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Sur l'Initiation
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phalegtani
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MessagePosté le: Sam 27 Déc - 14:29 (2008)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Je crains que cette avalanche de citation et l'analyse textuelle qui l'accompagne ne provoquent de la confusion dans les esprits, et qu'elle soit en grande partie inutile; car, à ma connaissance, personne n'a nié la possibilité pour un initié de transmettre ce qu'il a reçu, et c'est même là une condition pour le faire.
Mais cette condition nécéssite des nuances sur lesquelles je reviendrai et qui montrent que les ciltations de Guénon doivent être employées avec précautions.

Qu'un initié ait potentiellement le droit de rattacher est un fait qui doit tenir compte des opportunités, des circonstances et des convenances que M. H. Chadli évoque sous plusieurs de leurs aspects, mais qui demeurent très théoriques; car depuis le départ de Guénon, de nombreuses turuq ont accompagnés l'immigration, et la dissolution de l'Empire Soviètique a coïncidé avec la réapparition d'autres organisations que le communisme n'est jamais parvenu à combattre.
Cette situation n'a plus rien à voir avec celle connue à l'époque de Guénon qui affirmait dans Orient et Occident : jamais une organisation orientale n'implantera de branches en Occident (je cite de mémoire car je ne suis pas en France). Opinion qu'il a corrigée par la suite dans une lettre.
Je n'insisterai pas sur ce point car, après tout, il s'agit d'une question de sensibilité traditionnelle; mais il ne me paraît pas incorrecte de considérer une initiation sans guidance comme virtuelle, et une initiation avec guidance comme opérative, car pour l'aspirant c'est la seule chose qui devrait réellement importer et par rapport à laquelle il lui revient de se déterminer.

Pour en venir aux nuances, le collaborateur de "La Règle d'Abraham" traite de deux formes distinctes d'initiation, celle relative à l'islam, et celle relative à la maçonnerie. Or, il se trouve que les conditions de la transmission initiatique sont très différentes dans l'une et l'autre forme puisque dans la première c'est un individu qui donne le rattachement initiatique, et dans la seconde, c'est une collectivité (de chair et d'os, j'entends).
En d'autres termes, pour que l'initiation maçonnique soit valide, le maître qui l'actualise doit le faire en présence d'un certain nombre d'autres maîtres; et si il l'actualise en l'absence de ce nombre précis de maîtres, l'initiation n'est pas transmise, bien qu'elle le soit par quelqu'un qui est initié.
 Tel est la seule et unique raison pour laquelle Guénon envisage la transmission du Nom par des membres d'une organisation islamique, en employant le pluriel, et le fait que ceux-ci occupent ou non des "fonctions" au sein de l'organisation islamique n'a aucune espèce d'importance d'un point de vue maçonnique, puisque la seule chose qui importe, c'est que l'initiation soit transmise dans les conditions particulières qui la concernent.

Tout cette intervention a, en réalité, beaucoup plus d'importance qu'il n'y paraît, car elle montre que la transmission du Nom Allâh à des maçons non musulmans s'est actualisée sans prendre en compte  ni la forme islamique, ni la forme maçonnique. 
Si ce n'est pas de l'amateurisme, c'est beaucoups plus inquiètant.
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MessagePosté le: Sam 27 Déc - 14:29 (2008)    Sujet du message: Publicité

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ALM
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Inscrit le: 21 Juin 2008
Messages: 159

MessagePosté le: Dim 4 Jan - 11:20 (2009)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

Tâchons de synthétiser un peu avant de tourner la page.

Comme le disait très justement phalegtani, il est important de bien faire la distinction entre l'oeuvre de Guénon et sa correspondance. Il faut comprendre que lorsque Guénon s'adresse à un correspondant, il envisage toutes les possibilités relatives à sa situation, ses capacités, etc., pour lui permettre de s'orienter ; ce que Guénon écrivait donc à telle ou telle personne, pour relever du domaine du privé, doit être à considérer comme rigoureusement nul vis-à-vis de ce qu'il enseignait publiquement. Cela dit, et si l'on tient vraiment à tirer de sa correspondance quelques enseignements, il faudrait commencer par souligner qu'elle fut, par définition, plus encline à considérer les exceptions que les règles de l'initiation (ses articles en remplissant déjà l'office) ; ainsi en va t-il, en toute logique, de la possibilité pour un simple initié de pouvoir, théoriquement, rattacher, ou de celle du "simple" moqqadem pouvant, sous certaines conditions, constituer a son tour d'autres représentants.

