cher Benoît,

Je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment possible de répondre à votre question, telle que vous la posez. En effet, ces critères sont différents d'une tradition à une autre. Il serait peut-être possible de vous répondre, si vous posiez cette question par rapport à une forme spécifique: le Taçawwuf, l'Hindouisme, le Vajrayana, et, même dans ces formes, il peut y avoir des voies très différentes.

Je prendrai l'exemple des arts martiaux. Si vous voulez apprendre, par exemple le Karaté, on pourra vous dire que la rencontre d'un Maître au sens plein et entier du mot, n'est pas absoluement nécessaire dans les premiers temps: un ami karatéka pourrait vous apprendre quelques katas. En revanche, il est évident que sur le long terme, il vaudra mieux suivre un Maître. Maintenant, je pense que toute personne qui aspire à faire du Karaté a les moyens de reconnaître un Maître, et même de distinguer entre les niveaux de Maîtrise. Bien sûr, si une personne n'a jamais fait de Karaté n'aura pas de critères aussi précis qu'un karatéka, mais elle pourra normalement se faire une idée suffisante pour choisir un Maître (si tant est qu'une telle expression soit adéquate).

Il en ira de même d'une personne qui veut entrer dans une initiation de métier, et l'on pourrait prendre des exemples similaires dans le cas du Compagnonnage.

Ensuite, il y a sur la question que vous avez posée tant de réponses données par les Maîtres spirituels eux-même que le mieux est peut-être de se reporter à ce qu'ils en disent, en tenant compte du contexte, car certains conseils peuvent être spécifiques par rapport à une tradition. Il y a eu, par exemple, chez certains guénoniens musulmans de véritables confusions parce qu'ils ont voulu appliquer à l'Islam des critères qui ne sont valables qu'en Maçonnerie. Ce n'est qu'un exemple, mais cela prouve que c'est un domaine où il faut être très prudent.
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QAF_181



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Messages: 52
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MessagePosté le: Jeu 31 Juil - 18:17 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Lutfi a écrit:


Il y a eu, par exemple, chez certains guénoniens musulmans de véritables confusions parce qu'ils ont voulu appliquer à l'Islam des critères qui ne sont valables qu'en Maçonnerie.



Nous sommes tout à fait d’accord et l’inverse est aussi vrai. A ce titre je me permet de préciser certains points évoqués par les uns et les autres dans ce forum. Puis de répondre à certaines questions soulevées ces dernières semaines dans ce fil ou dans d’autres concernant l’initiation et la Maîtrise spirituelle.

ALM a écrit:




Remarquons toutefois que certaines formes d'initiations, comme celle la Franc-Maçonnerie, fonctionne quelque peu différemment ; la présence d'un Maître chez les Francs-Maçons est de nos jours exceptionnelle, et ce pour la raison simple que cette organisation privilégie le travail collectif, compte-tenu de sa situation actuelle.



En réalité le Maître en Franc-Maçonnerie spéculative n’est en rien comparable au Cheikh de la tradition islamique ou au Guru de l’hindouisme, il s’agit en fait d’un grade symbolique de la maçonnerie dite « Bleue » (c'est-à-dire les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître) auxquels s’ajoutent des compléments du grade de Maître qu’on appelle Hauts Grades. Cette structure hiérarchique de la Maçonnerie Spéculative était auparavant constituée de 7 grades dans la Maçonnerie Opérative. Selon Guénon l’absence de Maîtrise incarnée par un Maître (au sens de Guru) est constitutive de la Franc-Maçonnerie même avant sa dégénérescence spéculative et il précise qu’en ce cas on doit considérer qu’une adaptation a eu lieu, autorisée et réalisée par des Maîtres Spirituels de la tradition Maçonnique dans un temps déjà bien lointain. Elle ne privilégie donc pas le travail collectif qu’à la simple raison de sa dégénérescence mais parce qu’il constitue le pilier de cette Voie dans sa forme actuelle et qu’à ce titre une telle organisation ne saurai s’en priver ce qui est bien différent de ce qui peut avoir lieu dans le Taçawwouf ou dans l’Hindouisme par exemple.

ALM a écrit:




On peut d'ores et déjà affirmer que la présence de Maîtres au sein d'une tradition atteste de la vitalité de celle-ci, mais que leur absence ne signifie pas pour autant sa mort.





