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L'éducation aujourd'hui
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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Tradition et Modernité Index du Forum -> Forums -> Actualités et Problèmatiques Contemporaines
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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Jeu 17 Juil - 19:36 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

-Première remarque: le même enseignement pour tous, c'est déjà une négation de l'existence des particularités de chacun, ou pire, c'est récompenser consciemment un type de personne au détriment des autres. Il serait intéressant de déterminer qu'est ce que récompense vraiment l'enseignement et quelle catégorie d'individus en profite.

-Deuxième remarque: ce qui est enseigné est la plupart du temps aussitôt oublié, et pour cause... Des données éparses sans liens entre elles, assimilées de force le temps de réussir son contrôle, n'ont pas beaucoup de raisons de rester en tête longtemps.

-Sur le contenu des cours, il y aura beaucoup à dire. La façon dont est enseignée l'Histoire, notamment, n'a rien d'objective et n'est surement pas pour rien dans le triomphe actuel de la modernité.

-On peut bien entendu parler du personnel enseignant, majoritairement à gauche, majoritairement hostile à la religion, souvent à l'avant-garde de la modernité... On pourra aussi parler de Finkielkraut, dont le "combat" à ce sujet mérite commentaire...

Alors, l'école de la République, chance pour tous, ou "camp d'extermination mental ?"
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MessagePosté le: Jeu 17 Juil - 19:36 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Dim 20 Juil - 13:50 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

René Guénon, dans Orient et Occident (chapitre 2, La superstition de la science, pp. 59-60):


Citation:
Nous avons prononcé tout à l'heure le mot de "vulgarisation"; c'est là encore une chose tout à fait particulière à la civilisation moderne, et l'on peut y voir un des principaux facteurs de cet état d'esprit que nous essayons présentement de décrire. C'est une des formes que revet cet étrange besoin de propagande dont est animé l'esprit occidental, et qui ne peut s'expliquer que par l'influence prépondérante des éléments sentimentaux; nulle considération intellectuelle ne justifie le prosélytisme, dans lequel les Orientaux ne voient qu'une preuve d'ignorance et d'incompréhension; ce sont deux choses entièrement différentes que d'exposer simplement la vérité telle qu'on l'a comprise, en n'y apportant que l'unique préoccupation de ne pas la dénaturer, et de vouloir à toute force faire partager par d'autres sa propre conviction. La propagande et la vulgarisation ne sont même possibles qu'au détriment de la vérité: prétendre mettre celle-ci "à la portée de tout le monde", la rendre accessible à tous indistinctement, c'est nécessairement l'amoindrir et la déformer, car il est impossible d'admettre que tous les hommes soient également capables de comprendre n'importe quoi; ce n'est pas une question d'instruction plus ou moins étendue, c'est une question "d'horizon intellectuel", et c'est là quelque chose qui ne peut se modifier, qui est inhérent à la nature même de chaque individu humain. Le préjugé chimérique de l'"égalité" va à l'encontre des faits les mieux établis, dans l'ordre intellectuel aussi bien que dans l'ordre physique; c'est la négation de toute hiérarchie naturelle, et c'est l'abaissement de toute connaissance au niveau de l'entendement borné du vulgaire. On ne veut plus admettre rien qui dépasse la compréhension commune, et, effectivement, les conceptions scientifiques et philosophiques de notre époque, quelles que soient leurs prétentions, sont au fond de la plus lamentable médiocrité; on n'a que trop bien réussi à éliminer tout ce qui aurait pu être incompatible avec le souci de la vulgarisation. Quoi que certains puissent en dire, la constitution d'une élite quelconque est inconciliable avec l'idéal démocratique; ce qu'exige celui-ci, c'est la distibution d'un enseignement rigoureusement identique aux individus les plus inégalement doués, les plus différents d'aptitude et de tempérament; malgré tout, on ne peut empécher cet enseignement de produire des résultats très variables encore, mais cela est contraire aux intentions de ceux qui l'ont institué. En tout cas, un tel système d'instruction est assurément le plus imparfait de tous, et la diffusion inconsidérée de connaissances quelconques est toujours plus nuisible qu'utile, car elle ne peut amener, d'une manière générale, qu'un état de désordre et d'anarchie. C'est à une telle diffusion que s'opposent les méthodes de l'enseignement traditionnel, tel qu'il existe partout en Orient, où l'on sera toujours beaucoup plus persuadé des inconvénients très réel de l'"instruction obligatoire" que de ses bienfaits supposés. Les connaissances que le public occidental peut avoir à sa disposition ont beau n'avoir rien de transcendant, elles sont encore amoindries dans les ouvrages de vulgarisation, qui n'en exposent que les aspects les plus inférieurs, et en les faussant encore pour les simplifier; et ces ouvrages insistent complaisament sur les hypothèses les plus fantaisistes, les donnant audacieusement pour des vérités démontrées, et les accompagnant des plus ineptes déclamations qui plaisent tant à la foule. Une demi-science acquise par de telles lectures, ou par un enseignement dont tous les éléments sont puisés dans des manuels de même valeur, est autrement néfaste que l'ignorance pure et simple; mieux vaut ne rien connaître du tout que d'avoir l'esprit encombré d'idées fausses, souvent indéracinables, surtout lorsqu'elles ont été inculquées dès le plus jeune âge. L'ignorant garde du moins la possibilité d'apprendre s'il en trouve l'occasion; il peut posséder un certain "bon sens" naturel, qui, joint à la conscience qu'il a ordinairement de son incompétence, suffit à lui éviter bien des sottises. L'homme qui a reçu une demi-instruction, au contraire, a presque toujours une mentalité déformée, et ce qu'il croit savoir lui donne une telle suffisance qu'il s'imagine pouvoir parler de tout indistinctement; il le fait à tort et à travers, mais d'autant plus facilement qu'il est plus incompétent: toutes choses paraissent si simples à celui qui ne connaît rien !


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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Ven 1 Aoû - 13:17 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

C'est un des passages importants de Guénon sur l'éducation scolaire et universitaire moderne, mais Guénon est revenu plusieurs fois sur cette question, au point que l'on pourrait peut-être en tirer un véritable livre sur l'éducation moderne, en réunissant différents extraits, pris dans l'ensemble de son oeuvre. Quant on voit ce que Guénon écrit dans La Crise du monde moderne, mais aussi dans ses articles sur l'Initiation, on se rend compte que c'est une question très grave.

