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Michel Vâlsan
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Mar 11 Nov - 20:37 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

J'aimerais, pour le moment, rappeler brièvement ici l'origine de la discussion sur M.Vâlsan. C'est Lutfî qui a ouvert le débat dans son message du 20 Sept. Après avoir fait la louange des qualités de cet auteur il a posé,en gros, la question suivante: M.Vâlsan est-il aussi fidèle à R.Guénon qu'il le prétend? Puis, directement, il a affirmé que, sur un point central - le commentaire des derniers versets de la "Fâtihah" - il y avait contradiction entre ce que dit R.Guénon au chap. 25 du "Symbolisme de la Croix" et la traduction d'un commentaire de al-Qâshânî présenté par M.Vâlsan aux "Etudes Traditionnelles". Il a immédiatement insisté sur l'incompatibilité de la position de M.Vâlsan et la notion guénoniene d'"accord sur les principes" puisque, selon lui, M.Vâlsan établissait que les Juifs et les Chrétiens étaient "ceux sur qui est la Colère" et "les égarés"alors que R.Guénon, de son côté, estimait qu'il s'agit d'une interprétation exotérique contestable. Ce faisant, Lutfî a jeté le trouble chez les intervenants qui, au départ, l'on cru sur parole pour ce qui concerne le contenu du texte de M.Vâlsan. Dans la suite de ses interventions Lutfî, il faut y insister, sur la base de ce que nous venons de rappeler, a lancé des accusations graves contre M.Vâlsan. Nous donnons quelques extraits auxquels chacun pourra se reporter pour le détail:
-(20 Sept.): "interprétation étroite et non métaphysique que M.Vâlsan..." ( deux fois dans le même message);
-(21 Sept.): "interprétation fautive de la "Fâtihah"", "ne tient aucun compte de ce qu'a écrit Guénon mais le contredit même directement... s'il s'agit d'un oubli ou d'une opposition consciente", "l'attitude de Michel Vâlsan correspond au prosélytisme le plus classique et le plus ordinaire ("notre religion est la seule vraie, les autres sont fausses"), ou plutôt le serait si il ne se réclamait pas de Guénon" (sic) ;
-(21 Sept.): "assimiler les Chrétiens aux "égarés", c'est bel et bien, lorsqu'on se réclame de Guénon, nier l'accord sur les principes.";
- (22 Sept.): "Michel Vâlsan a eu une vision "simpliste" de certaines formes de l'orthodoxie", "ce je considère comme une imposture, c'est de présenter l'oeuvre de Michel Vâlsan comme une "continuation fidèle" de l'enseignement de Guénon."
Le message de Lutfî, du 23 Sept. qui suit la mise en ligne, par QAF_181, le 22 Sept. des passages de M.Vâlsan incriminés, nous semble quelque peu "embarassé", mais à aucun moment il ne dit qu'il s'est trompé: il avance seulement "j'espère que nous pourrons continuer cet échange en tenant compte effectivement des nuances du texte de Michel Vâlsan". Il n'insiste par sur ces "nuances" et pour cause: le texte de M.Vâlsan va totalement à l'encontre des accusations qu’il avait portées contre lui: ce travail est une merveille de recherche d'accord sur les principes! La fin de son message est ambiguë "Mais même si nous ne pouvions avancer plus dans cette question, cela ne prouverait pas que celle-ci est terminée". Suggérerait-il qu'il faut passer à autre chose, au moment même où sa lecture fautive est remise en cause?
- (23 Sept.) "Et je maintiens qu'il y a un problème en ce qui concerne l'interprétation de la "Fâtihah";
- (28 Sept.) "ces contradictions (entre M.Vâlsan et R.Guénon proviennent) d'une substitution du point de vue religieux au point de vue métaphysique"
- "... s'il n'y a pas de la part de Michel Vâlsan la volonté délibérée d'occulter l'enseignement métaphysique de Guénon...".
