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Contre le Néo-Paganisme
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ALM
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MessagePosté le: Mer 2 Juil - 15:37 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Si il y a bien une tendance actuelle à combattre avec vigueur, c'est celle du "néo-paganisme". Fortement présent dans les milieux d'extrême-droite et représenté, entre autre, par des gens comme A. de Benoist ou R. Dun, le néo-paganisme entend rétablir l'esprit traditionnel à notre époque par la restauration de défuntes traditions occidentales, quelles soient scandinave ou celtique par exemple.

Ce fil s'ouvre donc dans le but de discuter, pour ne pas dire démonter, cette idéologie bien moderne (dont le nazisme était d'ailleurs l'un des fruits), en analysant ses postulats, ses conséquences et ses divers partisans.

Pour entrer en matière, je pense opportun de vous reproduire ci-dessous un texte de l'Emir AbdelKader, où la question de l'"adoration" est traitée de façon magistrale.

Voici donc la retranscription, intégrale, d'al Mawqif ath-thâmin, de la huitième "halte" de sa célèbre somme métaphysique "Le Livre des Haltes" :

Je n’ai créé les djinns et les hommes qu’à la seule fin de M’adorer (1).

C’est-à-dire pour qu’ils Le connaissent, de l’avis de la plupart des Maîtres spirituels. Cette interprétation est corroborée par ces paroles attribuées à certains Livres révélés : “J’étais un trésor caché. Je n’étais pas connu, mais J’aimais à Me faire connaître. Aussi créai-Je les êtres et Me fis-Je connaître d’eux, et c’est par Moi qu’ils M’ont connu (2).” Il y a, d’autre part, ce verset dans lequel Dieu – exalté soit-Il – dit : Ton Seigneur a décrété que vous n’adorerez que Lui (3). Décrété, c’est-à-dire décidé de façon irrévocable. Dieu n’ayant créé les djinns et les hommes qu’à cette seule fin, ceux-ci sont donc contraints de Le connaître en conformité avec cette nature primordiale (fitra) selon laquelle Dieu les a créés (4), et sous ce rapport, personne ne saurait ignorer Dieu.Mais Il a également décidé qu’ils n’adoreraient que Lui, en sorte que jamais ils n’en adoreront un autre que Lui, car Ses décisions sont exécutoires, irréversibles, et ne sauraient être contredites. Si les hommes diffèrent dans leur connaissance [de la divine Réalité], cela est fonction de la diversité de leur intelligence laquelle dépend de la diversité des aptitudes (isti‘dâd) ; celles-ci n’ont, quant à elles, pas de cause, étant de pures potentialités primordiales (li’annahâ qadîma, ghayr maj‘ûla) qui constituent une effusion sainte, essentielle et non affectée par un quelconque attribut. C’est parce que les manifestations de Celui auquel on voue un culte étaient multiples que l’on vit se multiplier les religions et les traditions [les plus diverses]. La raison d’être de tout culte est de magnifier [l’Adoré], aussi l’adorateur se recueille-t-il et s’humilie t-il devant Celui qui peut [à la fois] nuire ou profiter, donner ou retenir, accorder [ou non] la subsistance [des êtres], élever ou abaisser... Or tous ces Attributs n’appartiennent en réalité qu’à un Etre Unique qui n’est autre que Dieu – exalté soit-Il –, le Non manifesté Absolu (al-Ghayb al-mutlaq). Quiconque adore une forme quelconque – soleil ou étoiles, feu, lumière ou ténèbres, la nature, une idole, une forme imaginaire ou un djinn – dit à propos de cette forme qu’il adore : “C’est ainsi que se présente Celui qui fait l’objet de mon culte”... Et il la pare des Attributs de la Divinité, la faisant source de nuisance ou de profit, ce qui serait justifié sous un certain rapport, si ce n’est que [ce faisant], il assigne [à Dieu] une limite et prétend Le soumettre à [certaines]conditions.

