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La propagande au quotidien

 
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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Dim 6 Juil - 23:00 (2008)    Sujet du message: La propagande au quotidien Répondre en citant

Je me permets ici de faire du recyclage en vous copiant une petite étude que j'ai réalisé pour un cours cette année. Elle porte sur la langue française et l'usage qui en est fait à l'heure actuelle. Je n'ai rien pour scanner les documents sur laquelle elle portait, mais les citation devraient suffire

Elle me semble pouvoir introduire un fil sur les manipulations opérées au quotidien pour entretenir les erreurs modernes.


La langue française, une arme politique.


« Si les mots étaient des armes,
est-ce qu’ils resteraient le seul moyen de conciliation comme on le dit partout ? »
Arnaud Michniak

Qui se souvient encore aujourd’hui qu’il y a seulement un an, nous étions tous en train de faire « un choix historique » ? Tous les médias, et les français avec eux, avaient les yeux rivés sur les faits et gestes de quelques personnes. Après une campagne présidentielle extrêmement longue, les deux candidats dont les journaux n’avaient cessé de répéter qu’ils s’affronteraient au second tour s’étaient effectivement affrontés au second tour et l’élection de Nicolas Sarkozy était venue clore cette épopée médiatique.
Pourquoi revenir sur cette élection aujourd’hui ? Il m’a semblé intéressant, dans le cadre d’une étude sur un usage contemporain de la langue française, d’observer et d’étudier des exemples significatifs de textes politiques contemporains. Les hommes politiques sont, avec les publicitaires, les personnes qui ont le plus à gagner d’un usage efficace de la langue : il en va de leur popularité et de leur carrière. Si il y a des personnes pour qui les mots sont des outils, voire des armes, ce sont eux. Au prix parfois de l’honnêteté…
Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont sans aucun douté été les candidats les plus attentifs à la maîtrise de leur image et de leurs propos. Il aurait été intéressant d’étudier des documents pour chacun des candidats, mais par soucis de concision, j’ai préféré me limiter à ces deux personnes-là, d’autant plus qu’ils sont les plus représentatifs des évolutions récentes de l’usage de la langue en politique. Cette étude porte donc sur quatre documents issus des bureaux de ces deux personnes. Il s’agit des brochures envoyées par la poste à chaque électeur avant le premier tour et entre les deux tours des élections.
Document 1 : Ségolène Royal, premier tour
Document 2 : Nicolas Sarkozy, premier tour
Document 3 : Ségolène Royal, second tour
Document 4 : Nicolas Sarkozy, second tour
Les lignes de chacune des brochures ont été numérotées pour faciliter les citations.

J’ai choisi de traiter point par point les principaux éléments particularisant les textes de ces documents. Sans axe directeur précis, j’ai tenté malgré tout de rendre cohérent l’enchaînement des points étudiés en les hiérarchisant ainsi : du plus superficiel au plus profond. Nous commencerons donc par les fautes de langue.

-une syntaxe et des constructions déconcertantes.

On peut en premier lieu relever dans ces documents des constructions syntaxiques hasardeuses, voire fausses : « un euro dépensé doit être un euro utile, au lieu de laisser la dette publique se creuser », nous dit Mme Royal (doc 1, l.49), alors que M. Sarkozy affirme (doc 4, p.3) dans un passage mis en évidence : « L’enjeu, c’est entre répéter les recettes du passé ou faire les choix de l’avenir ». Outre un mauvais emploi du mot « enjeu », la construction est incorrecte. La défense de langue française était pourtant au programme (doc.4, l.209). En second lieu, certaines expressions posent des problèmes à qui veut les comprendre : selon Mme Royal, les Français ont exprimé « un profond désir d’avenir » (doc 1, l.5). La formule est agréable à l’oreille mais interpelle la raison : de quel avenir s’agit-il ? Le qualifier pour donner un semblant de sens à l’expression aurait pu être utile. De le même façon, et bien qu’elles soient correctes, certaines formules de M. Sarkozy telles que « créer des richesses » (doc 4 , l.97) ou « libérer les énergies » (doc 4, l.70) (copiée d’ailleurs sur la première brochure de Mme Royal (doc 1, l.12)), dont l’absence de sens précis est masquée par l’aura positive qu’elles dégagent, nous conduisent à un deuxième constat : la langue est ici employée comme un voile servant à masquer soit certaines réalités sociales, soit la nature profonde de ce qui est dit. C’est cet usage, plus connu sous le nom de langue de bois, que nous allons étudier à présent.