Je pense que l'expression de Donothérase, à propos de nos collèges, "camps d'extermination mentaux", prend tout son sens à la lecture de Guénon, car c'est bien de cela qu'il s'agit.

J'avais ouvert un fil sur le sujet, et je l'avais intitulé Vol au dessus d'un nid de coucou, et je pense effectivement que ce film donne une image assez juste de la société actuelle, et on peut y voir, sous certains rapports, une image de la crise du monde moderne. On peut d'ailleurs remarquer que dans le film, il y a deux personnes qui s'opposent au système: le premier est le personnage joué par Jack Nicholson, et le second est l'Indien, qui, pendant toute la première partie du film, n'oppose qu'une résistance passive. Cette résistance passive de la part des représentants de peuples traditionnels est une question assez importante et j'éspère pouvoir y revenir. En revanche, c'est un Occidental, Jack Nicholson, qui ose une résistance active. Finalement, cette "révolte contre le monde moderne" aboutit, pour l'Occidental, à la mort, mais l'Indien parvient à retrouver la liberté en s'inspirant de ce que l'exemple de l'Occidental pouvait avoir de juste. Sous ce rapport, ce film illustre deux résistances possibles au monde moderne: une résistance instinctive, et une résistance qui a ses racines dans la Sagesse.

J'essaierai de retrouver d'autres passages de Guénon sur cette question de l'éducation scolaire et universitaire, mais il peut être intéressant aussi de faire part de certaines expériences, et de donner des témoignages concrets sur ce que nous avons vécu, et ce dont nous avons été les témoins.
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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Ven 1 Aoû - 19:44 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Un constat qu'on entend assez fréquemment, mais sans que les conclusions en soient pleinement tirées, c'est que l'enseignement français actuel transforme en "échec" une orientation vers des métiers manuels. Le "principe" est simple: les personnes qui ont de mauvaises notes au collège sont "orientées" vers les BEP et CAP, ce qui signifie bien souvent pour les parents comme pour l'enfant que celui ci est "nul" et qu'il fera la seule chose dont il est capable: les "basses oeuvres" manuelles. On voit clairement comment l'école universaliste républicaine parvient à transformer des qualifications et des absences de qualifications inées des individus en réussite et en échec.

Ce qui serait intéressant d'évaluer, c'est la catégorie d'individus qui est favorisée par ce fonctionnement et ses critères. L'école fait appel majoritairement à deux qualités: la capacité de mémorisation, et la capacité d'analyse. L'exemple le plus éloquent est l'exercice de la dissertation, où il s'agit en réalité de confronter des idées opposées pour appuyer une "thése" quelconque. Concernant l'expérience personnelle, Lutfi, je me suis vu en fac d'Histoire prodigué ce "conseil" qui disait en substance: peu importe ce qui est défendu, du moment que c'est bien défendu. On considère en somme qu'il n'y a pas de vérité, qu'il n'y a que des points de vue particulier qu'on choisit ou non de défendre.
On retrouve aussi très souvent cette idée déjà évoquée dans un autre fil que si l'on est en présence de deux points de vue opposés, la "vérité" est quelque part entre les deux, ce qui est passablement absurde.

Il faut garder en tête que l'école obligatoire a été créée dans un but bien précis en son temps: il s'agissait de "formater" les enfants pour les transformer en citoyens de la république, et non pas de les amener à la connaissance. On pourrait à ce sujet rappeler que l'école a dû constituer pour beaucoup une rupture avec le passé, notamment par l'abandon forcé de la langue régionale. Je reviendrai sur ce sujet si j'en ai le temps, parce qu'il montre bien ce qui se cache derrière le nationalisme.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Sam 2 Aoû - 13:35 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Un des premiers constats que j'ai fait à l'école, et dès le primaire, mais qui s'est vérifié aussi dans le secondaire et à l'université, c'est le caractère de propagande idéologique de bien des cours. Et il importe peu que cette propagande aille dans tel ou tel sens, car il y a des profs ou des instituteurs de gauche, et de droite, des chrétiens, des gens adhérent à bien des doctrines, donc il peut y avoir bien des propagandes. Mais une grande partie de ce qui est "enseigné" peut largement être remise en cause.

Ceci dit, même ce dernier point ne suffit pas à rendre compte de l'ampleur de la falsification de cet enseignement dont on peut se demander si il n'est pas fait pour détruire toute possibilité d'intuition intellectuelle.
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Corto



Inscrit le: 28 Juin 2008
Messages: 36
Localisation: pas sur la route de Madison
Féminin

MessagePosté le: Sam 30 Aoû - 01:05 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Bonsoir,

je ne sais pas si ce sujet peut intéresser les participants de ce forum. J'ai pensé toutefois qu'il pouvait s'inscrire dans une réflexion sur la tradition et la modernité.

Il s'agit de notre rapport à nos enfants, aux enfants et à l'éducation que nous leur donnons selon un modèle qui reflète une vision de l'homme.
Mère de deux enfants, je vois constamment les avancées de la modernité (ou plutôt du "spontanéisme") dans la façon dont nos sociétés voient l'enfant. Je dois dire que j'ai su d'emblée que mes convictions m'empêcheraient de suivre aveuglément ce mouvement et que j'en serais inquiétée de mille manières.
Un changement majeur dans notre vision de l'enfant a eu lieu au moment où la contraception et l'IVG ont permis de ne plus "accueillir" passivement les enfants que nous donnait la nature (ou Dieu), enfants auxquels un père était dû : un nom, une instance séparatrice, une fonction qui les introduit à la Loi (qui nomme donc les interdits), au langage, à la vie sociale.
Depuis ce changement, les couples ( pour ne pas dire : les femmes, elles peuvent avorter sans consulter le mari) font les enfants qu'ils désirent. Leur relation à l'enfant ne passe plus par l'acceptation du "désir" de la nature (ou de la volonté de Dieu) auquel ils avaient autrefois à se plier. Désormais, c'est leur désir à eux (souvent son désir à elle, à la mère) qui décide.