Notre intervention présente n'est qu'un rappel destiné à faire le point sur cette question précise. J'ai pu constater que je n'étais pas le seul à avoir ce point de vue et tous ceux, nombreux, qui ont essayé de ramener Lutfî à une lecture logique du texte de M.Vâlsan et de son oeuvre en général ont pu se rendre compte de son entêtement. C'est le moment de rappeler, pour reprendre une formule célèbre en l'adaptant, que l'hétérodoxie n'est pas dans l'erreur mais dans l'entêtement dans l'erreur.
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MessagePosté le: Mar 11 Nov - 20:37 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Ab



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MessagePosté le: Mar 11 Nov - 23:38 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Merci, cher as.samarkandi, ce "bilan" sera surement utile à ceux qui n'ont pu suivre les échanges depuis le début ou qui resteraient troublés.

Maintenant, comme le suggérait la fin de mon dernier message, je propose de "réintroduire" le sujet afin d'évoquer les grandes lignes de son travail ce qui, en plus de démontrer "positivement" sa fidélité à l'orthodoxie traditionnelle, pourrait s'avérer utile à celui qui chemine...

je remets à ce titre une partie du premier message d'ALM qui servira d'introduction :


"lorsque nous parlons de M. Vâlsan, nous parlons d'un homme remarquable, pour dire le moins. Né en 1907 en Roumanie, ce chrétien orthodoxe choisit, à la lecture de R. Guénon, d'embrasser l'Islam et de rejoindre définitivement la France. Étant doué pour les langues, il parvint à maitriser l'arabe rapidement et entreprît ainsi la traduction de grands textes du soufisme, et tout particulièrement ceux de l’œuvre du plus grand des maîtres de l'Islam (ash Shaykh al Akbar) S. Muhyiddin Ibn 'Arabi, textes réputés fort difficiles à comprendre, même pour certains arabes. A côté de cela, il est aussi l'auteur d'un certain nombres d'études, parmi lesquelles on mentionnera L'Islam et la fonction de R. Guénon, Les derniers hauts grades de l'Ecossisme, L'initiation chrétienne, Le triangle de l'androgyne et le monosyllabe Om, A propos de l'Hésychasme, ou encore Le Coffre d'Héraclius et la tradition du Tâbût adamique (cf. http://www.leturbannoir.com/michel_valsan/publications_michel_valsan/textes….

En parallèle, Muçtafa 'abdu-l-'Azîz se rattache à une voie soufie algérienne, la 'Alawiyya, par l'intermédiaire de F. Schuon, et sera par la suite investi par lui de la fonction de moqqadem, de représentant de la Voie, sur Paris. Suite aux déviations manifestes de Schuon sur le plan de la transmission, Vâlsan se sépare de lui et part pour Tunis ; là-bas, il recevra enfin l'autorisation de représenter une branche tunisienne de la Shadhiliyya, et de nombreuses personnes viendront ainsi se rattacher à lui. On rappellera à ce titre quelle était la condition d'un rattachement auprès de lui : "Dorénavant, je rattacherais quiconque me le demande, mais il y aura un prix à payer : aimer Dieu et Son Prophète, et pas l'initiation". M. Vâlsan meurt subitement en 1974, sans laisser aucun successeur derrière lui."


Dernière édition par Ab le Mar 6 Oct - 14:10 (2015); édité 1 fois
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 02:37 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher Ab,
Je ne sais pas ce que ALM a voulu dire pour les déviations de Shuon "sur le plan de la transmission". S'il s'agit de la transmission initiatique à proprement parler, il n'y a aucun doute sur la régularité de ce qu'a reçu Schuon. Sur la question de sa fonction de "moqaddem", beaucoup de choses contradictoires sont rapportées; ce qui me semble le plus important c'est que ni R.Guénon, ni M.Vâlsan, à aucun moment, n'ont mis en doute la régularité de cette fonction. Dans de nombreuses lettres publiées sur Internet on voit R.Guénon orienter des postulants à l'initiation vers Shuon. Il en est de même de la prise d'indépendance de ce dernier qui ne semble pas avoir été contestée ni par R.Guénon, ni par M.Vâlsan, mais qui a produit quelques "crispations" de l'autre côté de la Méditerranée. Il ne faut pas se voiler la face: ceux qui attaquent F.Schuon sur toutes ces questions de "régularité" en profitent pour mettre M.Vâlsan en difficulté - puisque cela impliquerait que lui aussi, en tant que disciple et "moqaddem", serait "irrégulier" - mais aussi R.Guénon qui a authentifié tout cela. Cette question même de régularité demanderait, à elle seule, des développements conséquents, car on s'en fait généralement une idée assez simpliste.
