Tradition et Modernité Index du Forum Tradition et Modernité
Pour une synthèse des réflexions
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Tradition et Modernité Index du Forum -> Forums -> Histoire
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Condottiere



Inscrit le: 24 Juil 2008
Messages: 9
Localisation: Empire Romain
Masculin

MessagePosté le: Ven 25 Juil - 14:12 (2008)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire Répondre en citant

Qu’on lise les journaux, que l’on regarde la télé, ou que l’on prête attention aux propos des vrais gens quand on est dans la rue, on ne peut qu’être frappé par les protestations d’insatisfaction que suscite le monde tel qu’il va : l’un se plaint parce qu’il est discriminé, l’autre veut travailler moins tout en gagnant plus, un autre encore n’est pas content de n’avoir pas le droit de se marier avec une personne de son sexe ; celui-ci pense que tout va mal parce qu’il ne peut plus aller que deux fois par an à l’île de Ré avec son camping-car, alors qu’il y pouvait y aller quatre fois, avant ; celui-là est insatisfait parce que le prix à la pompe ne cesse d’augmenter, et que Sarko ne fait rien... D’aucuns, les cultivés, les intelligents, les gens conscients, ceux qui pensent et à qui on ne la fait pas, bref, les gauchistes, sont révoltés par l’accroissement des inégalités, par les attaques du gouvernement contre les acquis sociaux ou encore par le traitement réservé aux sans-papiers, aux intermittents du spectacle, ou aux pédérastes.
Or, pour qui n’est pas moderne, ou plutôt, pour qui s’efforce de ne l’être pas, il est évident que le monde tel qu’il est, dans son horreur, est le produit de l’action et du désir des hommes de gauche, en apparence tout du moins. Ces derniers, d’ailleurs, l’avouent ingénument, quand ils affirment que les institutions françaises, dans ce qu’elles ont de bien et qu’ils souhaitent conserver, sont le résultat des luttes du mouvement social. Quoiqu’il se le cache soigneusement, le gauchiste est l’auteur de ce monde, monde qui le satisfait profondément. Il ne faut bien évidemment pas ajouter foi une seule seconde aux cris d’orfraie qu’il fait résonner au travers du monde, pour mieux occulter le néant que serait son existence s’il avait la bonté, pour quelques instants, d’arrêter de nous rebattre les oreilles avec ses manifestations et autres fêtes de la musique. A cet égard, rien ne montre mieux l’amour inavoué que le moderne (moderne et gauchiste, ou de gauche étant pour nous des mots synonymes) porte à son monde que le mépris qu’il affecte pour tout ce qui a existé avant lui (“ De nos jours, en 2008, comment ceci ou cela peut-il encore être possible ?”), que l’incapacité à tolérer la moindre différence véritable, malgré les associations anti-racistes et les boutiques ethniques (voir les affaires liées aux dernières traces ostensibles ou ostentatoires de religion restant en Occident), ou que l’incapacité à imaginer qu’un autre régime politique que la démocratie occidentale pourrait même être possible. C’est que, si le monde n’avait plus à être transformé, si quelques injustices n’avaient pas encore à être traquées, s’il devait constater que le monde tel qu’il est a toutes les caractéristiques de celui qu’il n’a cessé de souhaiter, l’homme de gauche n’aurait plus de raison de vivre. Essayons d’expliquer pourquoi cette satisfaction inconsciente se manifeste sous le masque de l’insatisfaction radicale.
 
Sur ce forum, plusieurs discussions portant sur Marx et le marxisme ont été ouvertes. On s’est par exemple demandé ce qui pouvait être juste ou valable dans le marxisme. Or, quitte à parler de Marx, il faut parler de Hegel, dont le père du communisme semble s’être beaucoup inspiré. Nous aimerions soumettre aux personnes qui transitent par ce forum une hypothèse hégélienne qui nous semble intéressante car à même de rendre compte de l’état de notre Occident contemporain : il s’agit de l’hypothèse de la fin de l’histoire. Formulée par Hegel, elle a été reprise par le philosophe et haut fonctionnaire français Alexandre Kojève, dans son livre Introduction à la lecture de Hegel, ainsi que par Philippe Muray, qui l’a d’ailleurs transformée. Il nous semble que c’est pour se cacher cette fin de l’histoire que le moderne forge la fiction de son insatisfaction.
 