En définitive, l’adorateur ne recherche à travers la forme qu’il adore, que la seule Réalité qui mérite d’être adorée, et qui n’est autre que Dieu — exalté soit-Il. Car c’est ainsi que Dieu en a décidé et décrété de toute éternité. Seulement, c’est Sa Manifestation Absolue, exempte de toute limite et libre de toute condition qu’ignore cet adorateur pour ne pas l’avoir réalisée, et bien qu’il en ait une connaissance globale (fî al-jumla) qui n’est autre que cette connaissance primordiale [selon laquelle Dieu l’a façonné]. Ainsi tout adorateur qui ne fait pas partie de cette assemblée agréée (al-tâ’ifa al marhûma) que constitue l’élite des connaissants, n’adore [la Réalité Absolue] que comme conditionnée, limitée et finalement conforme à son jugement (mahkûman ‘alayhi), car c’est ainsi qu’il La connaît.

Les docteurs en théologie eux-mêmes n’échappent pas à la règle, qui décident que Dieu doit être nécessairement pourvu de tel et tel Attribut, mais qu’il ne convient pas qu’Il possède tel et tel autre. Ils ont fait de leur faculté rationnelle (‘aql) l’instrument [de la connaissance] de Dieu ; or, la raison ne peut se prononcer qu’en faveur de la Transcendance Absolue, alors que la connaissance de Son Unicité (Tawhîd) telle que nous l’enseignent les Livres révélés et les prophètes – sur eux la grâce et la paix – comporte un double aspect de transcendance et d’immanence (tashbîh). Il ne fait pas de doute que les théologiens, qu’il soient Sunnites ou Mu‘tazilites, ne se sont prononcés au sujet de Dieu, Lui attribuant telle qualité et Lui refusant telle autre, qu’après s’en être fait une conception rationnelle et imaginale, car le jugement qu’ils portent est nécessairement un développement de cette conception ; et si l’un d’eux objectait qu’en son esprit, Dieu n’était revêtu d’absolument aucune forme, c’est soit qu’il ignorerait tout des modalités de la conception, soit qu’il serait un menteur effronté ! C’est la raison pour laquelle tu les verras souvent, après avoir rendu [des années durant] toutes sortes de sentences (hukm) à propos de Dieu, finir par reconnaître : “Quelque conclusion qui te passe par la tête, sache que Dieu est différent de cela !” Par ces mots, ils veulent désavouer tout ce qu’ils ont échafaudé auparavant ; mais cet ultime désaveu constitue Lui-même une conclusion (rationnelle) qui, à ce titre, mériterait d’être également réfutée.

Chaque groupe d’adorateurs, donc, cherche à “enfermer” la Réalité Absolue dans sa propre doctrine en niant que Dieu puisse S’épiphaniser ou Se manifester autrement que selon la conception qu’ils s’en font. Voilà la raison pour laquelle il en est beaucoup qui ne Le reconnaîtront pas au jour du Jugement et qui Lui demanderont de ce fait de les protéger de Lui-même, ainsi que l’atteste la tradition authentique suivante, que je cite ici de mémoire (bi al-ma‘nâ) : “[Au jour du Jugement] Dieu ordonnera à toutes les communautés de suivre ce qu’elles adoraient. Seule cette communauté [musulmane] demeurera sur place avec en son sein tous ses hypocrites. Puis Dieu Se présentera devant eux sous une forme qu’ils ne [Lui] connaissent pas, leur disant : “Je suis votre Seigneur.” Ils s’exclameront : “Nous demandons à Dieu de nous protéger de Toi ! Nous resterons sur place jusqu’à l’arrivée de notre Seigneur, et quand Il viendra, nous Le reconnaîtrons.” Alors, Il Se montrera à eux sous la forme qui (leur) est familière et ils attesteront : “Tu es bien notre Seigneur !”