Si l'on en croit quelques documents qui ont été mis en ligne, en italien notamment, les problèmes qui ont surgi dans la "tarîqah" de Schuon ressortent plutôt à des questions de "méthode" initiatique peu en adéquation avec la voie régulière du "taçawwuf", et cela à cause d'inssuffisances au regard de la formation et de la doctrine. De plus, de graves divergences sont apparues entre R.Guénon et F.Schuon sur certaines questions importantes, comme celle de l'initiation chrétienne. C'est M.Vâlsan qui s'est occupé de ce problème, sans doute encouragé directement par R.Guénon. Quelques intervenants ont rappelé la prudence publique et privée de M.Vâlsan pour tout ce qui concernait F.Schuon avec lequel il était néanmoins en désaccord. F.Schuon, je pense, n'était pas le premier venu.
Cependant, il aurait été normal et justifié que les guénoniens capables de le faire, répondent sans ménagement aux critiques de F.Schuon contre R.Guénon publiées dans "Les Dossiers H", en 1984. Je pense que F.Schuon n'aurait jamais osé pulier ce texte du vivant de M.Vâlsan.
Pour en revenir à M.Vâlsan plus spécialement, je crois qu'il faudrait évaluer sérieusement la situation dans laquelle il s'est trouvé avant de juger certaines orientations de son oeuvre. Je n'en tracerai que quelques lignes qui peuvent servir de base pour une réflexion future: c'est un guénonien convaincu qui, après son rattachement, a dû s'opposer à F.Shuon, son maître, pour les raisons que j'ai résumées plus haut. Il est le seul, à cette époque en Occident, à comprendre réellement l'Oeuvre du Scheikh al-Akbar, et l'Islâm est considéré alors, dans le même Occident, comme le parent pauvre des trois traditions dites "abrahamiques", voire même comme "quantité négligeable". Il avait de plus à s'occuper de diciples. Si l'on considère son oeuvre par rapport à toutes ces difficultés, on peut affirmer sans retenue que son passage en ce monde n'aura pas été vain pour nous tous, c'est le moins qu'on puisse dire!
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Ab



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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 21:20 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher as.samarkandi,

sachez que suite aux mêmes interrogations que vous sur le terme "transmission", j'ai demandé des précisions à ALM qui m'a affirmé qu'il parlait bien de toutes les questions de trasmission de la doctrine et de methode employée.
Il ne remet pas du tout en cause la régularité de son rattachement ni de sa fonction de moqaddem.
Il dit y revenir dès qu'il le pourra.
Merci pour votre apport
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Mer 12 Nov - 22:59 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher Ab, cher ALM,
Je vous remercie de vos précisions concernant ce qui a été évoqué quant à la transmission de Schuon, et vos réponses me rassurent tout à fait. Je le suis moins par ce que je lis de Lutfî sur la question des divergences qu'il veut à tout prix établir entre R.Guénon et M.Vâlsan. Dès que j'aurai le temps je regarderai cela de plus près car il me semble qu'il y a là dedans des erreurs de lecture assez graves. J'espère qu'il ne s'agit que d'erreur de lecture.
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Ven 14 Nov - 18:47 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Comme je l’avais annoncé, je reviens systématiquement sur les accusations que Lutfî a portées contre Michel Vâlsan.