Qu’est-ce que la fin de l’histoire pour Hegel ? Il nous faut d’abord préciser que nous n’avons qu’une connaissance indirecte de ce philosophe, et que nous nous fondons sur l’interprétation canonique de sa Phénoménologie de l’Esprit qu’a donnée A. Kojève (ce en quoi nous faisons comme beaucoup d’hégéliens professionnels des universités, semble-t-il). Ce que nous écrirons dans les lignes suivantes sera donc un exposé de la pensée de Hegel interprétée par Kojève.
Sans entrer dans les détails ― que Hegel & Kojève nous pardonnent ― le moteur de l’évolution historique de l’humanité est, selon le philosophe allemand, la Lutte pour la Reconnaissance que mènent le Maître & l’Esclave (qui sont, bien entendu, deux types humains, et non pas deux personnes). Le Maître l’emporte d’abord parce qu’il est prêt à risquer sa vie, alors que l’Esclave le refuse ; mais le Maître a un horizon historique limité puisque, si l’Esclave reconnaît le Maître en tant que Maître, et se reconnaît lui-même en tant qu’Esclave, le Maître ne peut parvenir à une Reconnaissance satisfaisante, puisqu’il ne reconnaît pas l’Esclave en tant qu’être humain valable. Pour Hegel en effet, la conscience de soi ne peut se reconnaître elle-même en tant que telle que par l’intermédiaire d’une autre conscience de soi. C’est donc l’Esclave qui va pouvoir évoluer et finalement s’accomplir de façon satisfaisante et totale, notamment grâce à son travail, par lequel il va transformer le Donné, c’est-à-dire la Nature. En la transformant, il se libère de la Nature, et donc de lui-même puisque c’est son instinct naturel qui l’avait empêché de risquer sa vie ; le travail lui permet donc de cesser d’être Esclave et le libère du Maître.
A la fin de ce processus dialectique, il n’y a plus de Maître ni d’Esclave, et il n’y a plus d’histoire humaine : c’est la fin de l’histoire, période indéfinie, dans laquelle la Lutte pour la Reconnaissance est achevée parce que chacun est totalement reconnu par tous, et tous par chacun, ce qui n’est possible que dans un Etat universel et homogène (c’est-à-dire : non expansible et non transformable). Or, pour Hegel, cet état est l’Etat napoléonien, qui est une actualisation des principes de la Révolution française. Kojève écrit : “ L’Histoire s’arrête quand l’Homme n’agit plus, c’est-à-dire ne transforme plus le donné naturel et social par une Lutte sanglante et le Travail créateur. Et l’Homme ne le fait plus quand le Réel donné lui donne pleinement satisfaction, en réalisant pleinement son Désir (qui est chez l’homme un Désir de reconnaissance universelle de sa personnalité unique au monde).” Marx, ajoute Kojève, a intégré à sa pensée ce thème hégélien, puisqu’il oppose le Royaume de la Nécessité (celui de la Lutte, non pas pour la Reconnaissance, mais des classes) au Royaume de la Liberté (celui où tout est le monde est égaux, comme on dit aujourd’hui, et où chacun travaille le moins possible).
 