Or, la forme [que prendra Dieu en cette circonstance], puis la transformation dont il est ici question ne sont que des Théophanies conformes à la façon dont Dieu veut Se manifester et suscitées par Lui – exalté soit-Il. Elles ne sont en vérité qu’un pur néant sans la moindre réalité, si ce n’est pour le regard de qui les perçoit. Dieu quant à Lui – exalté soit-Il – demeurera tel qu’Il était en Lui-même avant de Se manifester sous cette épiphanie, sans être affecté dans Son Immutabilité par le moindre changement, comme il en va de toute épiphanie divine, en ce monde ou dans l’Autre. Les hommes [évoqués dans le [i]hadîth[/i]] seront donc dans le vrai lorsqu’ils Le contesteront lors de la première Théophanie, [puisqu’Il ne saurait être “enfermé” dans une forme quelconque], et encore dans le vrai lorsqu’ils Le reconnaîtront dans la seconde, car Celui qui Se manifeste ainsi est toujours Le même à travers Ses différentes Théophanies. Simplement, c’est sous une forme qui ne leur était pas familière en ce bas-monde et qu’ils n’imaginaient pas, n’étant pas conforme à leurs croyances, que Dieu Se manifestera à eux la première fois. Or chacun de ces dénégateurs ne Le connaissait que comme limité et conditionné par la forme sous laquelle il L’imaginait en ce bas-monde, en concluant (hakama) qu’Il devait être nécessairement paré de tels et tels Attributs et dépourvu de tels et tels autres... Aucun d’entre eux ne L’a connu [tel qu’Il est en réalité] : échappant à tout contour d’une doctrine particulière, et souverain à l’égard d’une forme qui déterminerait nécessairement Ses Théophanies. [Au jour du Jugement] ils ne Le reconnaîtront pour Souverain que lorsqu’Il Se manifestera à eux sous la forme qui leur était familière en ce bas-monde, alors que c’est bien Le même qui, à chaque Théophanie, Se sera manifesté à eux ! Pas un seul de ces dénégateurs, qui demanderont Sa Protection pour ne L’avoir pas reconnu, ne sera en mesure de Le reconnaître en Son Absoluité [libre de toute condition ou contrainte] ; il Le reconnaîtra seulement sous la forme conditionnée que trace le contour de sa croyance particulière, laquelle forme n’est façonnée que par sa raison et sous laquelle il s’obstine à L’adorer.

N’était la permission du Législateur [c’est-à-dire du Prophète] de se “représenter” l’Adoré au cours de l’adoration, nous ne craindrions pas d’affirmer qu’il n’y a aucune différence entre celui qui façonne une idole de sa main, Lui donnant ainsi une forme sensible, et celui qui Lui donne une forme rationnelle. Or le Prophète – dont la fiabilité est absolue et incontestable – a autorisé les représentations imaginaires [de la Divinité] et interdit les représentations sensibles, dans une tradition célèbre :“La perfection consiste à adorer Dieu comme si tu Le voyais.” – c’est à dire à te Le représenter comme étant devant toi, lorsque par exemple tu te tournes en direction de la qibla [pour prier], de façon à respecter toutes les convenances dues à l’adoration alors que tu te tiens devant Lui, et afin que tout au long de celle-ci Il soit présent à ton coeur. Si cet ordre nous a été ainsi donné, c’est pour que de la même manière que sur un plan extérieur notre corps est maintenu par l’orientation rituelle en direction de la qibla, ne pouvant de ce fait ni s’en détourner, ni faire un mouvement [étranger à la prière], notre coeur se fixe en notre intérieur [sur l’objet de son adoration] ce qui lui évite de se disperser en s’abandonnant [à mille pensées]. Mais le Prophète n’a pas ordonné pour autant à celui qui se représente (mutakhyyil) Dieu ainsi, de Le “conditionner” pour son propre compte tout en refusant à autrui de le faire, ni de Le circonscrire à une orientation rituelle en refusant d’admettre qu’un tiers ait pu Lui en assigner une autre, ni de Lui donner une “forme imaginale” à l’exclusion de toute autre ! Car, au sein même de ces représentations imaginales, Il demeure – exalté soit-Il – l’Absolu inconditionné et non affecté par la forme. Etant l’Essence des contraires, celle de l’Absolu comme celle du conditionné, Il est à la fois l’un et l’autre. Quant aux connaissants – que Dieu soit satisfait d’eux tous –, lorsqu’ils seront confrontés dans la Demeure Ultime à cette Théophanie et ce changement de forme, ils demeureront d’un mutisme total sans chercher à Le faire connaître de quiconque. Telle est déjà leur attitude en ce bas-monde, car ils Le connaissent comme le véritable Absolu inconditionné, et même comme au delà de l’Absoluité elle-même, qui, en soi, constitue déjà une définition [c’est-à-dire une condition]. Ils savent qu’Il est l’Apparent qui S’épiphanise à travers toute forme – sensible, rationnelle, subtile ou imaginaire – et qu’Il est l’Apparent et l’Occulté, le Premier et le Dernier (5). Ceux-là ne L’ont pas méconnu en ce monde, et ne Le méconnaîtront pas davantage dans l’Ultime Demeure, quelle que soit la forme sous laquelle Il Se manifestera. C’est ce qui explique cette sentence attribuée à certains connaissants : “Les connaissants seront demain, si Dieu le veut, tels qu’ils sont aujourd’hui.”