Cela signifie que les enfants n'existent que grâce à ce désir de la mère et non plus parce que cette dernière "tombe " enceinte comme c'était le cas jadis avec les imprévus que cela pouvait comporter : on ne "choisissait" pas son enfant, on le prenait comme il venait.

On a cru à tort que ce serait préférable pour l'enfant et son "bonheur". Ce que l'on peut constater de l'évolution de l'éducation et de notre rapport à l'enfant depuis 40 ans laissse cependant planer un doute à ce sujet.
La tendance dominant actuellement est que les enfants restent captifs de ce désir de la mère, qu'ils ne parviennent plus à s'en détacher, faute d'une fonction paternelle suffisamment forte et surtout parce qu'ils doivent la vie au seul désir de la mère : dans les sociétés modernes, nous n'existons pas parce que Dieu ( ou la nature ) l'a voulu mais parce que nous avons été "désirés".
C'est donc notre capacité à captiver le désir de l'autre (et de moins en moins un cadre institutionnel ou une transcendance) qui va garantir notre existence professionnelle, sociale et conjugale.

Au jour le jour nous observons que le rapport à l'enfant est organisé comme autour d'un "fétiche", l'enfant : celui-ci a de plus en plus de mal à encaisser les inévitables frustrations de l'existence parce qu'au fond, il a été voulu et le sait.
Tout l'entourage social est là pour lui rappeler qu'il a des droits, notamment le droit à des parents en parfaite concordance aux normes néolibérales et donc en mesure de lui offrir "l'euphorie perpétuelle", pour reprendre le titre d'un essai de Pascal Bruckner.

On assiste à un renversement : ce n'est plus au petit à être institué, à devenir adulte, à apprendre à "prendre sur soi",ce sont les adultes qui se voient appelés à rester des gamins. Tout parent un peu ferme face au caprice d'un gosse se voit "corrigé" de façon soft ( rappelé aux normes de la symbolique maternelle) par le sourire des passants (je devrais écrire "passantes") qui se veut indulgent pour l'enfant mais qui signifie en gros : la fermeté n'a pas sa place, soyez coulants.

Tout est organisé pour le bien-être de l'enfant et de façon à lui épargner tout manque, toute frustration. Les parents et surtout les mères jouent entre elles à ce sujet d'une concurence impitoyable qui reproduit exactement la concurrence économique dans le monde du travail où chacun essaie de donner le plus de satisfaction possible au client.
Les parents qui ne suivent pas ce délire sécuritaire et consumériste sont suspectés et souvent mis à l'écart. On croit à tort qu'ils sont sans "amour". Les nombreuses publications à ce sujet font voir chaque parent comme un maltraiteur potentiel et s'il n'y a pas de maltraitance physique, ce sont les dangers psychiques que l'on va éventuellement suspecter, infantilisant par-là les parents et jetant le discrédit sur la fonction parentale dans son ensemble.

Cette frénésie du bien-être est en parfaite adéquation à la logique marchande puisqu'elle permet de faire croire aux enfants que tous leurs désirs peuvent et doivent être comblés, que le moindre de leur malaise est imputable à une défaillance parentale et que la perfection est non seulement possible mais qu'elle est souhaitable : en bref que la négativité est intolérable_ et de faire croire aux parents que leur responsabilité éducative tiendrait dans la capacité à éviter à tous prix cette négativité à l'enfant alors que l'éducation au sens traditionnel lui enseignait au contraire le moyen de l'accepter, d'accepter qu'il y ait aussi des devoirs, d'autres que soi, etc. Ce sont les enfants qui donnent le ton.

Lorsque l'on parle d'éducation au sens classique, de nombreuses personnes (les psys se font souvent l'écho de ces tendances) croient que cela rendrait les enfants malheureux, les couperait des autres qui, eux, possèdent "tout". Le psy tendance "Servan-Schreiber", le marchand, le personnel ( exclusivement féminin) de la petite-enfance se font les relais de ce culte de l'enfant.
L'enfant constitue un marché mais pis encore, il doit être non pas éduqué mais formaté à devenir un parfait consommateur, donc : à ne pas apprendre à supporter les limites, à maitriser ses pulsions. En le plaçant comme référence, comme modèle, on le charge d'une responsabilité qui n'est pas de son âge. Je vois les mères par exemple "négocier" avec leurs bambins comme s'il s'agissait d'une relation égalitaire !

Cette évolution s'inscrit dans une évolution plus générale de nos sociétés de l'homme institué (via l'autorité) à l'homme autofondé.
-------------------
"L'idée que les croyances de l'humanité entière ne sont qu'une vaste mystification à laquelle nous sommes à peu près les seuls à échapper est pour le moins prématurée."
René Girard.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Mer 3 Sep - 23:42 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Bonsoir Corto,

oui, c'est une question importante, et vos remarques sont très justes.
Une chose qui peut paraître évidente, c'est que toutes les traditions spirituelles, et sans en excepter aucune, enseignent à l'homme à réfréner ses désirs, à les limiter, à les contrôler. La seule civilisation qui prétendent se fonder sur l'intention de "jouir sans entrave", c'est la civilisation libérale. C'est un cas unique dans l'histoire de l'humanité.

Mais il y a d'autres types de sociétés, différentes des sociétés traditionnelles, et qui ne sont pas libérales: on pense par exemple au communisme et au nazisme. Et l'on sait quel intérêt capital les régimes communistes ou nazi ont eu à enrôler les enfants, à contrôler l'enfance.
Je parle d'un intérêt capital, mais on peut même dire essentiel, car on oublie trop souvent que le point commun de ces régimes était le messianisme: chacun de ces régimes ne fut créé qu'en vue de la création d'une humanité nouvelle, d'un homme nouveau, et le petit pionnier ou le Hitlerjugend annonçait cette humanité nouvelle.

Dans le régime actuel, il pourrait sembler qu'il en va autrement: la société actuelle ne paraît pas croire en un avenir au delà d'elle-même, et l'on voit seulement que le pouvoir capitaliste a un intérêt évident à formater de petits consommateurs. Seulement il n'est pas sûr que ce soit tout, et on peut se demander si il n'y a pas toujours, au sein de nos sociétés, des groupes divers qui ont tout intérêt à favoriser le libéralisme dans un tout autre but, et si ce ne sont pas ces "groupes" qu'il conviendrait peut-être de définir, qui ont en réalité le rôle actif, tandis que le système libéral ne serait que leur instrument.