Dans un message du 21 Sept. Il rapporte une parole de celui-ci qui aurait dit : « Dorénavant, je rattacherai quiconque me le demande, mais il y aura un prix à payer : aimer Dieu et Son Prophète, et pas l’initiation. » Ma première remarque concerne la forme. Tous ceux qui ont fréquenté les milieux dits « vâlsaniens » savent que M.Vâlsan, s’il a vraiment dit cela, a certainement employé le Nom Allâh et pas « Dieu », si cette phrase a été dite « en interne ». Deuxièmement, un certain nombre de disciples de M.Vâlsan ont rapporté des propos de lui qui ressemblent, par le sens, à ce qui est rapporté ici, sans pour autant coïncider sous tous les rapports. Ensuite, je trouve que les réponses apportées aux accusations de Lutfî par l’intervenant « administrateur » le 21 Sept. sont tout à fait pertinentes : on peut fort bien trouver à ces paroles un sens spirituel, compte tenu des circonstances dans lesquelles elles ont pu être dites et en fonction d’un certain environnement. Nous savons tous très bien, pour en avoir rencontré, qu’il existe beaucoup de gens influencés par l’œuvre de R.Guénon qui passent leur vie à collectionner des « médailles » et des « titres » fonctionnels « initiatiques ». Les références coraniques sur le « prix à payer », le « rachat », et j’ajouterai le « prêt », sont bienvenues dans ce contexte.
J’ai questionné un « ancien » de la « tarîqah » de M.Vâlsan sur le sujet. Il m’a répondu qu’il n’avait jamais entendu cela, mais que « c’étaient des paroles de grande sagesse. » Selon lui, elles reviennent à dire « qu’il ne faut pas confondre le but et les moyens » ; ce que la plupart des lecteurs et intervenants de ce site, je suppose, avaient compris.
Parmi les phrases attribuées à M.Vâlsan et concernant les candidats à l’initiation je vous en livre deux que j’ai jadis entendues de la bouche de disciples ou de gens qui l’on connu, sans pourtant en garantir la forme exacte.
La première insistait sur le fait que « si l’on venait à lui pour l’Islam seulement, on pouvait aller à la Mosquée… », ce qui prouve sans détour qu’on ne devait s’adresser à lui que dans un perspective initiatique.
La deuxième indiquait « qu’il recevrait toute personne connaissant bien la distinction entre le Soi et le moi », point essentiel, on le sait, de la doctrine exposée par R.Guénon. Cela devrait rassurer Lutfî.
Convenons que ces deux dernières phrases enlèvent toute ambiguïté sur la perspective initiatique de M.Vâlsan, ambiguïté qui ne vient que des réactions de Lutfî. De plus, elles ne sont pas en contradiction avec la phrase dont il était question plus haut : tout est affaire de point de vue et de compréhension.
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Sam 15 Nov - 02:31 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Dans un message du 28 sept. Lutfî dit : « La réception de l’œuvre de Guénon en milieu islamique ne paraît avoir posé aucun des problèmes que suggérait Michel Vâlsan. »
Cette réception n’a pas posé de problème, en effet, auprès des intellectuels habitués à la « culture » occidentale et qui étaient eux-mêmes en recherche spirituelle. C’est d’ailleurs pour ce cas précis que M.Vâlsan prévoyait le moins de difficulté. Pour les autres il y a plusieurs cas à envisager. Une grande part de ceux qui connaissent le Scheikh ‘Abd al-Wâhid de réputation le considèrent éventuellement comme un saint, un « walî », grâce à ce qu’ils connaissent de sa vie et parce que, par son intermédiaire, beaucoup d’occidentaux se sont convertis. Mais ils n’ont jamais lu son œuvre. Ces gens peuvent, pour un grand nombre, être rattachés au « taçawwuf » et appartenir au peuple. Ils seraient sans doute effrayés si on leur lisait certaines parties de l’œuvre de R.Guénon. Une autre situation est celle d’intellectuels musulmans initiés qui ont eu accès à tout ou partie de l’œuvre écrite. Tout en étant admiratifs en général, certains se sont assimilés le fond de l’œuvre plus que d’autres, et même s’ils ont travaillé à répandre l’influence de R.Guénon – voire à se servir de lui dans un but de rénovation traditionnelle – ils sont restés, en général, très discrets sur certains sujets traités par R.Guénon (je pense à la tradition hindoue, à la Maçonnerie etc.) Au fond, c’est sa critique du monde moderne qui a frappé les esprits. Lorsqu’on lit « Un soufi d’Occident », on remarque que ‘Abd-al-Halîm Mahmûd, homme vénérable par ailleurs, reste dans une certaine « prudence » pour tout ce qui concerne les aspects non islamiques des travaux de R.Guénon. Si l’on envisage maintenant les quelques rares cas de savants dans la doctrine d’Ibn Arabî appréciant les écrits de R.Guénon, ils faut dire qu’ils sont presque tous admiratifs des travaux de M.Vâlsan, et c’est souvent grâce à la présentation qu’en a fait celui-ci et à sa réputation spirituelle que R.Guénon leur a été abordable.