Nous vivrions donc en période de fin de l’histoire. Quels sont les éléments concrets de notre monde qui pourraient permettre de le confirmer ? D’abord, comme nous l’avons dit au début de ce message, le fait que le monde soit régi par des principes strictement modernes : gouvernement de la foule, égalité généralisée, fin de toute hiérarchie, droit de chacun à faire valoir et reconnaître la moindre parcelle de son idiosyncrasie, fût-elle ridicule... : pour un esprit moderne, cet état de fait ne peut être que le résultat désiré des luttes humaines d’émancipation, et quel aspect du monde n’est désormais pas moderne, excepté ceux qui ne pourront jamais l’être (c’est-à-dire tout ce qui appartient à la Tradition) ? Ensuite, on pourrait s’étonner de ce que le but ultime des luttes sociales soit désormais la réduction du temps de travail, revendication de confort, et donc revendication superflue, ou l’augmentation des salaires au nom du pouvoir d’achat, donc pour consommer plus, semble-t-il, et renforcer le capitalisme. On pourrait enfin arguer du fait que le seul avenir qui semble s’offrir à l’occidental est la préservation de la planète (l’écologie), comme il dit, ce qui serait, pour un esprit hégélien, un signe que l’Homme n’a désormais plus à transformer le donné, mais seulement à le conserver, étant parvenu au bout du processus historique.
Certes, la lutte pour la Reconnaissance paraît être encore d’actualité : on peut penser à la lutte généralisée contre toute forme de discrimination que mènent les gens qui s’impliquent dans le monde, mais aussi songer au fait que, de nos jours, tout n’est que lutte, que combat : il s’agit toujours de défendre les acquis sociaux contre les attaques du gouvernement, de lutter contre le fascisme, de résister au néo-libéralisme &c. Certes ; mais selon nous, et pardon de nous répéter, ce ne sont que luttes spécieuses. Ce n’est en effet pas tant l’inflation des revendications identitaires pour la reconnaissance qu’il faut observer, que le ridicule absolu de leur contenu, s’il en est encore un ; voir par exemple les revendications pédérastiques : s’ils ne peuvent se marier, qu’est-ce qui empêche aujourd’hui les invertis de vivre comme ils le souhaitent ? Au reste, on reste pantois devant l’inconséquence de leurs raisonnements : comme l’a bien dit P. Muray, on revendique l’égalité avec les hétérosexuels au nom de sa différence avec ces mêmes hétérosexuels...
Quant à l’insatisfaction des gens de gauche, tels que Soral ou Besancenot, elle ne saurait selon nous qu’être factice, car quel autre monde que le monde moderne pourrait laisser une place aussi importante à de tels faquins ? L’hypothèse de la fin de l’histoire (occidentale) nous semble au moins offrir la possibilité de penser le fulgurant assèchement de la gauche et de sa vision du monde, perceptible par tous depuis, au moins, la fin du communisme : c’est parce que ce monde serait le sien qu’elle n’aurait plus rien à en dire. D’ailleurs, même les observateurs les moins pertinents ont pu remarquer que désormais, la gauche n’avait plus pour ambition que de conserver ses acquis, et non pas d’en proposer de nouveaux.
Pour Marx, avant l’avènement du communisme, l’homme est aliéné mais, si nous vivons la fin de l’histoire, l’aliénation est terminée. A notre connaissance, P. Muray est le premier à avoir formulé cette hypothèse à propos de l’époque contemporaine, et nous avons pu constater récemment que même un marxiste-deleuzien comme Antonio Negri (ex-leader du groupe terroriste italien Potere operaio ; à moins que cela ne soit Lotta continua ?) pensait que le concept d’aliénation n’était plus à même de rendre compte de la condition du travailleur moderne. De fait, de nos jours, le moindre français est fier et satisfait de soi et de sa culture, en pleine possession de ses moyens intellectuels, il sait que les media lui mentent, que les politiques ne dirigent plus rien, que les patrons sont méchants &c. Tout un chacun est donc désaliéné, ou du moins le croit-il, mais c’est un autre problème. On ne peut dire que l’homme moderne est aliéné par le capitalisme, car sans capitalisme, il n’y aurait pas de monde moderne ; et tous les problèmes du monde moderne sont dus non pas aux libéraux, mais à ceux à qui s’adressent le libéralisme, à ceux dont il a besoin pour se maintenir, c’est-à-dire aux masses ; ces problèmes ne sont que le résultat de ce que Muray appelle la lutte du Moderne contre le Moderne :  
Citation:
Pour la première fois, il n’y a plus d’affrontements qu’entre factions incarnant le changement et voulant ce qui est ou ce qui advient avec une égale fureur. Le débat n’est plus qu’entre les différentes formes hégémoniques de la destruction, non entre la conservation et la destruction. Culture contre culture, interdit contre interdit, tolérance contre tolérance, jugement autorisé contre jugement estampillé, nouvelle morale contre morale nouvelle, dans une promiscuité qui s’étend et se multiplie à l’infini. L’écart et l’infraction se battent sur le devant de la scène ; et l’ancienne “norme”, à l’orchestre, peut enfin se croiser les bras et compter les morts. Mais ce sont des morts pour rire, et qui se relèvent mutuellement entre les combats pour recommencer leur corps à corps de pléonasmes infatigables et géants. Voici le temps de la querelle des Modernes contre les Modernes
. [Philippe Muray, in [i]Exorcismes spirituels[/i], Moderne contre Moderne, p. 10-11]. Si notre message n’était pas déjà trop long, nous citerions avec plaisir cet autre essai de Muray intitulé Moderne contre Moderne, que l’on peut trouver dans le même ouvrage, et dans lequel il illustre par un détail ce qu’est la vie en période de fin de l’histoire : il y a quelques années, une galerie londonienne d’art contemporain exposa une œuvre, qui n’était autre qu’un poisson rouge dans un bocal, à la base duquel se trouvait un bouton permettant au visiteur d’électrocuter la pauvre bête. On devine la suite : une association de défense des droits des animaux porta plainte, et dès lors put naître une épique bataille entre défenseurs des animaux et défenseurs de la liberté artistique. On plaint les pauvres juges londoniens qui durent arbitrer entre deux légitimités aussi transcendantales (N.B. : ce sont les artistes qui ont gagné).
Etant à la fois la victime et le bourreau d’un monde qui est le produit de son action et de sa volonté, le moderne ne peut plus prétendre qu’une force extérieure l’empêche d’accéder au bien. Cette désaliénation généralisée serait donc un signe supplémentaire de la fin de l’histoire que nous vivrions.
 
On pourrait sans doute multiplier les preuves, mais nous voudrions pour finir citer quelques propos extraits d’une célèbre note d’Alexandre Kojève sur la fin de l’histoire, propos qui nous semblent être à même d’expliquer certains phénomènes qui pourraient paraître contredire l’hypothèse de la fin de l’histoire. Celle-ci en effet devrait être marquée par la fin des conflits sanglants qui avaient fait l’histoire de l’homme et, de fait, on entend souvent dire que le monde actuel ne cesse de faire entendre le vacarme de la guerre. Est-ce néanmoins la guerre classique ? Non, car dans le cas de la guerre en Yougoslavie (pour ce qui est de l’intervention occidentale tout du moins), dans celui de la guerre d’Irak ou de la guerre contre le terrorisme, il ne s’agit plus des antiques affrontements entre adversaires égaux en estime, en valeur, et en force ; il s’agit d’opérations de basse police que les occidentaux dirigent contre des adversaires qu’ils méprisent souverainement et qui sont mille fois inférieurs en force. Ces conflits, qui eussent pu faire croire que le monde ancien continuait, ne sont donc que ce que Kojève appelait l’alignement des provinces périphériques sur les positions historiques européennes (réelles ou virtuelles) les plus avancées.
Dernière citation, qui expose ce que pourrait être, selon Kojève, la vie en fin de l’histoire :
 
