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L'éducation aujourd'hui
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Salomon Bel-Air



Inscrit le: 03 Oct 2008
Messages: 40
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MessagePosté le: Ven 7 Nov - 18:35 (2008)    Sujet du message: L'éducation aujourd'hui Répondre en citant

Citation:
2 depuis 30 ans l'histoire n'est plus enseignée avec rigueur et chronologiquement mais par "thèmes" ce qui crée beaucoup de confusion. Les élèves ne savent plus raccorder tel ou tel thème à un tableau d'ensemble, à une période avec tel ou tel type de gouvernement, telle société, telles religions. leurs notions d'histoire sont


Bonjour Corto,

Je fais parti de la jeune génération et pourtant les programmes d'histoires ont été suivi à peu près chronologiquement. Je précise afin d'éviter les ambiguïtés : un thème peut être par exemple une découverte historique de l'Égypte ancienne ou de la première guerre mondiale.

La première année du collège est consacré au monde Antique en introduisant en principe par l'Égypte, puis nous apprenions l'histoire du premier peuple de la Bible, les hébreux, et ensuite, la Grèce, Rome, les débuts du christianisme et enfin la fin de l'empire Romain en Occident. De ce fait, les thèmes sont chronologiques, néanmoins ils arrivent que certains thèmes se confondent historiquement, et dans ce cas je serais d'accord avec vous, l'histoire n'est pas apprit chronologiquement.

Citation:
ce qui crée beaucoup de confusion.


La confusion provient d'une part, du manque de mémoire des élèves et d'autre part, comme vous l'aviez dit précédemment, l'absence de fiche chronologique afin de synthétiser les connaissances des élèves. Ce qui devrait être la responsabilité, par défaut, du corps enseignant.
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MessagePosté le: Ven 7 Nov - 18:35 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Corto



Inscrit le: 28 Juin 2008
Messages: 36
Localisation: pas sur la route de Madison
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MessagePosté le: Mar 20 Jan - 06:51 (2009)    Sujet du message: Tire la chevillette... Répondre en citant

...et la bobinette cherra !

Pour reprendre sur l'éducation et sur le sens initiatique des contes populaires (quelqu'un avait cité la "Psychanalyse des contes de fées" de Bruno Bettelheim), je propose une interprétation du Petit Chaperon rouge (en allemand : Rotkaeppchen) dans ses versions françaises (Perrault) et allemandes (les frères Grimm).
Nous pourrons mettre en rapport ce conte de la dévoration et la symbolique maternelle des sociétés consuméristes désymbolisées d'aujourd'hui.

La "chevillette", petite pièce de bois permettant d'ouvrir la porte de la maison de la grand-mère (lieu du crime) peut en effet être rapprochée, de par la fonction qu'elle a dans le conte d'"ouvrir les vannes", d'abolir les limites, d'un slogan de mai 68 : "jouissez sans entraves"_ la formule magique "tire la chevillette" s'apparentant elle aussi à un slogan ou une incantation qui scande le texte du conte de Perrault :"tire la chevillette et la bobinette cherra". "Bobinette" rappelant d'ailleurs "bobine", mot familier désignant la figure. La bobinette cherra, la face tombera : les personnages perdront la face ( l'honneur, la dignité et avec eux la vie) une fois les masques tombés.

Commençons par observer la famille du Petit Chaperon Rouge : pas de père à l'horizon, rien que des femmes qui se contemplent dans l'amour "fou" ("Sa mère en était folle et sa mère-grand plus folle encore" nous dit Perrault) qu'elles portent à cet enfant-roi avant la lettre_ de surcroit enfant unique autour duquel elles rivalisent de bienfaits.
Le sexe de l'enfant est quasiment nié dans les expressions qui désignent la fillette puisqu'on la nomme en français "le" Petit Chaperon Rouge (en raison de cet accoutrement qui ne semble pas fait pour un enfant et la signale comme exceptionnelle) et en allemand "das" (neutre) Rotkaeppchen.
Il semble que grand-mère et mère se transmettent de génération en génération la volonté farouche de se passer de symbolique paternelle séparatrice et de s'en tenir à une forme d'amour "incestuelle" qui pour reprendre l'expression d'Aldo Naouri ("Les filles et leur mères", ""De l'inceste", Odile Jacob) fait du même avec du même.
La fille est le clone de la mère qui est le clone de la mère-grand, etc. On reste entre soi, entre personnes du même sexe et du même sang : l'indifférenciation règne.