Notes du traducteur (A. Penot) :

1. Cor. (51, 56)
2. Dans de nombreux ouvrages de Taçawwuf ces paroles sont présentées comme une tradition seigneuriale (hadîth qudsî), c’est-à-dire comme des paroles devant être attribuées à Dieu Lui-même, même si elles ne font pas partie du texte coranique. L’Emir, quant à lui, les présente comme une révélation appartenant à des traditions antérieures.
3. Cor. (18, 23)
4. C’est du verbe fatara, façonner, pétrir la pâte qu’est tiré le substantif fitra, qui présente certaines difficultés de traduction. On peut toutefois le définir comme le substrat commun à tous les êtres, en vertu duquel chacun est poussé à reconnaître “spontanément” son Seigneur. N’était la lourdeur de ce néologisme, on aurait pu traduire le verbe fatara par “naturer”.
5. Cor. (57, 3)

Fin de citation.

  
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"Prosterne toi et approche toi" Coran
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MessagePosté le: Mer 2 Juil - 15:37 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Ven 4 Juil - 15:46 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Cette tendance a pour source l'idée largement répandue que "la religion est la cause de tous les maux sur Terre".

Partant de là, tous les efforts des partisans en question s'orientent vers la démonstration de cette idée, au prix d'une certaine malhonnêteté intellectuelle et sans chercher à comprendre quoi que ce soit des religions incriminées.

A titre d'exemple, un extrait du Manifeste de la Nouvelle Droite (De Benoist):
Citation:
L'explosion technicienne de la modernité s'explique par la disparition de ces codages éthiques, symboliques ou religieux. Elle trouve ses lointaines racines dans l'impératif biblique : " Emplissez la Terre et dominez-la " (Genèse), que Descartes reprendra deux millénaires plus tard en invitant l'homme à " se rendre comme maître et possesseur de la nature ".


On a donc d'un coté l'affirmation que l'explosion technique était empéchée par les "codages éthiques, symboliques ou religieux", mais de l'autre, ce serait un "impératif biblique" qui serait la cause de ladite explosion... La contradiction est suffisamment évidente, mais l'erreur se glissant discrètement dans une analyse assez convainquante des dérives modernes, certains s'y laissent prendre.

Les conséquences facheuses de ces conceptions sont surtout d'inventer un lien de cause à effet entre la modernité et les religions du Livre, et d'associer la critique de la première à la lutte contre les secondes.





En s'appuyant sur le même manifeste, on peut également montrer en quoi ces conceptions n'ont rien de traditionnelles:

Citation:
Mais l'homme n'est pas seulement un animal : ce qu'il y a chez lui de spécifiquement humain - conscience de sa propre conscience, pensée abstraite, langage syntaxique, capacité symbolique, aptitude au constat objectif et au jugement de valeur - ne contredit pas sa nature, mais la prolonge en lui conférant une dimension supplémentaire et unique. Nier les déterminations biologiques de l'homme ou l'y réduire en reconduisant ses traits spécifiques à la zoologie constitue donc deux attitudes également absurdes. La part héréditaire de notre humanité ne forme que le socle de notre vie sociale et historique : parce que ses instincts ne sont pas programmés dans leur objet, l'homme est toujours titulaire d'une part de liberté (il doit faire des choix aussi bien moraux que politiques) dont la seule vraie limite naturelle est la mort. L'homme est d'abord un héritier, mais il peut disposer de son héritage. Nous nous bâtissons historiquement et culturellement sur la base des présupposés de notre constitution biologique, qui sont la limite de notre humanité. L'au-delà de cette limite peut être nommé Dieu, cosmos, néant ou être : la question du " pourquoi " n'y fait plus sens, car ce qui est au-delà des limites humaines est par définition impensable.