Sur la première. Quand Guénon écrit (et je renvois ici au message de MYL) :

"Disons "aptitude actuelle" pour préciser qu'il s'agit ici de quelque chose de plus que la "qualification" préalable qui peut-être désignée aussi comme une aptitude ; ainsi, on pourra dire qu'un individu est apte à l'exercice des fonctions sacerdotales s'il n'a aucun des empêchements qui en interdisent l'accès, mais il n'y sera actuellement apte que s'il a reçu effectivement l'ordination."

"ce rite n'en n'aura pas moins son plein effet si, étant régulièrement investi de la fonction de "transmetteur", il l'accomplit en observant toutes les règles prescrites"

"le mantra qui a été appris autrement que de la bouche d'un Guru autorisé est sans aucun effet"

"Cette capacité (ndr : celle de Guru) suppose d'ailleurs, outre le développement correspondant à la possession de ce degré, certaines qualités spéciales, de même que, parmi ceux qui possèdent les mêmes connaissances dans un ordre quelconque, tous ne sont pas également aptes à les enseigner à d'autres." (I.R.S p174)

et qu'il écrit, à côté de cela, qu'" en principe, tout faqîr (...) a le droit de transmettre valablement l’initiation qu’il a reçue lui-même", quelle conclusion devrions nous adopter? Que Guénon s'est contredit, ou bien que cette dernière affirmation ne saurait valoir que dans une certaine mesure? A ce propos, on pourrait tout aussi bien rappeler que, toujours selon Guénon, "la nécessité du rattachement initiatique est seulement une nécessité de fait" (I.R.S p. 48) ; cela nous donne t-il pour autant le droit de déclarer la "concentration" suffisante pour accéder à la réalisation? Il nous faut donc bien la faire cette distinction, entre l'oeuvre, publique, et la correspondance, ou, plus généralement, entre la règle et l'exception, car sinon c'est toute la cohérence de la synthèse guénonienne qui tombe. Sur la règle d'ailleurs, un Moïse Maïmonide devait lui-même poser qu'"il n'est pas suffisant que son maître soit mort pour qu'un homme devienne habilité à siéger et à enseigner la Loi, il faut encore qu'il ait obtenu la qualification qui lui permette de le faire. Tout disciple qui ne l'a pas obtenue et cependant enseigne, est un fol, un méchant et un prétentieux. C'est de lui que l'Ecriture a dit : il "a fait tomber des blessés en grand nombre" (Proverbes, VII, 26), ce qui prouve encore une fois encore que c'est là la norme.

A propos de l'exception, Guénon écrit qu'elle "arrive quand il n’y a pas de branches organisées sous une forme définie" ; si l'on est conséquent, on fera donc la conclusion que là où se trouvent une ou des branches organisées, cette exception disparaît. A l'heure actuelle, toutes les conditions sont manifestement rassemblées pour rendre cette exception caduque (et la relative commodité des moyens de transport aura eu à ce propos au moins cet effet). En France par exemple, force est de constater que les possibilités initiatiques se sont multipliées depuis Guénon. Que ce dernier y soit ou non pour quelque chose (cf. msg phalegtani notamment), il n'en demeure pas moins que la situation d'aujourd'hui est différente de celle d'hier, et on pourrait même aller jusqu'à dire qu'elle nous est pour le moins favorable sur ce point.