D’une manière plus générale, Lutfî n’a pas compris que l’œuvre de R.Guénon présente une particularité remarquable : elle permet de comprendre toutes les doctrines traditionnelles (ce qui fait d'elle "le miracle intellectuel dont a parle M.Vâlsan), mais elle a besoin d’être présentée correctement vis-à-vis de chacune d’entre elles. On dirait qu’il n’a rien lu de ce que les "spécialistes" en tout genre - incompétents ou compétents - ont opposé à certaines présentations guénoniennes doctrinales ne semblant pas coïncider avec leurs propres doctrines traditionnelles. M.Vâlsan, lui, avait prévu cela dès le début pour l’Islam et a fait le travail nécessaire.
M.Vâlsan a dit que R.Guénon puisait « ses certitudes fondamentales directement à la source principielle » ; ce faisant il définit R.Guénon comme une sorte de « fard » absolument universel ne dépendant, au départ, d’aucune tradition particulière. Cette remarque est fondamentale pour comprendre l’œuvre de R.Guénon dans ses relations avec chaque tradition et pour adopter la « technique » de lecture adéquate de l’ensemble. Nous y reviendrons en abordant d’autres sujets évoqués dans cette rubrique.
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Sam 15 Nov - 19:12 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Dans un message du 30 Sept. Lutfî écrit :
« Mais puisque vous abordez la question de la traduction de « L’Homme et son devenir selon le Vêdânta » en arabe, il faut signaler qu’elle fut demandée par Guénon à Michel Vâlsan, et que ce dernier refusa de le faire. Pour ceux qui savent que Guénon était ce que la tradition hindoue appelle un « Guru », cela peut difficilement être considéré comme un signe favorable pour Michel Vâlsan. »
Après avoir jeté le trouble, Lutfî continue : « Cependant il est difficile de parler de cette question tant que la correspondance entre Guénon et Vâlsan n’aura pas été publiée », ce qui annule toute l’affirmation précédente, car il s’agissait bien d’une affirmation, accompagnée de plus d’un commentaire déplaisant à l’égard de Michel Vâlsan, commentaire tout aussi affirmatif.
Il semble qu’il y a là une de ces confusions grotesques due à des transmissions d’information frelatée. On ne voit pas bien quel intérêt direct il pourrait y avoir à traduire « L’Homme et son devenir selon le Vêdânta » en arabe et qui, du côté islamique, serait prêt à lire un tel ouvrage, tel quel. Lutfî ne comprend pas que, comme nous l’avons dit dans un message précédent l’œuvre que de R.Guénon a besoin d’être « présentée » dans certains milieux traditionnels authentiques pour être bien comprise.