Cet extrait devrait suffire pour constater que ce néo-paganisme n'est bien souvent que de l'agnosticisme. Le "paganisme" en question n'a rien de bien consistant et sert surtout de pretexte pour se débarasser à peu de frais des interrogations métaphysiques.

René Guénon, dans La crise du monde Moderne:

Citation:
La conception moderne, au contraire, prétend rendre les sciences indépendantes, en niant tout ce qui les dépasse, ou tout au moins en le déclarant "inconnaissable" et en refusant d'en tenir compte, ce qui revient encore à le nier pratiquement ; cette négation existait en fait bien longtemps avant qu'on ait songé à l'ériger en théorie systématique sous des noms tels que ceux de "positivisme" et d'"agnosticisme", car on peut dire qu'elle est véritablement au point de départ de toute la science moderne. Seulement, ce n'est guère qu'au XIXe siècle qu'on a vu des hommes se faire gloire de leur ignorance, car se proclamer "agnostique" n'est point autre chose que cela, et prétendre interdire à tous la connaissance de ce qu'ils ignoraient eux-mêmes ; et cela marquait une étape de plus dans la déchéance intellectuelle de l'Occident.

Bref, on ne soigne pas le mal par le mal, et c'est ce que devraient comprendre ces gens là...
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Satori



Inscrit le: 14 Sep 2008
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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 13:22 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Ce néo-paganisme, dans son opposition au Christianisme est par ailleurs souvent contaminé (consciemment ou inconsciemment) par des idées spécifiquement modernes. R. Dun notamment n'a jamais fait mystère de son goût pour Voltaire et ce qu'il doit à la gauche et on peut rappeler les prémices de ce néo-paganisme à la révolution française, qui ont pu contribuer à la leur rendre sympathique. Plus grave encore est le contenu doctrinal de ce néo-paganisme se posant bien souvent comme panthéiste, naturaliste et anti-métaphysique par une interprétation réductrice des mythes ou encore une fois une réaction à la métaphysique des "religions du désert" considérées comme hostiles envers la nature (ce dernier reproche en disant long sur leur connaissance de l'islam...). R. Dun reproche par ailleurs à la métaphysique chrétienne d'éloigner le divin de l'homme (comme si c'était au divin de se réduire à la petitesse de l'homme pour se rendre acceptable) et voit le progrès de l'humanité avant tout dans le développement des sciences physiques.
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"Cherchez la science jusqu'en Chine s'il le faut" Hadith
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Lutfi
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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 18:10 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Le terme "néo-paganisme" lui-même pose problème.
Mais si l'on veut parler de ceux qui manifestent une aspiration spirituelle sous une forme non-religieuse, ou non-sémitique, il faut rappeler que ce fut le cas de gens très proches de Guénon, comme Reghini. Une telle aspiration se manifestait déjà chez Nietzsche, mais aussi dans le milieu de la revue La Gnose où Guénon écrivit ses premiers articles.

Il s'agit donc d'une question complexe. On pourrait noter tout d'abord que si il y avait un certain exclusivisme anti-chrétien, c'était surtout une réaction par rapport à l'exclusivisme religieux des milieux catholiques de l'époque, et bien des critiques émises contre le "Christianisme", ou contre d'autres formes sémitiques de la tradition se comprennent assez bien si on remarque qu'elles visent l'incompréhension des exotéristes et leur formalisme exclusif.

Il me semble qu'il est important de voir tout d'abord en quoi, et sous quels rapports, des gens ont pu avoir raison de rechercher la tradition sous des formes non-religieuses, et en fait plus directement métaphysiques.

Après, dans ce que l'on appelle la mouvance "néo-païenne", il y a bien d'autres choses, et dont certaines manifestent des aspirations fort éloignées de toute spiritualité, et d'autres qui relèvent même du "néo-spiritualisme" le plus suspect.