Cette enfant, à l'instar des enfants de l'Occident moderne peu éduquée mais très gâtée, (elle reçoit des cadeaux trop beaux, inappropriés, embarrassants le "rouge" du bonnet peut signaler la honte, la confusion à tous les sens du terme) va être littéralement larguée dans une forêt peuplée de bêtes sauvages sans aucune protection qui n'est pas sans rappeler l'affaiblissement des protections institutionnelles et éducatives des sociétés de marché dérégulées. En effet, peut-on se demander, qu'est-ce que veut bien pouvoir dire cette mère qui envoie sa fille porter une galette à son aieule en sachant que la petite va traverser une forêt pleine de loups sinon que ce type d'amour immédiat, narcissique, s'avère mortifère ? La mère a démissionné de son rôle éducatif : elle ne sait que nourrir et aduler_ mais souhaite peut-être inconsciemment la mort de sa fille ou que celle-ci n'accède jamais à un statut d'adulte, ne grandisse pas.

Le Petit Chaperon Rouge se retrouve donc dans la même situation que celle des enfants-rois des sociétés néolibérales (surtout depuis que les femmes contrôlent les grossesses et ont les enfants qu'elles désirent) prisonniers du désir de leur mère dont ils ont dépendu pour vivre, d'une part, livrés sans orientation à un monde de "loups" où chaque égo est en lutte pour survivre de l'autre.

La forêt est le lieu traditionnel des rites d'initiation. Elle est un "passage" obligé de l'enfance à l'âge adulte, ou, de façon plus générale, d'un état à un autre. Elle symbolise aussi l'obscurité de nos pulsions. Endroit sauvage, elle est le lieu du désordre où l'on est exposé à des régressions.
La fillette sans père, objet d'un amour exclusivement maternel, dévorant et adulateur, n'a reçu qu'un maigre bagage pour toute orientation : la recommandation maternelle de ne pas s'éloigner du droit chemin. Recommandation faite du bout des lèvres mais directement disqualifiée par le fait que sa mère, en l'envoyant dans cette forêt, la livre à la destructivité de ses propres pulsions.


Quelques mots sur le loup : dans les traditions populaires, la peur du loup correspondit longtemps à un danger réel mais elle peut aussi être interprétée de façon plus générale comme la peur de la sauvagerie, de ce qui n'est pas civilisé, éduqué, policé. Le loup vit en effet dans les bois, soumis à la loi de la jungle. Les humains le chassent et le tuent parce qu'il dévore leurs bêtes ( La chèvre de Monsieur Seguin) et parfois les gens. C'est un prédateur. Il mange la viande crue à la différence des humais qui la font cuire. Le loup est, comme l'enfant, un être de nature, il n'est pas encore extrait de cet état de "cru" et de cruauté. Il vit dans l'immédiateté de ses instincts et son intelligence est mise entièrement au service de sa survie ( pas d'intelligence "gratuite" menant aux humanités classiques, on en est très loin).
Sa retraite est sombre. Il est libre et riscophile comme nous l'apprend la Fable de la Fontaine "Le loup et le chien": il doit se battre pour gagner sa vie "tout à la pointe de l'épée" et c'est un miséreux (cancres, hères et pauvres diables dont la condition est de mourir de faim"). Il préfère cependant la pauvreté dans la liberté à la sujétion confortable du chien.
Le loup des fables et des contes est souvent rusé : il sait contrefaire les voix, "montrer patte blanche" pour leurrer ses proies. C'est un habile séducteur qui s'attaque le plus souvent à des proies sans défense (une petite chèvre, un agneau, une fillette).
Sans foi ni loi comme dans le Fable "Le loup et l'agneau" il justifie souvent sa cruauté et l'ignominie de ses actes en inventant n'importe quoi pour que sa victime ait tort ( "Si ce n'est toi, c'est donc ton frère" dit-il à l'agneau de la Fable de la Fontaine).
Enfin, il a un aspect dévorateur : c'est un carnassier, ce qui n'est pas sans nous rappeler le caractère dévorateur de l'amour que la mère et la grand-mère portent au petit Chaperon Rouge.