En fait, cette histoire pourrait bien provenir d’un projet de Michel Vâlsan de traduire (en français évidemment) « At-Tadbirât al-ilâhiyyâh fî içlâh al-mamalakah al-insâniyyah », « Les actes de gouvernement divin pour la bonne marche du royaume humain » dont le sujet, selon Michel Vâlsan « est en réalité une sorte d’équivalent doctrinal islamique de l’ « Homme et son devenir selon le Vêdânta » de rené Guénon. » Traduction qui, selon lui, « est propre à montrer la parfaite concordance des doctrines islamiques et hindoues sur la constitution de l’être humain et sa signification spirituelle. » (« Textes du ‘Taçawwuf’ sur le maître et le disciple » ET.n°370, p. 37 et note 1). A la lecture de cette dernière phrase, il est tout à fait possible que, dans ce cadre, Michel Vâlsan ait projeté de faire des renvois au texte de R.Guénon et d’établir des correspondances entre les deux traditions (conformément au fameux « accord sur les principes »). Un travail en arabe sur ces textes, bien que possible, ne paraît avoir jamais été évoqué du vivant de Guénon; si Lutfî a des précisions à apporter sur le sujet cela pourrait être intéressant pour tout le monde.
Pour de nombreuses raisons la « demande » de R. Guénon de traduire cet ouvrage et le « refus » de M. Vâlsan de le faire paraît être une de ces déformations lamentables dont on ne trouvera pas la source, comme par hasard…
Quant à la relation de maître (Guru) à disciple, telle que Lutfî l’entend dans son accusation, en l’appliquant au rapport entre R.Guénon et M.Vâlsan il sait très bien à quoi s’en tenir sur le sujet. Je note que parfois R.Guénon a des disciples et que parfois il n’en a pas !
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phalegtani
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MessagePosté le: Dim 14 Déc - 15:52 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher as-samarkandi,
Je vous signale que c'est Vâlsan qui appele Guénon "notre regretté Maître" dans les notes et annexes des "Symboles fondamentaux...".
En ce qui concerne la difficulté de traduire "L'homme et son devenir...", le problème réside principalement dans les arguments avancés par Vâlsan, je ne sais plus où. Je vous informe qu'il existe, depuis la moitié des années 90 un nombre grandissant d'arabes qui traduisent en français des textes du taçawwuf en se servant de la terminologie de Guénon, ce qui soit dit en passant, repose la question des intermédiaires.
Par ailleurs, il est possible que l'oeuvre de Guénon soit finalement partiellement traduite par des arabes chrétiens qui se penchent sur la question, bien que les conditions actuelles sont moins favorables qu'elles ne l'étaient à l'époque de Vâlsan.
Quoiqu'il en soit, la doctrine véhiculée dans "L'homme et son devenir ..." n'a probablement aucun équivalent chez Ibn Arabî. A titre d'exemple, l'expression "Identité suprême" qui se dit huwyatul-'ula en arabe, n'a pas encore trouvé son équivalent chez ceux qui se prétendent akbariens, mais il y a aussi dans ce livre, tout un ensemble de thèmes qui permettrait aux gens du taçawwuf de comprendre leur propre ésotérisme; et je pense en particulier aux rapports entre l'individualité et la personnalité ou encore à la distinction entre réintégration en mode actif et en mode passif.
Par ailleurs, le sujet traité dans ce livre est   en rapport avec le triangle de l'androgyne, mais aussi avec celui des mystères de la lettre nûn, ce qui lui confère une dimension cyclique bien postérieure au magistère d'Ibn Arabî. 
Enfin, et d'une façon générale, il faut se défier de la réthorique des successeurs de Vâlsan, car lorsqu'on les lit, ils donnent l'impression assez confuse qu'Ibn Arabî est venu après Guénon, alors qu'en réalité, c'est eux qui ont découvert le premier après le second. D'autre part, Vâlsan a écrit dans un contexte polémique, non seulement avec Schuon qu'il n'a jamais cessé de considérer comme un Sheikh dans sa correspondance, n'en déplaise aux âmes sensibles, mais aussi avec Reyor. Et le moins qu'on puisse en dire, c'est que c'est l'enseignement de Guénon qui en est la première victime.
Il se peut que je vous donne plus de détails ultérieurement, car à l'heure actuelle, tous mes écrits de Vâlsan sont entre les mains d'un maçon.