Marx a bien analysé le caractère dissolvant du capitalisme, mais on oublie aujourd'hui que c'est pour cela précisément que Marx admirait le capitalisme, qui dissout tous les liens traditionnels, et jusqu'à la famille.

La plongée dans les désirs sans freins, la plongée dans l'abîme du subconscient, au niveau individuel, évoquent assez nettement une chute sans fin, mais elles pourraient n'évoquer que la chute du libertin ou du débauché. Seulement il y a des théories selon lesquelles c'est grâce à cette plongée que peut être accompli le rêve messianique de l'humanité. On peut citer ici le faux Messie Jacob Frank (1726-1791), successeur de Sabbataï Zevi:

Je vous le déclare: tous ceux qui voudront s'engager dans le combat devront être sans religion aucune et pour cela ils devront se libérer d'eux-mêmes et tenir ferme à l'Arbre de Vie.

Scholem commente: "Aucune zone de l'âme ne doit rester en dehors de ce combat. Pour monter, il faut d'abord descendre."

Et Frank dit aussi:
Je ne suis pas venu dans ce monde pour votre élévation, mais pour vous précipiter au fond de l'abîme. On ne saurait descendre plus bas.

Et Scholem commente encore: "La descente dans l'abîme ne demande pas seulement le rejet de toutes les religions et de toutes les conventions. Elle recquiertencore l'accomplissement d'"actes étranges."

Il est difficile de ne pas voir ici la préfiguration de la plupart des tendances qui vont s'extérioriser dans la suite des temps modernes, pour culminer, à ce jour, dans l'idéal de Mai 68, dont le slogan célèbre, "il est interdit d'interdire" est extrêmement évocateur pour ceux qui connaissent certaines théories messianiques.

Ce ne sont que quelques remarques, mais j'espère que nous pourrons poursuivre cette réflexion, car elle touche de très prêt au coeur même de l'énigme du monde moderne.
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ALM
Administrateur


Inscrit le: 21 Juin 2008
Messages: 159

MessagePosté le: Jeu 4 Sep - 17:18 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Votre synthèse est remarquable à bien des égards chère Corto, et c'est tout naturellement qu'elle trouve sa place dans le forum. A côté de ce qu'a écrit Lutfi, quelques observations :

Tel que je l'ai compris, l'essentiel de votre propos vise à démonter le dogme moderne de l'"enfant roi". En amont, le contrôle des naissances. Pour Emmanuel Todd par exemple, la modernité d'une société s'évalue notamment par son taux de natalité : plus on est moderne, moins on a d'enfant. On parle ici de transition démographique (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_démographique). A côté des progrès matériels, Todd souligne l'importance de l'alphabétisation et de l'occidentalisation des moeurs (dont le rapport de cause à effet a été magistralement démontré par Coomaraswamy dans l'article "L'illusion de l'instruction"(1)) comme facteurs de cette transition. Quand Corto écrit que de nos jours, le désir seul préside à l'enfantement, elle pointe une réalité dont les tenants et les aboutissants sont fort nombreux. Le consumérisme en la matière est déjà chose blâmable en soi ; si certaines formes d'avortement ou de contraception ont partout existé, mais toujours de manière incidente, leur massification relève de l'anomalie : "Celui qui est présent dans la semence, mais que la semence ne connaît pas, et dont la semence est le véhicule, Celui-là est l'Immortel", le "Soi prescient qui saisit et dresse la chair" (Upanishad) "La puissance de l'âme, qui est dans la semence par l'Esprit inclus en elle, façonne le corps" (St Thomas d'Aquin)... Si enfanter c'est adorer Dieu, si c'est Le servir pour en supporter l'Oeuvre, il est aisé de voir en quoi s'en retrancher délibérément conduit a se retrancher de Dieu Lui-même. D'ailleurs, les conséquences visibles d'une telle posture sont tout à fait parlantes : à trop vouloir "planifier" les naissances, les occidentaux ont programmé leur propre fin. Ceci expliquant cela.

Libéralisme en amont, libéralisme en aval. Comme le rappelle Corto, le spontanéisme est la marque de l'éducation contemporaine. Clamer "accompagner l'enfant", ou "le laisser s'exprimer", c'est avouer l'orienter le moins possible. Nous remarquerons ensemble que cette attitude est la conséquence logique du relativisme moderne. Par les temps, humanistes, qui courent, il ne fait pas bon revendiquer la primauté d'un concept sur un autre ; ainsi faisant, et pour peu que la cohérence externe de l'idéologie n'en souffre pas, chacun est libre de voir midi à sa porte. Le type d'éducation dont nous parlons résulte donc d'un obscurcissement de l'horizon intellectuel, où vrai et faux sont sur un pied d'égalité. L'enfance, qui par définition est pure réactivité, est ainsi amenée à jouer un rôle au-dessus de ses forces : discriminer. Là où l'on devrait naturellement inculquer à l'enfant les bases nécessaires à son élévation, où l'on devrait imprimer chez lui l'exigence de la vérité, on lui confère plutôt le droit de s'auto-determiner, et cela avec les conséquences fâcheuses que l'on connait. Malgré tout, il faut avouer qu'il y a là quelque chose d'encourageant ; si le culte de la liberté a bien pour contre-coup d'occasioner "le retour du naturel au galop", celui du laisser faire éducatif doit paradoxalement pouvoir permettre à une minorité d'enfants, les enfants d'une génération perdue, de retrouver le chemin de la rectitude...