Citation:
Or, plusieurs voyages comparatifs effectués (entre 1948 et 1958) aux Etats-Unis en et U.R.S.S. m'ont donné l'impression que si les Américains font figure de sino-soviétiques enrichis, c'est parce que les Russes et les Chinois ne sont que des Américains encore pauvres, d'ailleurs en voie de rapide enrichissement. J'ai été porté à en conclure que l'American way of life était le genre de vie propre à la période post-historique, la présence actuelle des Etats-Unis dans le Monde préfigurant le futur "éternel présent" de l'humanité tout entière. Ainsi, le retour de l'Homme à l'animalité apparaissait non plus comme une possibilité encore à venir, mais comme une certitude déjà présente.
C'est à la suite d'un récent voyage au Japon (1959) que j'ai radicalement changé d'avis sur ce point. J'ai pu y observer une Société qui est unique en son genre, parce qu'elle est seule à avoir fait une expérience presque trois fois séculaire de vie en période de "fin d'Histoire", c'est-à-dire en l'absence de toute guerre civile ou extérieure (à la suite de la liquidation du "féodalisme" par le roturier Hideyoshi et de l'isolement artificiel du pays conçu et réalisé par son noble successeur Yiyeasu). Or, l'existence des Japonais nobles, qui cessèrent de risquer leur vie (même en duel) sans pour autant commencer à travailler, ne fut rien moins qu'animale.
....La civilisation japonaise "post-historique" s'est engagée dans des voies diamétralement opposées à la "voie américaine". Sans doute, n'y a-t-il plus eu au Japon de Religion, de Morale, ni de Politique au sens “européen” ou "historique" de ces mots. Mais le Snobisme à l'état pur y créa des disciplines négatrices du donné "naturel" ou "animal" qui dépassèrent de loin, en efficacité, celles qui naissaient, au Japon ou ailleurs, de l'Action "historique", c'est-à-dire des Luttes guerrières et révolutionnaires ou du Travail forcé.



Un des mérites de cette explication, quelles que soient les restrictions que l’on pourrait y faire, est semble-t-il de permettre de mettre fin à ces fausses oppositions entre droite et gauche, ou capitalisme (ou libéralisme) et socialisme, qui, mettant tous deux l’économie au centre de leur vision du monde, ne sont que des contraires, c’est-à-dire, comme disait Aristote, que les deux espèces les plus éloignées au sein d’un même genre.
 
 
Espérons que la longueur de cet exposé n’aura pas rebuté les lecteurs, car beaucoup de questions semblent maintenant se poser.
D’abord, qui est vraiment Alexandre Kojève ? Esprit brillant, son travail de haut fonctionnaire semble lui avoir permis d’avoir une grande influence sur le monde contemporain, indépendamment de ses cours qui, eux, en ont eu une réelle. La légende dit qu’il aurait largement contribué à la création de l’Europe qui, à bien des égards, possède les caractéristiques de l’Etat universel et homogène hégélien. Quelqu’un aurait-il des renseignements fiables sur cet homme ?
Ensuite, dans quelle mesure cette hypothèse de la fin de l’histoire pourrait-elle être rapprochée de ce que nous savons du Kali-Yuga et de sa fin, conception de notre monde bien plus valable car traditionnelle ? En outre, il semble qu’un auteur comme Joachim de Flore ait lui aussi parlé d’une fin de l’histoire, quoique dans une perspective plus orthodoxe ; quelqu’un connaît-il cet auteur ?
Enfin, que pensent ALM, Lutfi, Zero, Edgar, Corto, Space monkey et les autres de cette hypothèse ?




Cordialement
 un condottiere
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Ven 25 Juil - 14:12 (2008)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Ven 25 Juil - 21:29 (2008)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire Répondre en citant

Bonjour Condottière, et merci pour votre message, c’est un plaisir de vous lire.
 

Les points que vous soulevez sont de ceux qui me préoccupent, qui ont guidés mon parcours intellectuel, et si je suis d’accord avec la majeure partie de votre message, j’aurais quand même quelques petites remarques à faire.
 

En premier lieu, on peut noter que deux visions coexistent concernant la « fin de l’histoire », une vision qui la craint plus que tout (ce sont les contre-utopies de Huxley et d’Orwell qui l’illustre le mieux, ainsi que le film Brazil de Terry Gilliam), et une vision qui l’appelle de ses vœux (ici, nous avons une bonne partie des marxistes, et Houellebecq (encore lui, désolé) me semble particulièrement représentatif de ces personnes). Je parle ici d’auteurs, mais c’est applicable aussi aux philosophes, je pense. Marx entre dans la deuxième catégorie, ainsi que Hégel, aux vues de la théorie que vous avez exposée.
Dans les Particules élémentaires, Houellebecq écrit très clairement que le Meilleur des mondes de Huxley est bien le meilleur des mondes, et qu’il faut travailler à son avènement. Pour ceux d’entre vous qui n’aurez pas lu ce livre d’Huxley, il décrit un monde où la reproduction est assurée par clonage, où les individus sont formatés pour occuper une place précise dans la société, et où tous les désirs sont assouvis, en particulier les désirs sexuels. Les « doutes » des individus qui en viendraient à s’interroger sur le sens de tout cela sont neutralisés par une drogue, le soma.
 