Néanmoins, on devra tout de même convenir du fait que son époque et la notre sont analogue du point de vue de la qualité : "ce qui est le plus difficile, et surtout à notre époque, ce n'est certes pas d'obtenir un rattachement initiatique, ce qui peut-être n'est même parfois que trop aisé", mais c'est de trouver un instructeur vraiment qualifié, c'est à dire capable de remplir réellement la fonction de guide spirituel (..) Sans un tel instructeur, comme nous l'avons déjà expliqué précédemment, l'initiation, tout en étant assurément valable en elle-même, dès lors que l'influence spirituelle a été réellement transmise au moyen du rite approprié, demeurerait toujours virtuelle, sauf dans de très rares cas d'exception" (I.R.S, p. 153-154), de sorte que la multiplication du type de rattachement mis en valeur par certains ne feraient qu'accentuer un peu plus la confusion entre le bon grain et l'ivraie.

Là-dessus, certains pourraient objecter que si Guénon écrit qu'"on pourrait dire, d'une façon générale, que, dans les conditions d'une époque comme la nôtre, c'est presque toujours le cas véritablement normal au point de vue traditionnel qui n'apparaît plus que comme cas d'exception" (I.R.S, note p 45), c'est qu'inversement les initiations de type "exceptionnel" peuvent se multiplier normalement et qu'elles peuvent donc donner des résultats non moins "normalement exceptionnels". Mais il est à craindre que ce que Guénon nous dit des partisans d'un Christianisme qui serait toujours ésotérique dans ses formes extérieures ne vaille tout aussi bien ici : "même s'ils admettent que ces résultats ne peuvent être qu'exceptionnels dans les conditions présentes, chacun se croit volontiers destiné a être parmi les exceptions ; il va sans dire qu'il n'y a la qu'une déplorable illusion" (Aperçus sur l'Ésotérisme chrétien, p. 36.). Ce n'est donc pas parce que la norme est devenue minoritaire que l'exception serait devenue "normale" et ferait autorité, cela va de soi.

Ici, on pourrait encore faire valoir que Guénon parle d'une initiation où la transmission se présente sous une forme plus connue, à savoir celle où un représentant autorisé transmet le rattachement sans avoir lui-même la maîtrise spirituelle pour qualité. Cela est tout à fait exact, et n'en rabaisse donc pas moins le type de possibilité auquel M. Chadli fait allusion ; mais puisque nous en sommes à synthétiser, quelques mots ne seront pas de trop sur cette question.

J'ai pu constater, ici et là, qu'une certaine magnification -au sens strict de ce néologisme- des initiations dites de tabarruk avait cours ; certains clament en effet que, dès que la simple régularité de la transmission de l'influence spirituelle est constatée, l'effectivité ou le processus de réalisation peut être envisagé ; d'autres encore, insistent sur l'importance du travail initiatique collectif, arguant qu'il est à lui seul un moyen de suppléer à la présence d'un Maître ; d'autres, enfin, partant du principe qu'un Guru se fait denrée rare aujourd'hui et qu'"un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", invitent tous ceux qui ont une aspiration spirituelle à se contenter du peu d'une initiation de bénédiction. Si je me permets de m'attarder un peu sur ce point, c'est qu'il n'est pas sans présenter quelques similitudes avec la position de M. Chadli, à un moindre degré tout naturellement ; si cette dernière est irrégulière selon la règle alors que celle-là ne l'est pas, elles partagent malgré tout un même goût pour la "normalisation de l'exception".

Je m'explique. Tous ces arguments énoncés sur la suffisance de l'initiation virtuelle sont juste, en principe. Dans les faits, néanmoins :

"il faut bien reconnaître que, dans les conditions présentes plus que jamais, il y a fort loin de cette initiation virtuelle au moindre début de réalisation" (I.R.S p. 44)

"la barakah du Sheikh fondateur de la tarîqah peut fort bien, tout au moins pour des individualités particulièrement bien douées, et en vertu de ce simple rattachement à la silsilah, suppléer à l'absence d'un Sheikh présentement vivant" (I.R.S p.173)