Ici je te rejoins tout à fait cher ALM et je pense que c’est pour cela notamment que Guénon n’a jamais découragé certaines initiatives de restaurations initiatiques traditionnelles (dans le Christianisme et la Maçonnerie notamment) car tant qu’une tradition demeure vivante une possibilité de la sorte est toujours envisageable et mérite d’être considérée, sans pour autant, bien-sûr , s’illusionner sur les résultats à attendre d’une telle restauration, mais toutes les possibilités de cet ordre ne doivent-elles pas être épuisées avant la fin du Kali-Yuga ? D’ailleurs si certaines individualités particulièrement douées ont pu profiter d’un tel engagement, sur le plan collectif il ne semble pas que de telles initiatives ne soient allées bien loin, la perspective traditionnelle restant bien souvent l’apanage d’individus isolés et rarement à même de fédérer un groupe homogène et stable qui pourrait servir de base à une telle restauration.



Dans le cas de la Maçonnerie, il n’y a à ma connaissance non seulement pas de Maître au sens que j’ai précisé ci-dessus, mais aussi aucune espèce de rite personnel de transmis à l’initié, les seuls rites initiatiques existant étant d’ordre collectif; c’est pour cela que je ne restreignais pas comme tu le fais la question de la distance et de la pratique des rites mais qu’au contraire j’envisageai la possibilité de celui qui ne possèderait qu’un seul rattachement initiatique sans autre chose , la distance empêchant dans cet exemple tout travail initiatique rituel, seul la concentration sur le but et la méditation personnelle pouvant servir de support à la réalisation. Au delà de la question de l’opportunité d’un tel rattachement en vue d’un travail initiatique efficace, ce cas pouvant exister je me devais de l’envisager dans une réponse à une question sur l’initiation en général.


Lutfi a écrit:




En ce qui concerne la nécessité d'un Maître (qu'il s'agisse d'un Guru au sens strict ou d'un upa-guru), […] Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit plus haut sur cette question, et qui me paraît tout à fait
juste, mais je crois qu'il faut signaler ce danger, pour ceux qui n'ont pas eu ou n'ont pas de Maître, d'entrer dans certaines pratiques sans autorisation. Ceci ne concerne pas l'initié qui a reçu un rattachement et donc l'autorisation d'une certaine pratique, mais celui qui, rattaché ou non, mettrait en œuvre certaines pratiques dont il n'a eu de connaissance que livresque par exemple.



Effectivement, c’est pourquoi il me semble que la parole des Maîtres que « celui qui n’a pas de Maître à pour maître Satan », ne s’applique strictement qu’a ces derniers.

Par ailleurs cette notion vaut pour les Maîtres eux-mêmes qui n’incarnent la tradition initiatique et ésotérique au regard de leur disciple qu’à la mesure de l’autorisation qu’ils ont reçu, qu’il s’agisse d’un Guru (Maître spirituel réalisé) ou d’un upa-guru (qui ne fait que transmettre un enseignement dont il n’est que le porteur temporaire), car un être qu’il ait réalisé les plus grandes stations initiatiques ou aucune ,sans autorisation, ne peut avoir de disciples. A ce titre on voit bien qu’au regard de la Maîtrise ce qui compte c’est essentiellement l’autorisation, qu’elle soit transmise et reçue extérieurement ou bien qu’elle soit d’ordre spirituelle et intérieure ce qui va bien souvent de paire.

benoît a écrit:


Mr Qaf a ecrit :"... celui qui ne reconnaît pas de Maître ..." J'aurai voulu avoir quelques eclaircissement a ce sujet. quels sont donc les critères de reconnaissance d'un maître? est ce à l'aspirant de reconnaittre et accepter le maitre? n'est ce pas plutôt le contraire? et au dela des criteres traditionnels tel que chaine initiatique, autorisation, attachement a l'exoterisme, ou encore vision veridique, que peut bien voir ou reconnaitre celui qui est encore plongé dans l'ignorance?




Lutfi a écrit:


Cher Benoît,

Je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment possible de répondre à votre question, telle que vous la posez. En effet, ces critères sont différents d'une tradition à une autre. Il serait peut-être possible de vous répondre, si vous posiez cette question par rapport à une forme spécifique: le Taçawwuf, l'Hindouisme, le Vajrayana, et, même dans ces formes, il peut y avoir des voies très différentes.



Bien qu’étant assez d’accord avec Lutfi, je me propose de répondre tout de même à cette question pour le Taçawwuf, une intervention dans le sous-forum Liens m’en donnant l’occasion.