Pour leurrer la fillette, il joue d'abord les copains et lui indique le chemin le plus long : littéralement, il la séduit, l'entrainant hors de son chemin. Pour ce faire, il se fait passer pour sympathique et crée une "communauté de destin" entre la filette et lui : nous irons ensemble chez ta mère-grand. Ce qui pousse la fillette à lui donner l'adresse de la grand-mère où il se précipite et entre en contrefaisant la voix de l'enfant : un adulte rusé se pare d'innocence.

Manger l'aieule, c'est vite expedié. Ceci nous rappelle l'air de Leporello dans le Dom Juan de Mozart : Leporelle explique que son maitre les attrappe toutes, les jeunes comme les vieilles.
Dans la symbolique incestueuse et maternelle dans laquelle baignent les personnages du conte, dans ce "ventre" du loup qui n'est pas sans rappeler la logique de l'utérus extensible observée par le pédiatre Aldo Naouri chez les mères, toutes les places sont interchangeables, tous les objets sont bons à être mangés : le loup mange aussi bien les fillettes que les aieules.
On est encore dans l'indifférenciation propre à ce qui n'est pas encore civilisé.

Il est intéressant de remarquer que la naiveté de l'enfant est le pendant exact de la cruauté du loup.
L'un et l'autre vivent quasiment à l'état naturel. Faute d'éducation, l'esprit critique n'y est pas développé. L'urbanité, la retenue, le souci de l'autre non plus. Cette rencontre dans les bois (à l'écart de la civilisation humaine) n'est pas sans rappeler la rencontre de certaines femmes ou jeunes filles avec leur séducteur ( pensons à Pierre Costals, le héros tombeur de jeunes filles de Montherlant). L'absence d'éducation de l'un (manifestement peu imprégné de symbolique paternelle quand il ne se déclare pas ouvertement rebelle aux institutions) fait pendant à la difficulté pour de nombreuses femmes de se séparer( faute d'une instance paternelle forte) de leur fascination pour leur mère. Le loup, le séducteur, parlent aux femme comme parlerait une maman ou une aieule, de façon féminine, peu respectueuse des limites et des places marquées ( climat de confusion).

Le loup met les vêtements de la grand-mère : il prend sa place symboliquement. C'est aussi la clé pour comprendre la facilité avec laquelle certaines jeunes filles ou femmes se laissent berner par le séducteur qui fait résonner en elles les sentiments archaïques qu'elles ressentent encore pour leur mère ( Annick Houel, "l'adultère féminin et son roman") et ce très probablement parce que lui-même est encore très lié à la sienne.
Remarquons aussi l'indifférenciation générale : la fillette ressemble au loup dans son état "non éduqué" dans sa carence de fonction paternelle. La grand-mère ressemble au loup par son type d'amour séducteur et dévorateur (elle est "folle" de la petite). La petite et la grand-mère se ressemblent de par leur manque d'esprit critique.
Tout le monde se ressemble. Tout le monde se dévore. Le plus fort gagne.
Ce qui illustre bien ce qui se passe dans nos sociétés dérégulées qui tendent à affaiblir les différences générationnelle et sexuelle, à aplanir les hiérarchies, à faire tomber les interdits. Un tel type de société ne peut plus fonctionner que par la séduction, en excitant les pulsions, les instincts ( publicité), en anesthésiant l'esprit critique.

Voici dont l'enfant chez celle qu'elle prend pour sa grand-mère et qui est en réalité le loup déguisé (on retrouve la négation de la différence sexuelle qui est aussi une tendance de nos sociétés).
Drôle d'idée, observons-nous, que celle que doit probablement avoir déjà eue l'aieule ( la fillette aurait-elle accepté sinon l'offre du loup ?) d'inviter l'enfant à venir la rejoindre...dans son lit ! On retrouve la problématique incestueuse qui sévit dans les familles où les limites ne sont pas bien marquées. Jean-Claude Guillebaud ( "la tyrannie du plaisir",Points Seuil) a souligné que la trop grande permissivité sexuelle des années 70 a encouragé des pratiques en apparence "anodines" en famille qui mettent à mal la différence générationnelle (trop grande intimité entre membres d'une même famille par exemple) et compromettent le développement des enfants en les liant à des parents restés eux-mêmes des enfants.