Je vous poserai seulement une question : Pourquoi Vâlsan insiste-t-il à ce point sur le rôle du coeur dans la tradition islamique, alors que tous les Ecrits de Regnabit pourraient être considérés comme un véritable traité sur le coeur. N'y aurait-il pas, de la part de Vâlsan un postulat anti-intellectuel, qui une fois de plus est lié à des contingences purement schuoniennes ?
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Lun 15 Déc - 16:37 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Je n'ignore pas que M.Vâlsan appelait R.Guénon "Maître" ou "vénéré Maître" dans sa correspondance; cela a été rendu public depuis un certain temps. Ce sujet a été souvent maladroitement abordé par ceux qui s'obstinent à ne pas voir toutes les nuances possibles contenues dans ces formules. Comme R.Guénon n’a jamais accepté de « disciples » au sens strict du terme et que M.Vâlsan le savait parfaitement, le terme « Maître », sous la plume de ce dernier, est à entendre dans un sens plus large et en particulier sur un plan purement intellectuel. C’est pourquoi, je trouvais illogique que l’on puisse reprocher à M.Vâlsan de ne pas avoir suivi un « ordre » de R.Guénon de traduire un de ses ouvrages !
Quand à la traduction de "L'Homme et son devenir selon le Vêdânta", il s'agit d'une traduction qui part du français vers arabe et le fait "qu'il existe, depuis la moitié des années 90 un nombre grandissant d'arabes qui traduisent en français des textes du taçawwuf en se servant de la terminologie de Guénon" n'a rien à voir avec le problème posé ci-dessus, car ce n'est pas pour cela que cette terminologie ne demande pas à être adaptée lorsqu'il s'agit de passer du français, exprimant des doctrines hindoues de surcroît, à l'arabe. D'autre part, vous simplifiez, je crois, un peu trop les choses. Si l'on s'en tient, par exemple, à l'expression de la seule métaphysique, chez les traducteurs arabes dont vous parlez et sans leur enlever leurs mérites, il est très rare qu'apparaissent littéralement des notions fondamentales de l'expression guénonienne comme celles d'"Infini " de "Possibilité universelle", de "Non-Être",de "zéro métaphysique" etc. Bien entendu, ce que recouvrent ces notions se trouve dans la doctrine islamique, mais il y a encore une certaines "réticence" à les employer telles quelles, et ceci même chez les traducteurs occidentaux formés par les idées de R.Guénon.
Vous avez raison de constater que ces traductions seraient encore plus difficiles à accepter à l'heure actuelle du côté islamique où les "salafistes" exercent une énorme pression sur les milieux mêmes du "taçawwuf", qui prennent toutes les précautions possibles pour éviter des conflits qui peuvent très vite devenir violents. Cependant, du temps de M.Vâlsan, les lecteurs musulmans capables d'accepter toute l'oeuvre de R.Guénon sans restriction étaient fort peu nombreux. Lorsque vous dites:
"Quoiqu'il en soit, la doctrine véhiculée dans "L'homme et son devenir ..." n'a probablement aucun équivalent chez Ibn Arabî. A titre d'exemple, l'expression "Identité suprême" qui se dit huwyatul-'ula en arabe, n'a pas encore trouvé son équivalent chez ceux qui se prétendent akbariens.", cela demande quelques éclaircissements, c'est le moins qu'on puisse dire !
Tous ceux qui ont quelque expérience de lecture d'Ibn 'Arabî vous diront que sur la première de vos affirmations vous vous trompez. Sur la notion d'"Identité suprême", je serais très curieux que vous nous présentiez une seule référence d'un maître du "taçawwuf" reprenant l'expression "Huwiyyatu-l-'ulâ". Si elle est absente du vocabulaire courant du "taçawwuf" et qu'elle provient directement de R.Guénon et si, de plus, elle n'est pas une simple traduction que tout arabisant peut tirer d'un dictionnaire, elle prouve tout à fait ce que je dis depuis le début en me référant à M.Vâlsan: R.Guénon a besoin d'être présenté en milieu islamique.