Cela étant dit, quelques remarques s’imposent : ces deux visions ne permettent pas d’établir de séparation « gauche/droite », et on peut, en les considérant, comprendre à quel point la compréhension de notre époque est difficile, de par l’imbrication du vrai et du faux dans chacun des deux prétendus « bords » politiques.
 

Prenons l’exemple d’Orwell. Je n’ai pas étudié sérieusement son œuvre, mais tout porte à croire que c’est un homme de gauche. Son système de pensée repose sur l’idée d’une sorte de solidarité « naturelle » chez l’homme, que la société exploite ou étouffe, selon sa nature. Derrière ce système point la tentation de l’anarchie et nous sommes bien loin d’une perspective traditionnelle. Pourtant, dans 1984, il se livre à une condamnation sans appel des systèmes politiques occidentaux et nous lance un avertissement très important sur ce que pourrait devenir l’humanité en poursuivant son chemin sur la voie moderne.
 

A l’inverse, nous avons des « réactionnaires » qui semblent n’avoir aucunement conscience de certaines dérives de l’Occident, et qui se limitent à quelques aspects. Ce seront donc des condamnations du métissage, de l’immigration, de l’homosexualité, mais rien sur le développement technologique anarchique, rien sur la responsabilité occidentale dans la dévastation du monde, rien sur l’abandon de la tradition… Les « solutions » ne seront donc jamais que des affabulations sur les bienfaits de la nation ou sur la « menace de l’Islam »…
 

Je reprends donc votre message : vous souhaitez établir un lien entre la satisfaction inconsciente dont fait preuve le monde moderne, et l’insatisfaction perceptible au quotidien…
Je serais plus nuancé que vous à ce sujet : l’insatisfaction est omniprésente à l’heure actuelle, sur ce point nous sommes d’accord. Cependant, faut-il prendre les revendications des insatisfaits au sérieux ? Nous vivons dans un monde où, pour la plupart des individus, les deux points de repère, les deux centres de préoccupations sont l’argent et tout ce qui découle de sa possession, et le plaisir. Il y aurait beaucoup à dire sur ce qui a conduit à cette situation, mais que ce soit là le fait « d’hommes de gauche » (du moins en apparence comme vous le précisez), il n’y a pas à le nier. Cependant, pour les individus nés au cœur de cette situation,  il me semble que les choses doivent être considérées différemment : on peut, comme vous le faites, avancer que l’insatisfaction ambiante est en réalité une « demande » de plus de modernité. Mais on peut également envisager que cette « insatisfaction » témoigne en réalité d’un dégoût croissant pour notre monde, y compris au sein de la masse, mais d’un dégoût qui n’a pas les moyens de s’exprimer clairement, et qui se traduit par des revendications grotesques et contradictoires. Les mouvements étudiants en sont un bon exemple, notamment celui du CPE, où les « revendications » étaient de deux sortes : « une place au chaud dans le monde moderne » et « une autre vie que cette vie là ». On peut regarder de haut le pathétique de tout cela (et il y a de quoi !) mais on peut aussi supposer que le monde moderne ne fait pas tant d’émules qu’il en donne l’impression, et que beaucoup de gens ressentent ses travers sans parvenir à les saisir pleinement. Du coup, les « revendications » se rabattent sur ce qui semblent être à ces gens les seuls sens de la vie : le plaisir, les loisirs, le salaire, etc… ce qui ne veut pas dire qu’ils n’aspirent pas à autre chose, mais ils sont « conditionnés » par l’environnement moderne et ne peuvent pas exprimer autre chose que cela.
Tout cela semble recouper ce que vous dites sur le moderne « victime et bourreau » de son monde, mais pour ma part, j’insisterais plutôt sur le coté « victime » aujourd’hui.
 

Pour en revenir à la fin de l’Histoire, il convient de se demander si une « fin » est envisageable. J’ai parfois peur que le monde décrit par Orwell devienne une réalité, mais ce que l’on peut constater, c’est que ce n’est pas le cas pour l’instant et que malgré tout, le monde actuel offre des marges de manœuvres appréciables. Reste à savoir vers quoi nous nous acheminons… Ce qui me semble clair, c’est que du seul point de vue matériel, le développement occidental n’est pas viable, même à court terme, et que son extension à  l’ensemble du monde risque de provoquer des cataclysmes dans un futur assez proche. Le monde moderne est quoi qu’il arrive condamné à s’effondrer, il s’agit de savoir ce qu’il entraînera dans sa chute et ce qu’il sera possible de préserver…
Pour le parallèle que vous proposez avec la fin du Kali Yuga, je préfère laisser des intervenants plus au fait de ces choses vous répondre.