"Ce que nous venons de dire s'applique au cas que l'on peut considérer comme normal, ou qui du moins devrait l'être en ce qui concerne le processus initiatique, c'est à dire à celui qui implique la présence effective d'un Guru humain ; avant de passer à des considérations d'un autre ordre, s'appliquant également aux cas plus ou moins exceptionnels qui peuvent exister en fait en dehors de celui-là, il convient de faire encore une autre remarque. Lorsque que l'initiation proprement dite est conférée par quelqu'un qui ne possède pas les qualités requises pour remplir la fonction d'un Maître spirituel, et qui, par conséquent, agit uniquement comme "transmetteur" de l'influence attachée au rite qu'il accomplit, un tel initiateur peut aussi être assimilé proprement à un upaguru, qui a d'ailleurs comme tel une importance toute particulière et en quelque sorte unique en son genre, puisque c'est son intervention qui détermine réellement la "seconde naissance", et cela même si l'initiation doit rester virtuelle. (...)Seulement, il est bien entendu que, faute d'un Guru, l'initiation reçue ainsi risque fort de ne jamais devenir effective, sauf pourtant dans certains cas d'exception dont nous parlerons peut-être une autre fois ; tout ce que nous dirons pour le moment, c'est que, bien que théoriquement il n'y ait pas là d'impossibilité absolue, la chose est à peu près aussi rare en fait que l'est le rattachement initiatique obtenu en dehors des moyens ordinaires, de sorte qu'il est en somme peu utile de l'envisager quand on veut s'en tenir à ce qui est susceptible de l'application la plus étendue." (I.R.S, pp.150-151)

Quant aux cas d'"exceptions", et si la citation relative à l'affirmation de M. Chadli pourrait tout aussi bien être reproduite ici, celle qui va suivre, pour s'appliquer précisément à ce dont nous parlons, parlera manifestement d'elle-même :

"Tout cela ne représente assurément que des raisons tout à fait insuffisante pour prétendre pouvoir se passer d'un Maître spirituel et arriver néanmoins sûrement à l'initiation effective, non moins que pour se dispenser de tout effort personnel en vue de ce résultat ; la vérité oblige à dire que c'est là une possibilité qui existe, mais aussi qu'elle ne peut appartenir qu'à une infime minorité, si bien qu'en somme il n'y a pas à en tenir compte pratiquement. Ceux qui ont réellement cette possibilité en prendront toujours conscience, au moment voulu, d'une façon certaine et indubitable, et c'est là, au fond la seule chose qui importe ; quant aux autres, leurs vaines imaginations, s'ils se laissaient entraîner à y ajouter foi et à se comporter en conséquence, ne pourraient que les conduire aux plus fâcheuses déceptions." (I.R.S, p164)

On rappellera donc une fois pour toutes que selon Guénon, l'exception à la règle s'incarne globalement dans la notion de cheng-jen, ou d'"hommes véritables", dès la naissance, auxquels seule l'initiation la plus minimale, s'il est permis de s'exprimer ainsi, suffit à actualiser et rendre effectif leurs possibilités (cf. I.R.S p. 162).

D'ailleurs, à ces restrictions rigoureuses posées par Guénon, on pourrait ajouter que, même dans le cas où l'irshâd est extériorisée en un Guru humain, le cheminement initiatique (sulûk) demeure des plus difficiles. Pour l'illustrer, voici ce qu'un Shaykh contemporain, à la question : "Pourquoi n'avez-vous pas beaucoup de représentant en dehors de votre pays?" répondait en substance : "Parce que l'éloignement spatial est une entrave à la suhba (compagnie du Maître), et que la suhba est nécessaire à la tarbiyya (éducation spirituelle). L'éloignement est source d'égarement."

Au fond, tout cela est parfaitement logique : si des savants comme Al Jilanî ou Ibn 'Arabî dirent en leur temps que la compagnie d'un Maître, la remise confiante en lui et sa vénération sont des impératifs rigoureux pour quiconque prétend au dévoilement, et qu'en outre "aujourd'hui est pire qu'hier et mieux que demain", pourquoi en serait-il autrement? Ce qui valait naguère doit nécessairement valoir aujourd'hui, et dans une plus large mesure tout compte fait.