Cette scène peut aussi être interprétée comme la projection que l'on fait parfois d'un parent sur le partenaire : à la place du loup, la fillette croit voir sa gentille et douce grand-mère. Elle peut aussi signifier qu'en réalité l'amour prétendument généreux de l'aieule s'avère mortifère et dévorant pour cette enfant que l'on ne met pas à sa place d'enfant ce qui n'est pas sans rappeler des formes d'abus narcissiques ou sexuels évoqués par Aldo Naouri ( "Le couple et l'enfant") et dont les cas sont en augmentation.

Quelque chose pourtant éveille la suspicion de l'enfant : pourquoi poserait-elle sinon ces questions à cette bizarre aieule ?
Ce ne sont même pas des questions mais des exclamations qui ressembent fort à celles du cri de l'enfant "L'empereur est nu !" du conte "Les habits neufs de l'empereur" de Hans Christian Andersen.
"Vous avez de grands yeux", "Vous avez de grands bras"... le loup tente de prolonger le leurre jusqu'au moment où il dévore la fillette.


Chez Perrault, le conte s'arrête là. Les frères Grimm lui trouvent une issue plus heureuse : un nouveau personnage intervient qui va à son tour venir "tirer la chevillette" mais sans qu'on le lui enjoigne : le chasseur.

Il vient de lui-même : personne ne l'a sonné ! Le principe de réalité lié à l'interdit n'a rien d'attractif. L'autorité ne vient pas du fond de l'individu : elle lui est imposée par la génération qui précède, par les figures paternelles, les maitres, les chefs.... personne n'aime renoncer à une partie de ses pulsions et pourtant ce renoncement est salutaire.
Le chasseur est l'ennemi du loup, il est armé. Il est du côté de la civilisation humaine qui fabrique des objets, des outils et des armes.
Vengeance ? Retour symétrique de la violence selon la logique du mimétisme ? Nous serions encore dans l'indifférenciation, dans l'archaïque.
Or ce chasseur intervient relativement tard dans l'histoire. Tard comme la sphère adulte de nos personnalité qui se forme en dernier, "sur" les autres couches. On est d'abord un enfant avant d'être un adulte (un séducteur, politique ou coureur, sait du reste "réveiller" chez ses proies, la nostalgie de cet état infantile de toute-puissance où "tout est possible").

Le chasseur protège et guide dans les forêts. Grâce à l'arme fabriquée par la raison humaine, il est plus fort que le loup : il dompte les pulsions. Sa force et son agressivité sont mises au service de la civilisation et des plus faibles qu'il défend_ la mère, elle, laissait sa fille aller seule, la "responsabilisant" trop tôt comme croient bon de le faire les parents aujourd'hui à l'heure où l'enseignement prétend placer l'enfant au centre...
ce chasseur qui intervient in extremis, c'est notre "surmoi" : il représente le tiers séparateur dans le développement de l'enfant, l'autorité à laquelle il vaut mieux se soumettre pour sortir indemne de la traversée de la forêt.

Aldo Naouri fait remarquer dans "Adultères" que l'instance paternelle (relayée naguère par l'institution du mariage) sépare symboliquement la fille d'avec sa mère et sa logique de confusion dévoratrice.
C'est exactement le rôle dévolu au chasseur qui se comporte en véritable "accoucheur" (est-il aussi un psychanalyste ?) faisant accéder, en les rendant à la lumière de la raison, fillette et grand-mère à leurs statuts respectifs et à leur différence.
Le couteau dont il se sert pour ouvrir le ventre du loup et tirer ses victimes de l'obscurité symbolise la loi et l'esprit critique qui vont s'exercer par rapport à ce repère en même temps que la puissance virile. En accédant à la conscience morale, à la faculté de juger, l'enfant est tirée hors de la symbolique maternelle et de son potentiel engloutissant. Elle accède ainsi à son statut de femme : en acceptant l'intervention de la fonction paternelle.
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"L'idée que les croyances de l'humanité entière ne sont qu'une vaste mystification à laquelle nous sommes à peu près les seuls à échapper est pour le moins prématurée."
René Girard.
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