A une prochaine fois.
Revenir en haut
Lutfi
Invité





MessagePosté le: Sam 26 Juil - 14:29 (2008)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire Répondre en citant

Cher Condottiere, puisque vous abordez la question de Hegel et de ses successeurs, je me permettrai de vous répondre tout d'abord d'une manière indirecte, car les aspects de sa philosophie que vous avez abordé ne me semblent pas en constituer le centre, mais certains développements. Or Guénon est revenu à plusieurs reprises sur le cas de Hegel, bien qu'il en ait parlé plus discrètement que d'autres auteurs à l'origine de la déviations modernes, comme Descartes, par exemple. Je citerai d'abord ce passage des Principes du calcul infinitésimal:

Code:
"il est impossible que des contradictoires soient réductibles l'un à l'autre; et d'ailleurs l'inégalité, par exemple, peut-elle garder une signification autrement que dans la mesure où elle s'oppose à l'égalité et en est la négation? ... alors même qu'on n'admettrait pas l'existence de genres absolument séparés, il n'en serait pas moins vrai qu'un genre quelconque, défini comme tel, ne peut jamais devenir partie intégrante d'un autre genre également défini et dont la définition n'inclut pas la sienne propre, si même elle ne l'exclut pas formellement comme dans le cas des contradictoires, et que, si une communication peut s'établir entre des genres différents, ce ne peut pas être par où ils diffèrent effectivement, mais seulement par le moyen d'un genre supérieur dans lequel ils rentrent également l'un et l'autre. Une telle conception de la continuité, qui aboutit à supprimer non pas seulement toute séparation, mais même toute distinction effective, en permettant le passage direct d'un genre à un autre sans réduction à un genre supérieur ou plus général, est proprement la négation même de tout principe vraiment logique; de là à l'affirmation hégélienne de l'"identité des contradictoires", il n'y a qu'un pas qu'il est peu difficile de franchir."
 

Dans le même livre, Guénon écrit un peu plus loin, à propos de cette théorie hégélienne de l'identité des contradictoires:

"...autant vaudrait dire que la négation de la logique est la logique même."

Mais Guénon avait déjà aborder le cas de Hegel dans L'Erreur spirite, dans le chapitre consacré au satanisme:

Code:
(...) en ce sens (...) on peut, par exemple, regarder comme satanique, dans une certaine mesure, toute théorie qui défigure notablement l'idée de la Divinité; et il faudrait ici placer au premier rang les conceptions d'un Dieu qui évolue et celles d'un Dieu limité; d'ailleurs les unes ne sont qu'un cas particulier des autres, car, pour supposer qu'un être peut évoluer, il faut évidemment le concevoir comme limité (...). Tout "immanentisme" soumet, plus ou moins ouvertement, la Divinité au devenir; cela peut ne pas être apparent dans les formes les plus anciennes comme le panthéisme de Spinoza, et peut-être même cette conséquence est-elle contraire aux intentions de celui-ci (il n'est pas de système philosophique qui ne contienne, au moins en germe, quelque contradiction interne); mais, en tout cas, c'est très net à partir de Hegel, c'est-à-dire, en somme, depuis que l'évolutionnisme a fait son apparition, et, de nos jours, les conceptions des modernistes sont particulièrement significatives sous ce rapport.  
Donc, "C'est très net à partir de Hegel.", on peut parler de satanisme, et si l'on considère l'autre origine du marxisme qui est le sabbatéisme, on peut dire que la convergence de deux courants distincts, au moins en apparence, est assez suggestive.
Revenir en haut
Condottiere



Inscrit le: 24 Juil 2008
Messages: 9
Localisation: Empire Romain
Masculin

MessagePosté le: Lun 28 Juil - 16:02 (2008)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire Répondre en citant

Bonjour à tous, et merci à Edgar & Lutfi, qui m'ont répondu.


Cher Edgar,
C'est à mon tour d'être en accord avec la plupart de vos propos, notamment ceux qui concernent l'imbrication du vrai et du faux dans le monde moderne, bien que de plus sages et de plus savants que nous soient sans aucun doute plus capables d'opérer la discrimination entre les deux. Je crois également qu'il n'y a pas de différence essentielle entre gauche & droite, de nos jours.
Je serai donc tenté de croire que notre désaccord se résume finalement à l'éternel conflit entre optimistes et pessimistes, car je suis, me semble-t-il, beaucoup plus réservé quant aux possibilités d'évolutions positives de notre monde. Vous dites par exemple:

Citation:

le développement occidental n’est pas viable, même à court terme, et que son extension à l’ensemble du monde risque de provoquer des cataclysmes dans un futur assez proche.