On pourrait, là aussi, m'objecter que la méfiance est indispensable en ces temps de confusion, et que la possibilité pré-mentionnée peut faire office de "garantie", en quelque sorte. Face à cela, trois choses doivent être soulignées : la première, c'est que l'autorisation dont dispose une personne et l'exemple même de sa vie témoignent pour ou contre lui. Les critères d'"authentification" ont, grâce à Dieu, été suffisamment exposé par Guénon pour que l'on puisse trouver son chemin aujourd'hui. La seconde, c'est qu'en présence de deux personnes proposant régulièrement le rattachement, on devra toujours s'orienter vers celle où la maîtrise est avérée ; si en effet la régularité est observée, quoi, si ce n'est le sentiment, ferait plus s'orienter vers le petit que vers le grand? Le "guénonisme"? La dernière, c'est que cette possibilité peut effectivement constituer une étape transitoire pour certains, transition que l'on pourrait qualifier de mentale ou de "conjoncturelle" selon les situations. Je dis "transitoire" parce qu'il ne faut pas oublier que le but de l'initiation n'est pas le "salut", mais la "délivrance", et que par conséquent les actes méritoires et bonifiants peuvent être tout aussi accomplis hors de ce cadre.

Les seules choses que l'on peut, en définitive, rappeler à ceux qui désirent ardemment "mourir en Dieu pour vivre par Lui" sont donc :

"Le visiteur : Pour parvenir à la Réalisation, un Maître est-il nécessaire? Le Maharshi : La Réalisation est le résultat de la grâce du Maître, bien plus que des enseignements, des conférences, des méditations, etc. Ce ne sont là que des aides secondaires, tandis que la grâce du Maître en est la cause primordiale et essentielle.
Le visiteur : Qu'est-ce qui peut aider à la Réalisation?
Le Maharshi : Les enseignements des Saintes Ecritures et des âmes réalisées.
Le visiteur : Ces enseignements peuvent-ils être donnés sous formes de discussions, conférences et méditations?
Le Maharshi : Oui, mais celles-ci ne sont que des aides secondaires, l'essentiel est la grâce du Maître."


"Efforce-toi sincèrement, et tu trouveras un guide!" Al 'Alawî

"Quand le disciple est prêt, le Maître arrive." Proverbe soufî

"(...) Quant à la branche principale, qui n'est rien d'autre que la pure voie shâdhilie, nul ne pourra la modifier et l'altérer, et il en sera ainsi jusqu'à ce que l'Heure advienne, conformément à ce qu'a dit Sidî Al tarâbulsî au noble Al 'Alamî, descendant du grand Pôle, le Shaykh Moulay 'Abd as Salâm ibn Mashîsh : "Cette Voie disposent de gardiens qui la préservent et de sentinelles qui la surveillent, et il en sera ainsi jusqu'au jour de la Résurrection : ce sont les Gens de Dieu et les soutiens de Sa religion, ceux auxquels Il a accordé les sciences extérieures et intérieures, et qu'Il a secouru par Ses Noms de Défenseur et de Gardien" (...) Nous n'aimons pas que l'on ferme la porte de Dieu au nez de Ses serviteurs alors qu'elle est en réalité toujours grande ouverte ; bien au contraire, nous réprouvons fortement cela (...) : "Dès que Nous abrogeons un signe, ou dès que Nous le faisons oublier, Nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est puissant sur toute chose? Ne sais-tu pas que la Royauté des cieux et de la terre appartient à Dieu?" (Coran) "Ils veulent éteindre, de leur bouche, la lumière de Dieu, mais Dieu ne veut que parachever Sa lumière, quand bien même cela déplairait aux mécréants" (Coran) " Ad Darqawî, Lettres."Quand vous implorez Dieu, demandez-Lui le meilleur" Hadîth



Avant d'en terminer, je voudrais comme convenu dire quelques mots de la possibilité pour un moqqadem de nommer, à la mort d'un Shaykh, d'autres représentants. Même si tout ce qui précède laisse entrevoir ce qu'il faut en penser, certaines précisions là-dessus ne seront pas inutiles.

A la différence de la possibilité pour le simple initié de pouvoir transmettre, en principe, le rattachement, celle-ci n'est mentionnée nulle part dans l'oeuvre de Guénon ; cela ne saurait bien sûr l'invalider tout à fait, mais la chose n'en mérite pas moins d'être remarquée.