-la langue de bois

« Je vous ai écouté pour agir juste et pour tenir parole ». Ainsi commence le premier document de Mme Royal. A elle seule, cette phrase est un condensé de politiquement correct : l’écoute, la justice, l’honnêteté, l’action, toutes les valeurs attendues y sont affichées, sans pour autant donner de piste d’interprétation sérieuse : que peut bien signifier « agir juste » ? Ses deux brochures sont jalonnées de ces formules toutes aussi agréables que floues, toutes aussi incertaines sur ce qu’elles nomment. Ainsi, nous avons la promesse d’une modernisation du dialogue social « par le compromis gagnant-gagnant » (doc 1, l.40). Un compromis nécessitant nécessairement des concessions mutuelles, on peut ici parler d’oxymoron, à moins que cette formulation ne fasse que masquer la partie moins lumineuse de ce futur compromis. M. Sarkozy n’est cependant pas en reste et cherche de son coté à faire oublier le plus possible sa présence centrale au sein du gouvernement sortant. Nous nous retrouvons alors avec des phrases déroutantes: « Je réduirai la dette et le déficit, qui ont été creusés par l’échec des politiques antérieures, alors que nos politiques réussiront » (doc 2, l.175). A la limite de la correction, cette phrase témoigne surtout du travail de dissimulation des faits opérés dans ces textes. Les « politiques antérieures » en question sont bien celles du gouvernement dont faisait partie M. Sarkozy. Enfin, signalons chez les deux candidats l’omniprésence du vocabulaire et des formules qu’Eric Hazan a qualifié de « propagande du quotidien » dans son ouvrage LQR. Développement durable, sécurités nouvelles, sources de croissance et d’emploi, « quartiers (sensibles)» employé pour « banlieues», jurys-citoyens, démocratie sociale, autant d’expressions qui soit dissimulent une réalité désagréable, soit ne font que masquer leur absence de signification derrière une formule ou un mot positifs. Cet abus du vocabulaire positif se retrouve également dans l’omniprésence de certains motifs.

-les motifs de l’évènement, du changement et du progrès

Il ne s’agit plus ici de masquer la réalité, mais de la déformer pour faire de ces élections un évènement historique sans précédent. M. Sarkozy affirme ainsi qu’à l’issu du premier tour, « un immense espoir s’est levé dans le pays » (doc 4, l.5) et conclue en faisant du vote pour sa candidature « le seul choix qui compte, celui de la France » (l.175), alors que Mme Royal teinte son texte de tonalités épiques : « La France Présidente se relève avec vous. Avec nous tous et toutes. » (doc 1, l.22). De tels propos laissent penser qu’une guerre vient de ravager le pays.
Ce motif de l’évènement est associé de près à un autre motif récurent dans la prose politique : le diptyque crise/changement. Nous avons affaire à une « crise » et une « fracture républicaine », nous dit Mme Royal, alors que M. Sarkozy fait de la lutte contre la « triple crise » (doc 2, l.14) son cheval de bataille. Cette lutte, d’un coté comme de l’autre, semble appeller nécessairement des solutions nouvelles, rendant omniprésent les champs lexicaux du changement et du progrès. Du coté de Mme Royal, voici ce que nous trouvons : « Il est urgent d’inventer une France neuve » (doc 3, l.8), « Je veux que la France soit l’avant-garde … » (doc 3, l.21) et en grosses lettres blanches sur fond rouge, en première page de la première brochure : « Le changement ». Les propositions poursuivent ce travail lexical : « moderniser », « réformer », « création », « modernisation », etc… Il est intéressant de noter que ce vocabulaire côtoie, non sans paradoxe, un vocabulaire conservateur plus discret: « réhabiliter », « garantir », « valeur travail ». M. Sarkozy opère le même travail et multiplie les promesses de réformes, énoncées au futur le plus affirmatif : « Je supprimerai les droits de donation et de succession » (doc 2, l.31), « nous créerons la sécurité sociale professionnelle » (l.105)… Ses brochures sont elles aussi jalonnées de ces mots annonçant de profonds changements : « Dans un monde qui bouge à toute vitesse, notre pays doit changer » (doc 4, l.31), « les choix de l’avenir » (l.53), « démocratie renouvelée » (l.120), « vrais changements » (l.158), « révolution écologique » (doc 2, l.172). Notons que ce champ lexical est associé de près à celui de la croissance : récurrence de ce terme, saturation de certains passages par le mot « plus » : « plus de formation, plus de protection, plus de justice, plus d’égalité des chances » (doc 4, l.140), puis quelques lignes plus loin : « plus d’emploi, plus de pouvoir d’achat, plus de réussite scolaire, etc.. » et enfin le désormais fameux « travailler plus pour gagner plus » (l.57). Cette association est intéressante car elle élimine d’emblée, mais avec la discrétion qui sied à la propagande moderne, toute possibilité d’analyse des « crises » sous un autre jour. Les solutions aux « crises » sont nécessairement la croissance et le changement permanent, nous explique-t-on ici. Que la croissance et le changement permanent puissent être des symptômes, voire les causes, des « crises » du monde moderne n’est pas seulement envisagé. Le langage est ici à la fois révélateur de l’idéologie soutenant ces discours, et véhicule de ses idées, arme de propagande masquée par le ton objectif et protecteur adopté par nos candidats.
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MessagePosté le: Dim 6 Juil - 23:00 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Dim 6 Juil - 23:00 (2008)    Sujet du message: La propagande au quotidien Répondre en citant