Edgar a écrit:


le soufisme en Occident peut-il être sérieux ? Y a-t-il des maîtres authentiques ?



Pour répondre en premier lieu à Benoît tout est question de point de vue, selon la manière dont les choses sont envisagées du coté du disciple ou du Maître. Dans le premier cas, le disciple, plongé dans l’ignorance de la séparativité, re-connaît celui qui lui servira de Maître, mais en réalité c’est le Maître qui accepte d’être re-connu comme tel par le disciple, d’un autre point de vue il s’agit d’une conjonction de l’un vers l’autre, où la part de chacun ne peut être réellement définie et dans ce cas on pourrait dire parler de la Providence ou du destin. De toute façon ce qui à lieu en général dans l’ésotérisme islamique c’est que le rattachement, qu’il implique ou non la reconnaissance d’un Maître, est donné suite à une demande du disciple, dans le meilleur de cas acceptée par le Maître qui formule ensuite les conditions de l’engagement que doit accepter le futur disciple. Le premier pas est donc du coté du disciple c’est pourquoi je parle de reconnaissance du Maître. Quant aux critères pour cela, il n’y rien qui ne soit au-delà des critères traditionnels qui sont ceux que tu dis : chaîne initiatique, autorisation, attachement à l'exotérisme, reconnaissance de ces pairs, ou encore vision véridique… Quand tous ces critères sont reconnus par le disciple, il est garanti de la régularité de ce qui lui est présenté, dans ce cadre ce qui fait la différence relève d’un ordre tout intérieur. Les Maîtres dans la Voie donnent ce conseil : si tu trouve un Maître présentant les critères requis et que tu éprouve de la vénération pour lui dans ton cœur empresse toi de demander à t’engager dans la Voie auprès de lui. Par ailleurs les Maîtres spirituels étant les héritiers du Prophète, un des critères souvent mis en avant dans la Voie réside dans la reconnaissance caractère Mouhammédien qui s’actualise chez le Maître en question (caractère bien connus par le Coran, les ahadits prophétiques, et la Sira ou Récit traditionnel de la Vie du Prophète), qu’importe que celui-ci en soit pleinement conscient ou qu’il ne soit qu’un « simple support » d’un enseignement (au sens de l’upa-guru) de tout façon le prétendant n’ayant pas la capacité à évaluer ces choses là, il devra bien faire avec les critères certes limités mais bien existant qu’il possède. De toute façon le disciple n’a pas d’intérêt à considéré l’élévation de son Maître mais bien la sienne, et si le disciple parvient un jour à l’endroit ou le Maître ne pourra plus le faire progresser celui-ci s’empressera de le l’adresser à son propre Maître ou à un des Maîtres de son temps plus qualifié que lui. Nous terminerons en citant un extrait du Blog Soufiyya présenté par ALM dans les Liens et relatif à notre sujet :

[…]Sidnâ Muhyî al-Dîn [Ibn ‘Arabi] enjoignait de considérer son shaykh comme son propre père et les autres maîtres comme ses oncles. Et puis il ne faut pas oublier qu’un disciple n’est jamais là pour juger de la qualité des différents shuyûkh ; il est dans la voie pour se parfaire et non pour porter un jugement sur ceux qui de toute façon le dépasse. Il y enfin une vérité à ne jamais perdre de vue c’est qu’un shaykh aussi parfait soit-il ne fait que révéler le disciple à lui-même ; le qutb en personne ne saurait transformer un âne en cheval de course. Aussi le premier souci du disciple est-il de se “tester” à l’aune des critères de progression dans la voie plutôt que de tacher de gonfler son ego en vantant les mérites de son shaykh.[…]