Quelle est la règle en la matière? A la mort d'un Maître, tous les écrits propres aux "convenances en matière d'initiation" (adab at-tarîq) enseignent que le disciple et le "simple" moqqadem, à savoir celui dont l'autorisation, dite "générale" ('amm), ne permet que de rattacher et de diriger les rites collectifs, doivent reprendre un Maître au plus vite. Si cette règle se retrouve très largement exprimée chez quelqu'un comme le Shaykh Sha'ranî, voici ce qu'un lecteur non-arabisant pourra trouver en langue française :
"Il (le disciple dont le Maître est séparé de lui ou décédé) doit rester isolé (en se basant sur les ordres de son shaykh jusqu'a ce que Dieu réalise ce qui est déjà décrété), mais seulement s'il a déjà atteint la "moitié" de la connaissance. S'il n'est qu'au début du chemin, par exemple dans le cas où un état spirituel l'arrachant à sa raison l'a envahi, il lui est nécessaire d'avoir recours à un autre Shaykh car son intellect est déséquilibré." Al 'Alawî in Lettres sur la Voie spirituelle d'Ad Darqawî.


Ainsi, vu que la fonction de moqqadem peut être confiée à toute personne dont la nature se prête au rôle de transmetteur, et que ce rôle ne nécessite aucune connaissance effective, il s'en suit pour lui, comme pour le "néophyte", qu'il doit impérativement reprendre un Maître à la mort ou en l'absence du précèdent. On peut d'ailleurs encore ajouter là-dessus que cet impératif a même été étendu, pour d'autres raisons (notamment le fait d'avoir toujours quelqu'un au dessus de soi, fut-ce pour maintenir le symbole), au khalife d'un Shaykh lui-même (1).

Cela dit, il est vrai que dans certains cas, non que cet impératif peut être abrogé, mais enfin qu'il peut être "différé". On verra ainsi que cette possibilité, semblable en cela à la première qui a été traitée, repose sur le fait qu'en principe tout le monde peut transmettre ce qu'il reçu (mais que, comme le dit Guénon, parmi ceux qui possèdent les mêmes connaissances dans un ordre quelconque, tous ne sont pas également aptes à les enseigner à d'autres).

Sans aucunement prétendre à l'exhaustivité sur le sujet, il faut donc dire que les conditions permettant la régularité de cette possibilité sont, ici encore, rigoureusement liées aux contingences.

Pour que tel moqqadem puisse s'"émanciper", il faudra donc : soit qu'il ne survive pas au Maître de représentants intégraux (khalife) ou du moins plus "qualifiés" que lui (je vais y revenir), et qu'il soit de plus dans l'impossibilité de se rattacher ailleurs, soit qu'il ait été, par "confirmation subtile" (du Prophète par exemple), invité à cela. Sur cette dernière condition, on rappellera malgré tout que les confirmations subtiles se font généralement suivre par des confirmations "sensibles". Lorsque maintenant cette prise d'"autonomie" intervient du vivant même du "shaykh" en question, il faudra que toutes les preuves de la distanciation de ce dernier vis-à-vis de la Loi (ésotérique et exotérique), et par là de son inaptitude, soient produites (et même dans ce cas, de nombreuses restrictions seraient à faire, car il est bien connu que certains Maîtres, de l'Islam comme de l'Hindouïsme, mirent à l'épreuve la sincérité de leurs disciples par la transgression -toute apparente- des lois). Néanmoins et dans tous les cas, une pareille émancipation ne saurait donner lieu à autre chose, pour celui qui viendrait s'y rattacher, qu'à une initiation de tabarruk, car la qualité de l'initiation dépend nécessairement de la source même de cette initiation, et que la source ici n'est rien d'autre qu'un "maillon faible" ou "virtuel", dépourvu de ce que les Maîtres appellent le sirr (secret), cette chose étant la marque de ceux qui possèdent une autorisation dite "particulière" (khass ; cette dernière autorisation peut constituer, bien que non systématiquement, la qualité de khalife d'un Maître).