(1) : "L'illusion de l'instruction", Suis-je le gardien de mon frère. Ce recueil d'articles fera sûrement l'objet d'un compte-rendu détaillé dans les temps à venir. En attendant, l'extrait suivant nous donnera une idée assez précise du contenu :

"L'éducation moderne imposée aux cultures traditionnelles (par exemple, à la culture gaélique, indienne, polynésienne, amérindienne) est seulement moins délibérement, mais non moins réellement, délétère que la destruction par les nazis des bibliothèques en Pologne, destinée à effacer la mémoire raciale du peuple polonais ; les Allemands ont agi consciemment, mais nous, qui anglicisons, américanisons ou francisons, nous sommes poussés par un ressentiment que nous n'avons le courage ni de reconnaître ni de confesser."
-------------------
"Prosterne toi et approche toi" Coran
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ALM
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Inscrit le: 21 Juin 2008
Messages: 159

MessagePosté le: Lun 8 Sep - 00:24 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Je voudrais, en complément, reproduire ici un extrait du livre de Coomaraswamy déjà évoqué (Suis-je le gardien de mon frère, p. 140-141) :

" "Le père renaît dans son fils." Pour Platon et la philosophie scolastique, tout comme pour le Vedânta, duo sunt in homine, et de ces deux, l'un est l'individualité mortelle, l'autre la source immortelle et personne véritable de l'homme lui-même (1)."Mon" individualité ou constitution psycho-physique n'est pas une fin en elle-même pour moi ou pour les autres, mais toujours un moyen, vêtement, véhicule ou instrument destiné à un usage qui la dépasse aussi longtemps qu'elle sera "mienne". Ce n'est pas une valeur absolue, mais seulement relative ; personnelle, dans la mesure où elle peut-être utilisée comme moyen pour réaliser cette fin dernière de l'homme qu'est la délivrance (2), et sociale dans son adaptation à l'accomplissement de telle ou telle fonction spécialisée. C'est l'individualité, non la personne véritable, que le père lègue à son fils, en partie par l'hérédité, en partie par l'exemple et en partie par des rite formels de transmission : quand le père devient emeritus,  ou à sa mort, le fils hérite de sa position et, au sens le plus large du terme, de ses dettes, c'est à dire ses responsabilités sociales. Cette acceptation de l'héritage paternel libère le père du fardeau de la responsabilité sociale qui le contraignait en tant qu'individu ; "ayant fait ce qu'il avait à faire", l'homme parfait s'en va en paix ; ce n'est pas pour notre seul plaisir ou orgueil que les enfants doivent être engendrés ; en vérité, ce ne seraient pas nos "enfants" s'ils n'assumaient point à leur tour le fardeau de nos responsabilités - "les enfants sont engendrés afin de former une succession d'officiants sacrificateurs (ndr : le sacrifice, ou faire sacré, est le rite par excellence) - "pour la perpétuation des mondes" (3), et il en est de même pour Platon qui dit : "Au sujet des mariages, il est arrêté que nous devons nous attacher à ce qui est l'éternel renouvellement de la nature en laissant après nous des enfants de nos enfants, afin de toujours donner à la Divinité des serviteurs qui nous remplacent." (4)

(1) : C'est là une discrimination qui est peut-être plus familière au lecteur dans les termes chrétiens de la distinction de notre forme extérieure et de notre homme intérieure, ou de "la séparation de l'âme et de l'esprit"."
(2) : Bhagavad Gîtâ, V, 11)
(3) : Satapatha Brâhmana, I, 8, 1, 31 et Aitareya Upanishad, IV, 4
(4) : Lois, 774 a

Fin de citations.

On voit bien par ces lignes combien le "rapport à l'enfant dans la société moderne" est vidé de toute sa substance et de toute sa signification métaphysique.
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"Prosterne toi et approche toi" Coran
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Lun 8 Sep - 03:50 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Je voudrais tout de même apporter une précision sur l'enfant.
Nous savons que l'être qui nait dans ce monde peut être bien plus avancé que les autres, et, dans une tradition comme la tradition thibétaine, par exemple, les vieillards s'inclinent devant un tulkou de 5 ans. Il est donc difficile d'établir une règle générale (on peut se rappeler que le père d'Abraham n'était pas guidé).
Et, dans une société où les gens ont des idées tordues, il est difficile et même impossible de vouloir restaurer l'autorité des parents comme autrefois, car dans bien des cas, cela reviendrait à donner l'autorité à des gens dont la mentalité est clairement anti-traditionnelle. Dans bien des cas, il faudrait que les parents se restaurent eux-mêmes, reviennent à une vision à peu près juste avant de pouvoir prétendre à une autorité sur qui que ce soit.

Un autre point dont on doit tenir compte, c'est le fait que le monde change à une telle vitesse que maintenant les enfants naissent dans un monde que leurs parents n'ont pas connu: ainsi, leurs parents ne peuvent parfois pas les guider dans des choses simples, comme cela se faisait autrefois.

Evidemment, ce n'est pas une raison pour renoncer soi même à sa propre autorité, ce qui reviendrait à échapper à ses responsabilités. Mais je crois qu'ici plus que partout ailleurs il faut tenir compte de ce que la situation de l'humanité a de sans précédent pour notre cycle.

Ici, je voudrais conseiller un livre qui surprendra: Psychanalyse des contes de fée de Bettelheim.
Il va de soi qu'il ne s'agit à aucun degré de justifier la psychanalyse, mais ce qui fait l'intérêt profond de ce livre est d'un autre ordre. Bruno Bettelheim s'est occupé d'enfants traumatisés, et il a constaté une véritable vertu thérapeutique des contes de fée traditionnels. Dans ce livre, il montre en quoi ces contes de fée peuvent aider un enfant, et pourquoi les pseudo-contes de fée modernes ne sont d'aucune utilité. Pour résumer, on pourrait dire que Bettelheim est un thérapeute moderne extrêmement sensible qui a simplement constaté le caractère bénéfique d'un véritable enseignement traditionnel (car les contes de fée ne sont pas autre chose), et qui conseille à tous de s'en remettre à cette autorité traditionnelle. Il ne conseille donc pas de faire psychanalyser les enfants, mais de leur lire des contes. Ses interprétations propres sont souvent intéressantes, et, à part un ou deux points, l'essentiel, c'est qu'il montre pourquoi ces contes peuvent aider des enfants. C'est un livre passionnant. Au point de vue traditionnel, on pourrait surtout dire que son point de vue moderne a empêché de saisir les vraies conséquences initiatiques de ses découvertes, mais, étant donné l'objectif du livre, cela n'a pas une très grande importance.

Après tout, on pourrait dire que Bettelheim se contente de remettre les enfants sous la protection d'un enseignement traditionnel que les parents d'aujourd'hui seraient bien incapables de transmettre, et je ne vois pas ce que l'on pouvait demander de plus à un livre destiné à aider ceux qui veulent aider des enfants.