Pour répondre à Edgar je dirai qu’essentiellement le Soufisme est une chose «sérieuse », d’origine supra-humaine donc protégé en lui-même de toute déviation, tant que ceux qui l’incarnent rempliront avec sérieux leur fonction et selon les critères traditionnels transmis depuis l’origine de l’Islam quel que soit le lieu, en Occident ou ailleurs, où il se développera le Soufisme conservera sa vitalité. Tant que la tradition se perpétuera sur ces bases, même si il est le fait de peu, le Soufisme qu’il soit occidental ou oriental restera « sérieux ». Si la mentalité occidentale se prête davantage à des contrefaçons ou des déformations du Soufisme véritable que celle des peuples orientaux, la généralisation du point de vue moderne et profane, sur l’ensemble du globe, rend caduque les oppositions géographique de l’Orient et de l’Occident et l’on peut dire sans réserve, qu’aujourd’hui plus encore, qu’on soit oriental ou occidental il faille redoubler de vigilance quand aux critères sur lesquels on peut baser une vie traditionnelle et suivre une Voie : comme toujours il s’agit de revenir à l’essentiel et de s’y tenir fermement. Cela implique donc de bien comprendre les fondements traditionnels de l’initiation et lorsqu’on s’y engage en connaissance de cause de ne pas perdre de vue les raisons et les critères qui nous on fait entamer cette démarche, cherchant à maintenir notre orientation pure et élevée. Ceci n’est cependant pas sans devoir susciter des adaptations régulières correspondantes mais qui n’affecte en rien l’essentiel, car le Soufisme ne peut-être vécu de la même façon en Afrique qu’en Inde, de même en Occident, la dégénérescence cyclique et le mode de vie moderne rendent tout particulièrement nécessaire de telles adaptations,mais au fond des choses, c'est-à-dire dans la recherche de la Connaissance d’Allah en vue de Sa face, toutes les Voies régulières de l’ésotérisme islamique convergent au-delà de leur multiplicité dans l'espace et dans le temps et se confondent dans la Voie vers le principe Un et Unique car comme dise les soufis et-tawhidoun wahidoun ! De ce fait les maîtres Occidentaux et Orientaux vivant en Occident ou leurs représentants régulièrement autorisés ont entre leur mains tout ce qui est nécessaire à l'instauration et au dévellopement d'une Voie en Occident et comme toutes les tourouq (confréries), à ce titre on peu parler de "Maîtres authentiques" car l'authenticité n'est liée qu'a l'autorisation traditionnelle et au respect des conditions afférentes à celle-ci. Pour résumer le Soufisme en tant que voie initiatique traditionnelle et régulière dispose de tout les moyens nécessaires pour se dévelloper en Occident, en effectuant les adaptations nécessaire dans le cadre de la Loi traditionnelle islamique, et peut donc être "sérieux", et en fait il existe bien certaines voies régulières qui se sont engagée dans ce travail, dans tout l'Occident, dirigés par des Maîtres authentiques ou leur représentant. Pour finir citons un cours extrait d'une lettre du Prof. Askarî relatif à cette question et que Michel Vâlsan a présenté et publié dans le numéro de mai-août 1970 des Etudes Traditionnelles, , sous le titre : « Tradition et modernisme dans le monde indo-pakistanais ». Ce texte ne manquera pas d'interpeller les lecteurs intéressés par la question de la vitalité du Soufisme en Occident sur laquelle nous reviendrons si le besoin s'en fait sentir.

« Je me remémore ce que le grand maître soufi du xxe siècle, Mawlana Ashraf Alî Thanvî a dit à ses disciples un jour de 1930 environ : « Telles que je vois les choses, les défenseurs de l'Islam viendront maintenant d'Europe » (1) . C'était exactement l'époque à laquelle l'œuvre de Guenon prenait une forme plus complète et qu'il abordait les études sur le Tasawwuf (2). Et je crois fermement que Guenon est le guide intellectuel dont les Musulmans ont spécialement besoin aujourd'hui pour faire face aux tentations et aux provocations de la civilisation moderne, de même que les hommes appartenant à toutes les traditions. »

Et en note:

1) Les paroles de Mawlana Ashraf Alî Thanvî ne manquent pas d'une certaine concordance avec les initiatives connues, prises précédemment par le groupe d'Abdûl-Hâdi Aguéli avec la bénédiction du Cheikh Abder-Rahmân Elîsh el-Kebîr.

2) Précisons à cette occasion que Guenon, qui avait été rattaché à la voie ésotérique de l'Islam depuis 1912, s'était aussitôt occupé sérieusement du projet de la Mosquée de Paris, mais « les choses n'ont malheureusement pas abouti avant la guerre » (de 1914). En outre « il devait y avoir une Université islamique... ». Après la guerre, avec l'arrivée de certains personnages, tout dévia et il se désintéressa de ces projets. — On peut remarquer, d'après ce que nous signalons dans ces deux dernières notes, que la position islamique de René Guenon apparaît tout autre qu'un fait personnel privé et sans signification quant à l'orientation intégrale de son œuvre même et de son influence.

[Ces deux notes sont de Michel Vâlsan. Le Professeur Muhammad Hassan Askarî est décédé en 1978.]

  

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