Pour vous donner un exemple concret de ce cas de figure, l'exemple des rapports entre M. Vâlsan et F. Schuon sera particulièrement probant. Suite aux irrégularités manifestes de Schuon sur le plan de l'intégrité des formes rituelles, Guénon conseilla à Vâlsan de constituer une branche autonome. De plus, Schuon n'était qu'un simple moqqadem (et malgré ce qu'en disent ses "ouailles"), lui-même émancipé, pour certaines raisons, d'un autre moqqadem tout aussi émancipé (pour des raisons qui furent des plus douteuses, les conditions énumérées ci-dessus n'étant pas remplies) que lui! Il était donc tout naturel que Guénon, sur la base de cette possibilité, invite Vâlsan à s'écarter de ce marigot.

Ce dernier point nous conduit ainsi à la conclusion de ce qui a amené ce bien long message :

"quand une organisation initiatique se trouve dans un état de dégénérescence plus ou moins accentué, bien que l'influence spirituelle y soit toujours présente, son action est nécessairement amoindrie, et alors, par contre, les influences psychiques peuvent agir d'une façon plus apparente et parfois presque indépendante." (I.R.S, p. 63)

N'est-ce pas là ce qui arrive lorsque l'on abuse de l'"exception"?



(1) : Pour en finir avec cette fausse querelle de mot, je ferais simplement remarquer à ce cher Qâf que, si ce terme a un sens plus précis que celui qu'il soutient mordicus, c'est que non seulement sa racine même évoque l'idée de succession, mais encore qu'il est employé dans le but de rappeler le modèle Prophétique, comme c'est d'ailleurs toujours le cas en la matière. Je suis néanmoins d'accord avec lui pour dire que son utilisation à, par glissement sémantique, amener à désigner tous les représentants d'un Maître, furent-ils de "simples" moqqadem.)



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ALM
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MessagePosté le: Mar 14 Avr - 12:53 (2009)    Sujet du message: Sur l'Initiation Répondre en citant

"L'idhn pour faire avancer les disciples dans la Voie et leur "indiquer" Dieu est soit d'ordre général, soit spécifique.

L'idhn d'ordre général, qui concerne le domaine dans lequel rentrent par exemple les formules générales d'invocation ou la pratique des oeuvres pies, n'est pas subordonné aux mêmes exigences que celles qui conditionnent l'idhn spécifique. Ce dernier est de deux sortes. La première sorte d'idhn spécifique concerne l'initiation que le murshid confère au disciple concernant les invocations particulières que doit pratiquer celui qui suit la Voie ; il les incite ainsi à invoquer et à "s'orienter", s'en remettant totalement à Dieu quant aux illuminations dont Il pourra abreuver leur coeur, en fait de réalités spirituelles et de connaissances ésotériques ; autrement dit, il ne s'engage pas de lui-même à enseigner ces réalités spirituelles aux disciples.

La seconde catégorie d'idhn spécifique consiste en ce que le murshid, en plus de ces invocations et de ces oeuvres auxquelles il engage les disciples, les initie "lui-même" à certaines réalités spirituelles, en fonction de leur prédispositions et aptitudes, en vue d'élargir le périmètre de leurs connaissances sur les réalités divines jusqu'à les faire arriver au stade où leur connaissance de Dieu s'impose d'elle-même. Cette seconde sorte de fonction est celle pour laquelle le murshid doit avoir reçu un idhn explicite, ou encore plus explicite que l'explicite, si cela est possible. En effet, l'homme qui occupe cette fonction veut "escalader le mihrâb" ; il doit donc avoir l'agrément et l'autorisation du "Propriétaire"" ; ou autrement dit, une telle personne veut ouvrir une porte dans l'enceinte à laquelle font face la plupart des créatures, en dehors des serviteurs que Dieu agrée ; il ne doit donc pas s'imaginer qu'il s'agit d'une affaire facile..."    Le Shaykh Al 'Alawî.


Note du traducteur (M. Chabry, Lettres sur la Voie spirituelle, note 286) : "Cette explication permet de comprendre pourquoi des Maîtres peuvent très bien donner des autorisations (qui relèvent de l'idhn d'ordre général) à des personnages dont ils connaissent les limites et dont la trajectoire peut éventuellement s'avérer décevante a posteriori.
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"Prosterne toi et approche toi" Coran
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