(suite et fin)
-le ton protecteur

D’un coté comme de l’autre, l’ambiance se dégageant des textes est douce et protectrice. Les candidats semblent être des envoyés chargés de nous aider à surmonter « la (triple) crise », faisant don de leur personne pour cette noble cause. « Le travail qui est devant nous est important. Mais il est faisable. Nous le ferons ensemble, sereinement… » (doc 4, l.154). Cette phrase résume bien la mise en scène qui est opérée dans ces textes : le candidat se fait l’accompagnateur du peuple dans une sorte d’épreuve inévitable et délicate. L’énonciation travaille cet aspect, opérant de subtiles transitions entre le « je », le « vous » et le « nous ». Les candidats sont alternativement entité surplombante et omnisciente (« j’ai entendu vos inquiétudes et vos espoirs » (doc 4, l.11), formule copiée sur la première brochure de Mme Royal (doc 1, l.4)) et membre à part entière du peuple (« … nous resterons nous-mêmes, fidèles à nos valeurs qui ont fait notre force » (doc 4, l.41)). Il s’agit là encore de gommer ce qui pourrait évoquer tout conflit d’intérêt, toute barrière sociale, toute différence de classe. Il s’agit de ne désigner aucun responsable, de ne heurter la sensibilité d’aucun électeur. Les causes de « la crise » ne sont jamais exprimées, et les éventuels responsables n’apparaissent que sous la forme d’un « on » aussi flou que pratique. « Depuis vingt-cinq ans, on vous dit que contre le chômage, la crise du logement, l’exclusion, les délocalisation, on ne peut rien faire » (doc 4, l.2). Mais qui est ce «on », si ce n’est l’élite politique dont font partie les candidats ? Tout le travail sur l’énonciation consiste à masquer leur appartenance à une catégorie à part de la population, et à les faire se fondre dans le peuple tout en les habillant d’une aura messianique. Mme Royal peut ainsi prétendre en appeler à tous ceux qui ne veulent plus d’une France « dominée […] par la concentration des pouvoirs entre quelques mains, toujours les mêmes. » (doc 3, l.19), au prix d’une nouvelle hypocrisie la conduisant à reprendre à son compte un lieu commun visant initialement les personnes comme elle. L’étude de cet usage répété des lieux communs constituera notre dernière partie.

-quand lieux communs et slogans valent arguments.

S’adressant au plus grand nombre, il est probablement incontournable pour les candidats d’opérer une certaine vulgarisation de leurs idées dans ces brochures. Mais vulgariser ne signifie ni déformer, ni se montrer démagogue. Mme Royal et M. Sarkozy, loin de lutter contre idées reçues et lieux communs, n’ont de cesse de les reprendre à leur compte. On retrouve au fil des textes tout un ensemble de formules stéréotypées dont la véracité du sens est présentée comme indiscutable. Du coté de Mme Royal, nous trouvons (doc 1) « les petites et moyennes entreprises qui créent des emplois et innovent », le « patronat le plus rétrograde », le creusement de la dette publique, le système bureaucratique, etc… De son coté, M. Sarkozy fait siennes les discussions de bistrot en affirmant qu’ « avec l’euro qui fait augmenter les prix, les salaires qui sont trop bas, le logement qui est trop cher, les impôts qui sont trop élevés, le pouvoir d’achat baisse dans notre pays » (doc 4, l.83). Les textes sont de plus jalonnée de formules et de slogans à la profondeur douteuse : « Je sais que si nous voulons, nous pouvons » (doc 4, l.13), « ensemble, tout devient possible » (doc 4, slogan), « travailler plus pour gagner plus », puis chez Mme Royal, « compromis gagnant-gagnant », « règle du donnant-donnant » (doc 1, l.40 puis 45). Les textes de brochures sont conçus comme des discours, et obéissent donc à certaines règles rhétoriques. On pourrait donc ne pas s’inquiéter d’y trouver des topoï, des lieux communs facilitant la réception du message par les lecteurs. Mais là où cet aspect se révèle dangereux, c’est dans son absolu manque de sincérité et de profondeur. La simplification opérée dans le discours ne semble pas être pédagogique, mais semble au contraire avoir pour but de masquer les incohérences voire les mensonges que contiennent ces textes. Nous prendrons pour preuve ce double grand écart réalisé par M. Sarkozy dans deux brefs paragraphes : « notre pays peut changer […] tout en restant lui-même » (doc 4, l.20), puis « c’est en changeant que nous resterons nous-mêmes » (doc 2, l.39). Formules aussi incohérentes que péremptoires qui illustrent l’inconséquence d’une pensée qui s’abrite derrière d’élégants aphorismes pour ne pas avoir à (s’)avouer ses mensonges.