Je crois que c'est un point important, et même peut-être le point essentiel: pour que les parents transmettent un enseignement bénéfique à leurs enfants, il faut qu'ils transmettent des connaissances qu'aujourd'hui ils n'ont plus. Les contes de fée permettent une transmission traditionnelle qui, dans bien des foyers, est la dernière qui peut subsister. La méthode de Bettelheim peut être appliquée aussi bien par des parents qui auraient encore un sens de la tradition que par des parents modernes. Ceux qui ont un sens de la tradition comprendront facilement l'importance d'un tel enseignement que l'on peut donner aux enfants même en bas âge. Et, après tout, l'intérêt du titre et du nom célèbre de l'auteur, c'est que cela peut amener même des modernes à réfléchir.
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Corto



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MessagePosté le: Lun 8 Sep - 11:08 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Bonjour,

les remarques de Lufti sont fort justes. Nous avons été "abimés" à notre insu par la modernité et nous avons perdu toute sortes d'enseignements traditionnels, un héritage culturel, religieux, humain, littéraire, que nous sommes obligés de nous réapproprier pour le transmettre.
Il ne s'agit pas seulement de culture mais aussi d'une attitude face à l'existence: pourquoi élève-t-on des enfants, pour en faire des personnes responsables, capables de transmettre à leur tour, ou pour en faire des consommateurs exigeants ? C'est la question à laquelle nous confrontent tous les détails du quotidien.
Mon mari et moi-même avons par conséquent une réflexion critique sur la dissolution de la famille et sur les formes modernes de relations basées avant tout sur l'"épanouissement " des individus et sur leur concurrence entre eux.
Ce que nous transmettons probablement à nos enfants est sans doute notre critique de la modernité et du culte de l'enfant-roi mais aussi nos doutes, nos déchirements et le prix que nous font payer certains autres parents...

La fonction parentale, observe le psychiatre Jean-Pierre Lebrun, n'est plus relayée par le contexte environnemental. Elle est au contraire discréditée par le seul fait que, au nom d'un idéal de bien-être et d'épanouissement maximum, on suspecte a priori chaque parent d'être un maltraiteur. Les parents sont plongés dans une perpétuelles concurrence où toutes les opinions se valent, où chacun veut être "le meilleur parent" et éliminer les autres en les critiquant, en faisant étalage de tout ce qu'ils font et achètent pour leurs bambins. On a du reste les enfants que l'on veut : les enfants modernes servent le narcissisme des parents et en particulier de la mère devenue cheffe de la famille et décideuse des grossesses.

On assiste aussi dans les milieux aisés au phénomène de l'argent décomplexé. Alors qu'il était de bon ton de cacher son argent et de n'en pas parler naguère, même dans les familles les plus favorisées, l'idée néolibérale selon laquelle l'argent est le signe de la compétence et que la pauvreté est "méritée" s'est infiltrée parmi les parents. Les petits voient à l'école ce que les autres ont et le contexte finalement leur délivre ce message : ta mère n'est pas assez bien, elle ne fait pas assez pour toi, ton père ne gagne pas assez. Une entreprise connue avait même imaginé cette façon de motiver ses salariés : seuls les enfants dont les parents avaient eu de "bonnes "évaluations recevaient un cadeau à l'arbre de Noel ( devant tout le monde). L'enfant est pris en otage par l'économie néolibérale qui prétend vouloir "son bien".
Comme nous transmettons des valeurs qui peuvent paraitre "dépassées" voire "naives", nous nous faisons mettre à l'écart par les personnes qui, elles, mettent "toute leur âme" à remplir les critères modernes et néolibéraux et qui ne se privent pas, parfois, de nous montrer leur condescendance et leur ironie. Pas tout le monde, heureusement !

En ce qui concerne les contes de fées, j'ai participé à un séminaire universitaire sur Bettelheim et son analyse de la sagesse transmise par les contes populaires (la psychanalyse n'a fait que redécouvrir les invariants de la psyché humaine).
Les contes ne font pas d'euphémisme avec la cruauté humaine et ne l'attribuent pas aux seules "croyances" des personnes qui en souffrent comme le fait le développement personnel. Il y a effectivement des belles-mères perfides et des soeurs sans amour !
Le conte métaphorise aussi les valeurs éternelles grâce auxquelles on reste debout et qui sont les qualités humaines classiques comme la probité, l'honnêteté.
Nous avons fait le choix de nous passer de télé et de portables et passons beaucoup de temps à lire à nos enfant les contes de Grimm, de Perrault, ainsi que des fables de la Fontaine, des contes d'autres pays, des textes religieux dans les versions adaptées aux petits
A la maisons les enfants baignent dans un climat culturel mais à l'extérieur ceci est constamment menacé, soupçonné (mères qui nous calomnient, pédiatre qui nous conseille d'avoir la télé, etc.)

Malheureusement ce que nous transmettons ne va pas aider nos enfants à "s'adapter" au monde moderne et de surcroit, ils manierons mieux que nous certaines techniques qu'ils auront apprises tous petits, ce qui va dans le sens de l'inversion des rôles, de la confusion des générations.
Nous observons toutefois que nous sommes loin d'être des cas isolés et que notre critique est partagée par d'autres parents.
Mon expérience de vie m'a montré aussi combien cet héritage culturel ( et religieux) permet de tenir lorsque l'on est coulé par le monde impitoyable dans lequel nous vivons.
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"L'idée que les croyances de l'humanité entière ne sont qu'une vaste mystification à laquelle nous sommes à peu près les seuls à échapper est pour le moins prématurée."
René Girard.
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Lutfi
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MessagePosté le: Mar 9 Sep - 00:49 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Bonjour Corto,

Tout à fait d'accord avec vous. Tristement d'accord. Enfin j'avoue que de mon temps (qui, selon Nicolas Sarkozy, remonte à Mathusalem), le culte du bling bling et de la rolex n'était pas encore généralisé.
Mais le travail de sape systématique de l'autorité parentale par les enseignants gauchistes et par la télévision avait bien commencé.
C'était déjà grave, mais le but, au moins n'était pas si vulgaire: il y avait la vague idée d'un monde plus juste, d'une utopie. D'accord, c'était du délire, c'était dangereux, etc. Mais on pouvait au moins se dire que l'intention était bonne (on sait quel est le lieu qui est pavé de bonnes intentions), alors que ce que vous décrivez est déjà, même au point de vue de l'intention, d'une vulgarité effroyable. Remarquez j'étais dans une école catholique, cela préserve tout de même un petit quelque chose.