Je crois qu'il fallait rappeler ces quelques points, car ils permettront peut-être de comprendre dans quelle perspective Guénon a écrit certaines choses. Il faut rappeler que si c'est dans La Gnose que Guénon a écrit ses premiers articles, son premier livre est l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues qui expose directement l'enseignement de la tradition hindoue, donc d'une tradition spirituelle non-sémitique, d'origine hyperboréenne, et qui s'identifie en réalité à la tradition primordiale. Si les soi-disant "néo-païens" d'aujourd'hui étaient sincères dans leur démarche spirituelle, ou plutôt si leur démarche était véritablement spirituelle, c'est vers l'Inde qu'ils se tourneraient.
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Satori



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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 19:01 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Certes, mais je ne visais pas le premier type de néo-paganisme que vous évoquez, moi-même j'ai pu apprécier Evola dans une large mesure, qui ne manquait pas de critiquer les religions sémitiques dans le sens que vous indiquez. Le néo-paganisme que j'évoque est plus particulièrement celui d'une certaine extrême-droite contemporaine, et pour en revenir à son aspect anti-métaphysique Mabire et Dun ne manquèrent de critiquer aussi le bouddhisme, tradition pourtant authentiquement aryenne quant à son origine (ce qu'Evola ne manqua pas de souligner avec ferveur). A cela se mêle également un préjugé anti-ascétique au moins en parti d'origine nietzschéenne qui n'épargne pas les traditions indiennes (comme Nietzsche lui-même ne les a pas épargné dans sa critique de la métaphysique).
En ce qui concerne l'Hindouisme il serait assurémment souhaitable que les "néo-païens" se tournent vers lui plutôt que vers les antiques traditions européennes (qui étant mortes ne réssusciteront pas), toutefois à ce niveau il convient d'éviter d'autres dangers. Dans le giron de l'extrême droite également une auteur comme Savitri Devi a pu donner dans les pires fabulations et connaître un certains succès chez ces néo-païens.
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Lutfi
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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 19:46 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Tout à fait d'accord avec vous, cher Satori.

En ce qui concerne Mabire, il faut dire que son livre sur Ungern-Sternberg est une déformation monstrueuse de la vérité historique, comme pourront s'en rendre compte les lecteurs d'Ossendowski. Pour ce qui est de Savitri Devi Mukherjee, le moins que l'on puisse dire est que son cas est encore plus suspect. En fait, il est difficile de ne pas voir dans tout cela une influence assez directe de certains centres de la contre-initiation.

Nous renverrons à ce sujet à deux chapitre du Règne de la quantité: "Chamanisme et sorcellerie" et "Résidus psychiques": Guénon écrivait notamment:

"Il y a là, pourrait-on dire, une sorte de "nécromancie" qui met en oeuvre des restes psychiques tout autres que ceux des individualités humaines, et ce n'est assurément pas la moins redoutable, car elle a par là des possibilités d'action bien autrement étendues que celles de la vulgaire sorcellerie, et il n'y a même aucune comparaison possible sous ce rapport"

Il est d'ailleurs assez peu probable que des gens comme Savitri Devi et Jean Mabire aient été conscients du rôle qu'ils ont joué, et c'est encore plus évidemment le cas de Robert Dun, ou de bien d'autres, comme Dominique Venner, par exemple.

Parmi les gens qui se réclament plus ou moins de cette tendance, mais en connection directe avec certaines organisations dont Guénon a signalé le caractère suspect, nous pouvons citer Christian Bouchet (ami d'Alain Soral, et ancien élève de Robert Amadou), qui est d'ailleurs un adversaire déclaré de Guénon.

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Satori



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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 20:11 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

"Déformation monstrueuse" je ne l'aurais pas mieux dit ! En somme Mabire s'est contenté d'inventer l'histoire du Mabire de ses rêves. Concernant ce type d'auteur d'une manière générale on ne peut toutefois nier qu'à leur façon ils ont sans doute voulu réagir contre une certaine décadence moderne qu'ils percevaient, mais à travers le prisme de leurs idéologies et surtout sans échapper à certaines influences modernes délétères. Du reste les idéologies racialistes se présentent majoritairement comme des créations d'un moment de la modernité.
En lien avec cette tendance et plus on moins en relation avec Bouchet si je ne m'abuse on peut aussi citer Alexandre Douguine qui ne recule pas devant la contradiction de se proclamer national-bolchévique et disciple de Guénon et d'Evola en même temps, voir de présenter une telle étiquette politique comme une métaphysique ! De nos jour l'anti-Tradition en vient même à usurper les portes-paroles de la Tradition l'ayant clairement dénoncer !
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Cush



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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 20:55 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Fil intéressant. Le néo-paganisme n'est aujourd'hui plus que le cache-sexe d'un agnosticisme ou même d'un athéisme inavoués, quand il n'est pas du pur délire du ressort des ''religiosités secondes'' type Wicca, magie noire ou blanche, etc... Dans un numéro d'Eléments sur le thème de Dieu, Alain de Benoist avoue lui-même être plus ou moins un agnostique  ''familier'' du paganisme. Il ne sert à rien de déterrer le cadavre de Wotan et de le secouer en faisant croire qu'il vit encore. Les Européens doivent faire le deuil de leurs défuntes traditions polythéistes c'est un fait.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Dim 14 Sep - 21:55 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Tout à fait d'accord avec vous cher Satori.