Conclusion :

Cette étude m’a semblé justifier la mise en exergue d’une phrase d’Arnaud Michniak, poète et chanteur qui a cherché, selon ses propres termes, à « percer le voile du réel » par ses textes, démarche qui l’a conduit à s’interroger sur les enjeux des usages de la langue. Ses conclusions ne sont pas optimistes : « des experts recousent les maux dans des débats […] et quand une parole juste y fait surface, ils ont toujours derrière de quoi dédramatiser ». C’est ce constat qui le conduit à douter de la force des mots et à ne plus voir en eux que des moyens de conciliation.
Moyen de conciliation, les mots le sont sans aucun doute puisqu’ils permettent à nos hommes politiques de masquer la réalité et de transformer une société tourmentée, éclatée et explosive en communauté soudée face à une « crise » présentée comme une mauvaise passe sans responsable. Mais c’est une conciliation bien superficielle qui s’opère et on peut aisément comprendre que les mots se transforment en armes au service de la propagande moderne quand le réel refait surface et risque de conduire à des prises de conscience. Nous avons ici parlé de la langue en politique, mais une étude sur d’autres textes, en particulier les publicités, aurait sans doute conduit à des conclusions proches. Juger de la bonne foi des candidats est impossible, mais on peut néanmoins les condamner sans appel pour l’usage mensonger et démagogue qu’ils font de la langue. Une telle propension à masquer leur pensée, à la dissimuler derrière des formules vides de sens et des expressions consensuelles, écrites dans une langue française à peine maîtrisée, semble n’indiquer de la part de ces personnes qu’une volonté de pouvoir vide de tout réel souci des valeurs dont ils se font pourtant les défenseurs. Volonté de pouvoir ou intérêts financiers, car de nombreuses personnes n’ont aucun intérêt à voir la propagande moderne prendre fin. Entre ce qui est dit et ce qui est vrai, il y a mille milliards de dollars. (Arnaud Michniak)

Note : les citations d’Arnaud Michniak sont extraites du morceau de son groupe Programme, morceau intitulé « La ville disparaît », conclusion de l’album « L’enfer tiède » édité en 2002 chez Lithium Records.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Mer 9 Juil - 15:35 (2008)    Sujet du message: La propagande au quotidien Répondre en citant

En ce qui concerne cette question de la propagande, il y a un ouvrage qui, bien qu'il soit en partie dépassé, donne tout de même des clefs importantes: Le Viol des foules par la propagande politique de Tchakhotine.
Un autre livre important est Le Montage de Vladimir Volkoff, dont il faut rappeler qu'il était l'ami d'Alexandre de Maranche, ancien chef des Services Secrets français. Vladimir Volkoff devait d'ailleurs confesser plus tard qu'Alexandre de Maranche et lui-même s'étaient trompés sur certains points, en attribuant certaines influences à l'Union Soviétique l'origine exclusive de certaines influences: ils devaient l'un et l'autre s'en rendre compte lorsqu'ils ont constaté que ces influences n'avaient pas cessé d'opérer, ni même perdu en puissance avec la chute de l'URSS.