Or, je parviens à trouver encore de l'optimisme dans ces propos, quelques apocalyptiques qu'ils paraissent, car il me semble que cette extension est depuis bien longtemps effective, ce dont pourrait témoigner la colonisation et même, désormais, l'exploitation, des pôles Nord & Sud. Toutefois, cela ne saurait préjuger de possibilités de résistances et de différences réelles, partout où une forme traditionnelle se maintiendrait.
Il y aurait beaucoup à dire sur le mouvement du CPE ; il y aurait une belle herméneutique à faire, comme on dirait dans les universités ; et je pense qu'il n'y aurait pas grande difficulté à la faire servir aux analyses que j'ai proposées dans mon précédent message. En effet, vous parlez d'un désir d'une autre vie qui aurait été présent, ce en quoi on ne peut vous contredire : il suffit de penser au célèbre slogan : Un autre monde est possible. Mais, précisément, il me semble que toute l'impasse de ce que l'on nomme l'altermondialisme se trouve dans cet infixe -ter-, qui, en indo-européen, signifie l'alternative (ou ... ou), la binarité, donc le dualisme et le manichéisme : c'est leur monde contre le nôtre, le mal contre le bien. Je ne remets certes pas en cause la sincérité du désir de ces gens, mais je ne crois pas trahir leur pensée en affirmant que leur autre monde serait un monde plus juste, plus égalitaire &c. Or, à mes yeux, c'est précisément la lutte qui, depuis quelques siècles, a été menée au nom de ces valeurs, qui a conduit à la catastrophe. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets... Certes, il ne s'agit pas de contester en son essence le désir de Justice, mais celui de justice sociale, comme on dit, qui n'a de commun avec la Justice que le nom. Au reste, il y aurait beaucoup à dire sur ce que les modernes entendent concrètement par plus de justice, plus de solidarité : je crois qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour s'en rendre compte. Vivant pour ma part dans un milieu professionnel où l'on n'a que ces mots à la bouche, je peux vous assurer qu'il n'y a là qu'escroquerie. J'ai compris l'essence de la mentalité gauchiste le jour où je suis tombé sur cette phrase de Nietzsche (auteur, je le sais, condamnable) :


Citation:

"Parce que je suis une canaille, tu devrais en être une aussi". C'est avec cette logique-là qu'on fait les révolutions.


Quoiqu'il en soit, je ne crois en aucun cas à la thèse de la déviation du projet moderne, qui aurait été bon en ses principes ou à son origine, et qui serait devenu mauvais, à cause de je ne sais quoi. Il est, me semble-t-il, un développement logique de l'histoire de l'Occident, et il ne saurait donc y avoir de changement que par un reniement de tous les principes modernes. Enfin, je suis persuadé que, si l'on regarde objectivement le monde, et qu'on le juge en usant de critères modernes, l'on sera obligé de constater qu'il ne va pas si mal que cela. Où il deviendrait fondamental, pour le moderne, de s'occulter la fin de son histoire...



Cher Lufti,
Je ne comprends pas trop le sens de votre message, dans la mesure où il ne s'est jamais agi pour moi de faire de Hegel une référence, et encore moins d'en faire une référence traditionnelle. A cet égard, je vous invite à réfléchir au sens du pseudonyme que j'ai choisi : Hegel me semble un auteur très intéressant à étudier, non pas parce que je suis d'accord avec lui, mais parce qu'il m'apparaît de plus en plus comme le philosophe de la pensée moderne. L'hégélianisme me semble prégnant dans les mentalités, et il suffit d'ailleurs de voir quel est le plan canonique de la dissertation dans les écoles françaises, sans parler de la façon dont on conçoit l'Etat dans ce beau pays. Toutefois, si l'on parle de Soral, et que l'on est conséquemment conduit à parler de Marx, comment ne le serait-on pas à parler de leur maître ? Si l'on fait de l'hégélianisme un genre, alors le marxisme et le soralisme n'en sont que des espèces ; nous tomberions donc dans les inconséquences et les fautes de logique que condamne Guénon en refusant de s'intéresser à cet auteur.
Cela dit, les reproches que vous faites à Hegel par l'intermédiaire de Guénon sont incontestables : au-delà de la faute de logique, comment ne pas être frappé par les limites, et c'est peu dire, d'une philosophie qui est emplie de vanité, au sens classique comme au sens moderne de ce mot : prétention outrecuidante et ridicule au dépassement de la religion, historicisme, et, comme le dit Guénon, immanentisme ? D'ailleurs, il faut bien avoir conscience que ce dernier reproche n'est pas une découverte que Guénon aurait faite à propos de Hegel, mais bien un aspect fièrement assumé de la philosophie de ce dernier.
Mais l'hypothèse de la fin de l'histoire est-elle pour autant invalidée ? C'est elle qui m'intéresse, personnellement, plus dans la version qu'en donne P. Muray, d'ailleurs. Et c'est parce qu'elle est fondée chez Hegel sur cette Lutte pour la Reconnaissance qui semble de nos jours battre à nouveau son plein, mais sous la forme d'un théâtre d'ombre, que j'ai pris la peine d'exposer (mal) l'origine de la théorie hégélienne.
Il faudrait sans doute débarrasser cette hypothèse de son substrat hégélien, ce qui la transformerait ipso facto en une hypothèse davantage d'ordre esthétique (ce qu'elle est chez Muray) que d'ordre logique (ce qu'elle est, ou plutôt prétend être, dans l'immanence du système de Hegel). On pourrait dès lors parler de fin de l'occident, ou mieux, d'épuisement de l'occident ; ou encore de fin de l'hypothèse occidentale.
Revenir en haut
Lutfi
Invité