Cher Cush, je vous renverrai au Règne de la quantité et aux travaux de Stanislas de Guaïta: la magie noire est toute autre chose que du délire!

Il serait légitime de chercher à revenir aux traditions antiques, à condition d'avoir un certain dépôt, ce qui était le cas de Reghini, et bien plus de choses que nous ne le pensons ont pu se transmettre jusqu'à nous à travers la Franc-Maçonnerie. Mais les soi-disnat néo-païens ne s'occupent guère que de choses avec lesquelles ils n'ont de lien que purement imaginaire, à moins qu'il ne s'agisse de choses plus suspectes encore.
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Satori



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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 22:21 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

En ce qui concerne l'agnosticisme latent de beaucoup de "néo-païens", celui-ci est du au fait que l'option néo-païenne est souvent liées à des motifs trés extérieurs à toute spiritualité, au premier rang desquels l'attachement à une nation ou à une race. L'identitarisme se sent alors parfois obligé d'adopter telle religion car elle fut celle de ses ancêtres et non pour ce qu'elle est en elle-même. Cette attitude n'est pas trés nouvelle, Maurras lui-même agnostique tenait à une Action Française catholique, voyant dans le catholicisme un ciment unifiant la nation. Si le motif n'est pas tout à fait le même il est en tout cas aussi éloigné de la vraie spiritualité.
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"Cherchez la science jusqu'en Chine s'il le faut" Hadith
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Cush



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MessagePosté le: Dim 14 Sep - 22:30 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Lutfi a écrit:
Tout à fait d'accord avec vous cher Satori.
Cher Cush, je vous renverrai au Règne de la quantité et aux travaux de Stanislas de Guaïta: la magie noire est toute autre chose que du délire!

Il serait légitime de chercher à revenir aux traditions antiques, à condition d'avoir un certain dépôt, ce qui était le cas de Reghini, et bien plus de choses que nous ne le pensons ont pu se transmettre jusqu'à nous à travers la Franc-Maçonnerie. Mais les soi-disnat néo-païens ne s'occupent guère que de choses avec lesquelles ils n'ont de lien que purement imaginaire, à moins qu'il ne s'agisse de choses plus suspectes encore.

C'est vrai, c'était mal formulé on aurait pu croire que je ne faisais pas le distingo entre la Wicca (où on est là dans le pur délire) et la magie noire qui est réelle, je les ai associé car je les place toutes deux dans la contre-tradition (passive et active)

En accord avec vous, Satori, la vision utilitariste de la religion ne peut de toutes façons jamais mener vers une spiritualité authentique.
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ALM
Administrateur


Inscrit le: 21 Juin 2008
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MessagePosté le: Lun 15 Sep - 00:22 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

A. Reghini, pour être "proche" de Guénon, et d'une toute autre trempe que la plupart des penseurs occidentaux, n'en n'était pas moins sévèrement critiqué par lui. Les exclusivistes néo-païens sont, d'un point de vue "guénonien", inaptes à considérer certaines formes traditionnelles, les formes religieuses, comme légitimes et spécialement adaptées à la mentalité systématique occidentale, le dogme étant la cristallisation de la doctrine et le monothéisme la "simplification" salutaire du polythéisme. Si nous pouvons certes comprendre comment un pareil raisonnement a pu voir le jour (cf msg de Lutfi), nous ne nous permettrons sûrement pas de l'excuser. N'est-il point gravissime en effet de remettre en cause l'opportunité d'un choix Divin?

Ne pas saisir l'identité substantielle des formes traditionnelles, leurs différences opportunes sur la forme, et leur équivalence quant à la fin, tel est le tort de ces gens, qui pèchent finalement par l'endroit même où s'établit leur critique : l'uniformisme.