Sur l'absence de télévision, je ne sais que dire. Il y a de telles monstruosités à la télévision, maintenant... En même temps, je crois qu'il peut être important que l'enfant ne se sente pas privé de ce que tous les autres possèdent. Je n'ai pas (encore?) d'enfants, mais je crois que si j'en avais, je garderais le poste de télévision. D'abord, il y a les dvds, qui permettent de montrer aux enfants de belles choses: les contes de fée en dessins animés, par exemple, des beaux films que les enfants peuvent apprécier. J'ai été très marqué, et en bien je crois, par le cinéma. Ensuite, je me demande si il ne faut pas utiliser les armes de l'ennemi, parfois, et dans ce cas, je pense au fait de montrer certaines émissions types à un enfant, pour lui montrer l'inanité et la vulgarité de ce qui leur est inculqué. Si je prenais un exemple simple, un enfant qui regarde Thierry La Fronde peut déjà s'ouvrir au sens de la chevalerie. Ensuite, il est possible de lui montrer ce que sont réellement, en comparaison, les modèles qu'on lui propose. Après avoir vu Blanche Neige, l'enfant peut comprendre que le goût des parures de luxe, le bling bling, c'est au fond le rêve de la méchante reine, en plus vulgaire.

C'est vrai que tout est fait pour instiller le doute sur les parents. Alors? Oeil pour oeil. Il faut instiller le doute sur ce qui est enseigné. Montrer. Une image dit bien plus qu'un discours, surtout pour un enfant. La rage endiablée qu'a suscité La Passion de Mel Gibson montre bien que les représentants du système voient là un vrai danger. Lorsque l'enfant est seul face au monde, un modèle de courage peut l'aider profondément.

Il y a aussi la langue, et pour nous la langue française. Un des derniers grands auteurs classiques français, Paul Léautaud, n'avait presque pas fait d'études. Seulement il pouvait écrire: "à l'âge de trois ans, j'étais déjà un ancien de la Comédie Française" où son père était souffleur. Les dvds de pièces classiques peuvent réparer les dégats causés par la dégradation entretenue du langage.

En revanche, vous écrivez, sur la psychanalyse:
Code:
[size=12]En ce qui concerne les contes de fées, j'ai participé à un séminaire universitaire sur Bettelheim et son analyse de la sagesse transmise par les contes populaires (la psychanalyse n'a fait que redécouvrir les invariants de la psyché humaine). [/size]
[size=12] [/size]

Je crois qu'il faut tout de même se méfier car il y a des interprétations complètement délirantes (j'ai connu des psychanalystes), mais qui peuvent être très dangereuses et contribuer à détraquer non seulement les enfants, mais aussi les adultes. Mais c'est vrai que ce n'est pas le cas chez Bettelheim, dans son étude sur les contes de fée (ses téories sur l'autisme en revanche sont plus que contestées aujourd'hui), et ce que vous écrivez est très juste:

Code:
[size=12]Les contes ne font pas d'euphémisme avec la cruauté humaine et ne l'attribuent pas aux seules "croyances" des personnes qui en souffrent comme le fait le développement personnel. Il y a effectivement des belles-mères perfides et des soeurs sans amour !
Le conte métaphorise aussi les valeurs éternelles grâce auxquelles on reste debout et qui sont les qualités humaines classiques comme la probité, l'honnêteté.[/size] 

C'est entièrement vrai, et il faut ajouter que, au sens le plus profond, ces contes ont une véritable dimension initiatique. Souvent, d'ailleurs, il semble que Bettelheim l'a pressenti, même si il n'est pas allé jusqu'au bout.

Quant à l'enseignement religieux, aux Textes Sacrés, je ne peux qu'être entièrement d'accord avec vous, mais là, dans le contexte actuel, cela risque de provoquer des levées de bouclier chez beaucoup (ce qui n'est pas une raison pour ne pas transmettre). J'ajouterai que si il y a des belles mères perfides, il y a aussi des ogres, et ceux du XXème siècle ont largement dépassé Barbe Bleu.

A ce sujet, on peut rappeler que Barbe Bleue est dit avoir été inspiré par les faits réels et qui dépassent en atrocité tout ce que j'ai pu lire ailleurs (voir Là bas de Huysmans). Or Gilles de Retz, qui est dit avoir inspiré Barbe Bleue, est un ancien compagnon de Jeanne d'Arc, et ses crimes commis sur des enfants sont les plus effroyables que l'on puisse concevoir. Il était seigneur de Tiffauges. Et c'est en faisant allusion à Gilles de Retz qu'un certain Michel Tournier, qui a milité pour la réabilitation de ce monstre, a appelé le héros de l'un de ses romans Abel Tiffauges. Si je raconte cette histoire, c'est parce que à l'école, on nous avait fait étudié Michel Tournier. On peut y voir, et il faut y voir, à mon avis, une intention réelle de livrer l'enfance aux théories de Barbe Bleue. C'est un exemple de ce que certains profs enseignent aux enfants, consciemment ou pas, mais avec la protection de la République.

Et les contes de fée permettent aussi d'avertir les enfants sur les dangers réels, sans avoir à leur dire ce que les enfants n'ont pas à entendre.
 
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MessagePosté le: Mar 9 Sep - 02:32 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Sur la portée des contes de fées, je ne peux que renvoyer le lecteur aux travaux de A. K. Coomaraswamy et de R. Guénon. Selon eux, récits folkloriques, et même superstitions, sont pour la plupart véhicules de considérations métaphysiques bien complexes ; tout comme le mythe, le conte populaire n'a pas d'origines historiques assignables, et, tout comme lui, il use du langage symbolique.

De R. Guénon, particulièrement trois articles : Sur la signification des fêtes carnavalesques (repris dans le livre Symboles de la science sacrée), Folie apparente et sagesse cachée et Le masque populaire (ces derniers sont tous deux repris dans Initiation et réalisation spirituelle).

De A. K. Coomaraswamy, le livre La doctrine du sacrifice.