MessagePosté le: Lun 28 Juil - 19:21 (2008)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire Répondre en citant

Cher Condottiere, en citant ces passages de Guénon, je ne voulais bien entendu pas dire que la connaissance de Hegel soit inutile. Je pense seulement que ce sont des précisions importantes.
En ce qui concerne l'hypothèse de la fin de l'histoire, je ne vois pas trop quel sens lui donner. Effectivement, il y a déjà eu des civilisations qui sont arrivées à leur point d'arrêt, et on ne voit pas pourquoi il en irait autrement des autres: seule la Tradition Primordiale subsiste jusqu'au bout. Mais il est possible aussi que cette idée de "fin de l'histoire" vienne de données cycliques ou eschatologiques incomprises. Sous ce rapport, est-il utile de se référer à Hegel pour envisager une "fin de l'histoire"? Je ne le pense pas. Ne croyez-vous pas, au contraire que cela risque de créer des confusions à cause de certaines interprétations particulières à Hegel?
Revenir en haut
Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Ven 1 Aoû - 18:17 (2008)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire Répondre en citant

Cher Condottière,
 

Concernant l’optimisme et le pessimisme, je vous renvois à ce que Guénon en a écrit, notamment à la fin du Règne de la quantité. Le monde moderne tel que nous le percevons est une monstruosité, mais il a sa raison d’être d’un autre point de vue (point de vue que je n’ai pas la prétention d’avoir à ce jour, mais dont l’existence suffit à m’éviter le pessimisme) 
 

Au sujet du sens à donner à ce qui nous entoure, ALM avait écrit un message très intéressant ailleurs : http://vraishommes.frbb.net/la-plume-et-le-sabre-f35/une-pedagogie-derriere-la-democratie-t2912.htm?highlight=p%e9dagogie
 

Concernant le CPE et tous les mouvements « contestataires » actuels, Finkielkraut en avait fait une analyse pertinente :  http://www.dailymotion.com/relevance/search/finkielkraut%2Bcpe/video/x5w5z_finkielkraut-sur-le-cpe  (qui mériterait quelques remarques malgré tout : ce qu’il ne semble pas voir, c’est que le désastre dont il parle est inscrit dans le projet lui-même, et la « disparition des adultes » va plus loin que ce qu’il imagine).
 

« Un autre monde est possible » : on peut dire en effet que paradoxalement, le meilleur soutient dont jouit aujourd’hui le monde moderne vient de ses contestataires, du moins la majeure partie d’entre eux, puisqu’il s’agit la plupart du temps de proposer une surenchère dans le modernisme pour résoudre les problèmes… du modernisme. Mais encore faudrait-il que les contestataires en question aient les capacités de comprendre vraiment ce qui se passe, ce qui n’est pas le cas. Ce qu’il y a derrière tout ça, c’est le rêve, l’idéal… en un mot l’Utopie, ce qui n’est nulle part, qui ne sera jamais nulle part mais qui focalise toutes les forces des personnes qui pourraient se révéler anti-modernes. C’est à ce niveau là que la falsification historique joue aussi un grand rôle : le Moyen-âge serait considéré pour ce qu’il a vraiment été, cette obsession pour le « meilleur à venir » perdrait sans doute de sa force. Il y aurait par exemple des choses très intéressantes à dire sur la quasi-absence de révoltes paysannes au Moyen-âge, et sur la nature des révoltes qui ont lieu aux XIVe et XVe siècles.
 

Pour en revenir à la « fin de l’Histoire », je me suis rendu compte en relisant le fil que les choses n’étaient pas très claires. Pour moi, on entend par « fin de l’Histoire » l’aboutissement d’un supposé « progrès de l’humanité », ce qui pour des lecteurs de Guénon n’a pas le moindre sens.
Ce que l’on peut craindre, avec Orwell, c’est que l’Histoire en vienne à se « figer » dans un système autoproclamé et considéré comme « la fin ». Cela dit, le monde moderne n’a rien de stable et ne pourra jamais accéder à un quelconque équilibre. Ce qui a permis son maintien jusqu’ici, c’est la fuite en avant, mais celle-ci ne pourra pas durer éternellement. Les choses se sont prodigieusement accélérées dans la seconde moitié du XXe siècle, et les décennies qui viennent pourraient bien constituer non pas la « fin de l’histoire », mais la fin de cette sombre page d’histoire qui nous a vu naître. Muray est peut-être resté un peu trop ancré (si l’on peut dire) dans l’actualité pour se placer sur le long terme et constater que ce qu’il a condamné ne peut en aucun cas perdurer.
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:00 (2017)    Sujet du message: Hegel, Kojève, Muray & la fin de l’histoire

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Tradition et Modernité Index du Forum -> Forums -> Histoire Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2017 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com