Le terme "néo-paganisme", ainsi que Zero, citant Guénon, le rappelait, désigne donc la résurgence, néo, d'un esprit vulgaire et dissolvant, paganisme, contraire à l'essence même de la Tradition : at-Tawhîd.
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Satori



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MessagePosté le: Lun 15 Sep - 11:49 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Les exclusivistes néo-païens sont pourtant les premiers à critiquer l'intolérance des monothéismes, comme si eux étaient ouverts aux autres traditions... D'autre part dans leur critique de la forme dogmatique, l'influence des Lumières est souvent trés présentes, consciemment ou non (éducation moderne oblige, malheureusement) au nom d'une confuse et indéterminée "liberté de pensée" (quand ils ne comparent pas purement et simplement le monothéisme à la "pensée unique" mélangeant des plans qui n'ont rien à voir).
Au final on peut confirmer l'aspect salutaire de la forme dogmatique pour l'Occident en constatant à quelles inepties un retour au paganisme peut mener à notre époque de dissolution (bien qu'encore une fois le leur n'ait pas grand chose à voir avec ce que furent les traditions antiques européennes, peut-être qu'en fin de compte le terme de paganisme dans son véritable sens leur convient mieux qu'à ces traditions).
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Lutfi
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MessagePosté le: Lun 15 Sep - 14:01 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

L'exclusivisme des "néo-païens" pourrait être vu comme une réaction à l'exclusivisme des exotéristes chrétiens. Mais ce que l'on peut se demander, c'est dans quelle mesure un tel exclusivisme peut encore être réellement sincère après la publication de l'oeuvre de Guénon. D'autre part, il ne faut pas oublier que le mot "païen" est un terme de basse polémique. J'essaierai de retrouver le passage de Fabre d'Olivet sur ce point, ainsi que le commentaire qu'en a fait Guénon. Il ne faut pas oublier que "païen" veut tout simplement dire "paysan", dans un sens un peu péjoratif, et le mot qui s'en rapproche le plus dans la langue actuelle serait peut-être tout simplement "plouc".

Si on revient au contraire sur la question d'une restauration de traditions pré-chrétiennes, une telle restauration au moins partielle n'est pas forcément une impossibilité, puisque la Maçonnerie a reçu un dépot provenant de certaines de ces traditions.

Cette question pourrait avoir des côtés assez ignorés, et nous préférons, à ce sujet, citer directement le Sphinx (Réflexions sur le pouvoir occulte - La France antimaçonnique 1914):

"D'autre part, si on envisage les tentatives qui ont été faites récemment dans le sens d'une "contre-kabbale" (et qui se basaient principalement sur le Druidisme), on ne peut pas dire qu'elles aient abouti à une réalisation quelconque, et leur échec est encore une preuve de la force incontestable que possède l'élément judaïque au sein du "pouvoir occulte" occidental."

C'est l'occasion de rappeler la grande importance des articles du Sphinx, en grande partie réédités chez Arché Milano dans La Polémique sur les "Supérieurs Inconnus". Et l'article le plus important est peut-être celui dont nous venons de faire une citation: Réflexions sur le pouvoir occulte
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Satori



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MessagePosté le: Lun 15 Sep - 14:18 (2008)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme Répondre en citant

Certes le terme païen est polémique et partisan mais il semble toutefois approprié à un certaine dégénérescence des traditions antiques européennes à l'époque ou il apparut. En effet sans cette dégénérescence l'expansion providentielle du christianisme en Occident n'aurait pas eut la moindre raison d'être, la forme polythéiste n'étant plus adapté au lieu et au temps une décadence devait s'ensuivre chez cette dernière. C'est également ce type de dégénérescence que Guénon qualifie de vrai paganisme et polythéisme. Quant au qualificatif de paysan, certes méprisant il traduit aussi une réalité concrète : au Vème siècle la majeure partie de l'élite romaine était ralliée au christianisme et l'ancien polythéisme subsistait surtout chez les couches les plus basses et les plus périphériques, généralement les dernières à "évoluer" (soit dit sans aucun mépris et sans la moindre nuance progressiste).
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:57 (2017)    Sujet du message: Contre le Néo-Paganisme

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