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MessagePosté le: Dim 2 Nov - 18:40 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

L'Ecole à changer, les méthodes pédagogiques d'aujourd'hui sont elle-mêmes devenues modernes, tout comme l'Ecole. Ces méthodes modernes sont - liste non-exhaustif - les suivantes : des activités d'éveil, de la grammaire fonctionnelle, de la lecture dit naturelle (ou méthode globale), des mathématiques modernes, de l'animation, de l'auto-apprentissage, de l'histoire des objets, du décloisonnement, de la créativité, des études dirigées...

Par opposition, en autre la ou les méthode(s) dite d'autrefois (ou peut-être traditionnelle, à vous de voir): des dictées, et la lecture par syllabage systématique par exemple.

Aujourd'hui, les enfants qui subissent les méthodes modernes sont plus handicapés scolairement que ceux qui apprennent à l'ancienne. Et ces méthodes modernes sont officiellement apprises évidemment à nos jeunes professeurs. En outre, nous pouvons aussi faire remarquer que le niveau à bien baiser en France.
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Corto



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MessagePosté le: Dim 2 Nov - 21:56 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Bonsoir à tous,

à propos de l'école j'aimerais attirer votre attention sur ces faits :

1 Depuis 30 ans on a réduit les heures d'enseignement du français de moitié. On n'apprend plus de poèmes par coeur. A l'époque de mes parents, les élèves faisaient une dictée par JOUR en sixième. A la mienne, ce n'était plus qu'une par semaine.

2 depuis 30 ans l'histoire n'est plus enseignée avec rigueur et chronologiquement mais par "thèmes" ce qui crée beaucoup de confusion. Les élèves ne savent plus raccorder tel ou tel thème à un tableau d'ensemble, à une période avec tel ou tel type de gouvernement, telle société, telles religions. leurs notions d'histoire sont très vagues et parfois trop spécifiques. Ils n'apprennent plus les dates par coeur. C'était déjà le cas lorsque j'ai passé le bac si bien que j'ai dû, en terminale, me fabriquer un dépliant de carton avec une feuille canson par siècle, un gros trait vert pour Jésus Christ (an zéro de notre calendrier) situer le Bouddha, Mahomet, Luther, etc, faire une bande en bas avec les rois de France, marquer les guerres en rouge, faire figurer les oeuvres d'art et inventions célèbres, tracer les biographies des hommes illustres, les courants littéraires...cela m'a pris un temps fou mais passionnant et je recommencerai le même exercice avec mes enfants à qui je raconte déjà des morceaux d'histoire : il faudra donc les faire figurer sur une bande de carton chronologique.
Cela parait idiot mais aucun de mes professeurs ne m'avait jamais appris l'histoire de façon lisible, chronologique, rationnelle !
J'en ai gardé une timidité profonde devant cette discipline (la honte d'ignorer telle ou telle chose: je n'ai pas osé toucher certains livres, me documenter sur tel ou tel personnage pendant longtemps).
Me l'approprier sur le tard me demande toujours un effort. Me manque le "sens" que l'histoire prendrait si elle m'avait été transmise par des maitres. On a toujours plus de mal à assimiler des bases de savoir adulte qu'enfant. C'est la même chose avec la musique, la lecture de partitions, l'apprentissage du piano... je pense qu'en voulant "moderniser" l'enseignement et en voulant épargner à nos enfants efforts et discipline, nous les volons, nous les maintenons au nom de l'infantilisme ambiant dans un état dont toute éducation classique s'évertue depuis des siècles à les sortir.

3 Les postes d'enseignants ne sont plus renouvelés et les profs se retrouvent avec des classes surchargées (on a supprimé aussi le personnel surveillant). Les changements de notre société depuis 30 ans nous apprennent à ne retenir que ce qui peut "servir" dans une logique de rentabilité et de gestion. L'école autrefois enseignait les "humanités" c'est-à-dire la gratuité de la pensée, l'outillage pour penser. C'est exactement ce qui formait le citoyen et son esprit critique sans nécessairement garantir la rentabilité sur le marché du travail. On comprend que ce type d'enseignement n'aille guère dans le sens d'une société de marché qui entend ne retenir que le consommateur ou le patient et évacuer la dimension citoyenne de l'existence ainsi que les dimensions culturelles et transcendantales.

4 la vision de l'homme "spontanéiste" qui triomphe depuis mai 68 environ a inversé le rapport du maitre à l'élève. Tout exercice de l'autorité est vécu comme etouffant la personalité de l'enfant. On traite avec lui comme s'il possédait déjà le savoir, on "démocratise" l'enseignement. L'enfant devient la référence. Les enseignants parlent dès la maternelle d'"autonomiser" les élèves. Jean-Pierre Le Goff fait dans "La barbarie douce" une critique éclairée de l'école moderne. Le rapport de maitre à élève, observe-t-il, est interprété come un rapport d'oppresssion. Se développe un type de pensée qui oppose épanouisseemnt et dévelopement de l'autonomie d'un côté, culture sclérosée et oppressive de l'autre. Nous constatons aujourd'hui les dégats de ce glissement vers la gauche dans l'enseignement public. "Il y a un prix à payer pour accéder à la culture, que les pédagogues modernistes s'efforcent à tous prix de minimiser. ils contribuent de la sorte à brouiller un peu plus les repères et les limites". Le résultat est uen baisse de niveau de l'enseignement dans les écoles publiques. Les parents qui en ont les moyens auront donc tendance à inscrire leurs enfants dans le privé ce qui va entrainer une sélection par l'argent : le meilleur enseignement sera prodigué dans les écoles payantes.

Le Goff montre également le parallèle qui existe entre les courants libertaires (suspicieux vis-à_vis de l'autorité) et le déploiement du libéralisme économique. La barbarie qui sévit dans nos sociétés apparait donc pour le Goff aux antipodes de celle des régimes totalitaires. Elle ne laisse guère paraitre de signes d'aggressivité première. L'"autonomie", la "convivialité", la "transparence" sont ses thèmes de prédilection. Elle se développe dans tous les domaines et vise au fond à mettre en place une interiorisation des normes du libéralisme. Celui-ci n'a en effet pas besoin de citoyens capables de réfléchir et de critiquer, il lui faut des salariés efficaces et des consommateurs dociles. D'où la facilité avec laquelle l'enseignemet a tendance à évacuer toute discipline qui table sur le long terme et non sur l'éphémère.
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