Bien qu'il ait eu, sous beaucoup de rapports, un point de vue inversé, inhérent à sa perspective marxiste, on peut dire que Guy Debord a eu des intuitions très justes en distinguant les régimes politiques du XXème siècle en trois catégories: le spectaculaire diffus, représenté par le modèle américain, le spectaculaire concentré, pour les régimes staliniens ou fascistes, et le spectaculaire intégré pour le régime que nous connaissons en France notamment, et qui est une sorte de synthèse des deux.
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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Jeu 10 Juil - 10:26 (2008)    Sujet du message: La propagande au quotidien Répondre en citant

Le plus perturbant à l'heure actuelle, c'est la "foisonance". Je ne sais pas si on peut ranger ça dans la "propagande", mais il y a tellement de livres, de films, de débats, etc... où tout le monde peut raconter tout et n'importe quoi, sans qu'aucune voix ne puisse ordonner tout ça, que pour arriver à trouver quelque chose de juste là dedans, il faut y passer du temps.
 
Le pire est peut-être que la plupart de ceux qui dénoncent cette propagande font partie au fond de la même école. Le livre que je cite au dessus, celui d'Eric Hazan (LQR, la propagande au quotidien) en est un représentant typique: il critique assez justement l'euphémisation de la langue française mais il fait sans cesse le lien entre cette critique et son propre idéal d'extrème gauche et en profite pour casser du sucre sur le dos des "réac" et caricaturer leur pensée (ce qui n'est finalement qu'un autre type de propagande larvée). Il ne faut pas s'etonner que tant de personnes pensent que la seule opposition au libéralisme est la gauche.
 
Même chose pour le débat politique. Il y a tellement de candidats, de groupes et sous-groupes que les gens ont l'impression d'avoir tout ce qui existe sous le nez, alors qu'au fond, on peut réduire toutes les divisions officielles à un seul grand groupe, à quelques nuances près. Et c'est finalement assez amusant d'entendre que Le Pen ou Besancenot sont "opposants au système".
 
Il y a un phénomène assez intéressant, je ne sais pas si il a été étudié par quelqu'un. Appelons le "phénomène du juste milieu". Je le trouve assez flagrant dans les débats télévisés et dans l'écriture journalistique. En général, deux points de vue "antagonistes" (mais au fond identiques) sont présentés, on les opposent autant qu'on peut, et en guise de conclusion, on laisse planer l'idée que "la réponse est quelque part entre les deux". Comme moyen de propagande, c'est assez efficace, ça laisse l'illusion du choix tout en imposant l'idée...
 
Après, en parlant de "propagande" il faut faire attention, j'en suis conscient, parce que ça sous-entend qu'il y a des gens qui controllent tout ça. C'est vrai dans une certaine mesure, mais il y a aussi ce qu'on pourrait appeler une "auto-propagande" démocratique, la masse se maintenant elle même dans l'état d'esprit qui l'arrange. C'est d'ailleurs ce qui fait se casser la tête aux "anti-libéraux" de gauche. Comment concilier démocratisme et constat de la passivité de la masse face à son abrutissement et à son adhésion à ce(ux) qui la malmenne(nt) ? C'est là que l'illusion démocratique trouve ses limites...
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Jeu 10 Juil - 18:44 (2008)    Sujet du message: La propagande au quotidien Répondre en citant

A propos de ce que vous dites, cher Edgar, on peut rappeler que Guénon a écrit que le monde moderne se protège par sa propre dispersion. Sous ce raport, le problème dont vous parlez est donc vraiment un des principaux problèmes auxquels nous sommes tous confrontés.

Quant au fait que ceux qui expliquent les méthodes de la propagande fassent aussi de la propagande, dans un sens ou dans un autre, c'est malheureusement un fait, et le meilleur moyen de le contrecarrer, c'est bien de lire des gens issus de bords opposés, par exemple, des gens d'extrême-gauche comme des gens d'extrême-droite, etc.

Un des auteurs les plus importants dans ce domaine, Tchakhotine, est un stalinien. Volkoff, lui, est de droite. Et on peut signaler que si son livre sur la désinformation est d'un grand intérêt sur ces questions, il n'en fait pas moins lui aussi de la propagande, par exemple en ce qui concerne le conflit de l'ex-Yougoslavie, dans lequel Volkoff soutenait les Serbes.

Ce qu'il faut surtout comprendre, c'est la nature de ces méthodes, dont certaines relèvent de l'art de la guerre, et d'autres des techniques d'envoûtement. Ce fil pourrait être l'occasion de décrire certaines d'entre En réalité, la combinaison de cette connaissance, essentiellement synthétique, et du recoupement, qui, lui, relève de l'analyse, paraît être le moyen le plus sûr.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:13 (2017)    Sujet du message: La propagande au quotidien

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