A propos de l'"Homme et son Devenir..." vous dites aussi:
"...mais il y a aussi dans ce livre, tout un ensemble de thèmes qui permettrait aux gens du taçawwuf de comprendre leur propre ésotérisme; et je pense en particulier aux rapports entre l'individualité et la personnalité", comme si la distinction entre le serviteur et le Seigneur n'était pas au centre de toutes les doctrines du "taçawwuf"!
J'avoue que je ne saisis pas du tout ce que vous voulez dire par:"Enfin, et d'une façon générale, il faut se défier de la rhétorique des successeurs de Vâlsan, car lorsqu'on les lit, ils donnent l'impression assez confuse qu'Ibn Arabî est venu après Guénon, alors qu'en réalité, c'est eux qui ont découvert le premier après le second."
Vous écrivez aussi: "D'autre part, Vâlsan a écrit dans un contexte polémique, non seulement avec Schuon qu'il n'a jamais cessé de considérer comme un Sheikh dans sa correspondance, n'en déplaise aux âmes sensibles, mais aussi avec Reyor. Et le moins qu'on puisse en dire, c'est que c'est l'enseignement de Guénon qui en est la première victime. "
Vous semblez oublier que ce « contexte » s'étendait à R.Guénon lui-même et que s'il n'avait pas répondu à certaines polémiques "sournoises", vous n'auriez pas bénéficié de certains de ses articles -sur l'initiation en particulier- qui semblent si indispensables maintenant. Ceci dit, je suis d'accord avec vous pour dire qu'évoluer dans la concorde générale semblerait plus profitable, mais il y a eu certainement un bien dans tout cela qui semblait, avec du recul, inévitable.
La question de la doctrine du coeur chez M.Vâlsan est assez simple à résoudre: il s'est conformé entièrement, intellectuellement et au point de vue de la technique initiatique, à la doctrine d'Ibn 'Arabî. Ce qu'il a dit sur le sujet, et qui se trouve dans "L'Islam et la Fonction de René Guénon" et dans un texte très riche comme "L'intellect et la Conscience" demande à être étudié dans le détail, ce que n'ont pas fait ceux qui se sont lancés dans une polémique sur ce point. Il faut rappeler aussi que dans le premier texte cité il conclut :" Il n'y a aucune divergence profonde entre les deux types de spiritualité dont nous avons parlé, l'intellectuel et le religieux, et que de plus, c'est la méthode de René Guénon lui-même qui permet d'en retrouver l'accord réel." (p.24). A ce sujet d'ailleurs, un autre intervenant de ce forum s'était mis en tête que M.Vâlsan négligeait la tradition hindoue; c'est avoir une vision très spéciale des écrits de ce maître qui s'est efforcé de montrer le complémentarisme entre cette tradition et la tradition islamique jusque dans les conditions de fin de cycle. Il faut remarquer d'ailleurs qu'aucun de ses disciples n'a expliqué clairement et « techniquement » certaines de ses affirmations concernant ce complémentarisme.
Quant à parler de "postulat anti-intellectuel" de la part de M.Vâlsan, c'est grotesque, toute son oeuvre prouve qu'il était lui-même un intellectuel d'une envergure peu commune, et pas seulement dans le domaine islamique! S'il a dénoncé, pour des questions de doctrine et de méthode un certain "intellectualisme" c'est pour les mêmes raisons qui ont poussé R.Guénon à se méfier du mental qui, pourtant, peut être identifié au Principe dans l'hindouïsme.
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phalegtani
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MessagePosté le: Lun 15 Déc - 20:19 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher as-samarkandi,
Je veux bien reconnaître que vous n'avez pas totalement tort, mais je ne vois pas comment traduire Atmâ en arabe autrement que par Atmâ.
Guénon a montré que sa terminologie spécifique était aisément transposable quand il écrivait en arabe, et je veux bien seulement admettre que ce n'est pas chose aisée. Il me semble d'ailleurs qu'il emploie l'expression "possibilité universelle" dans cette langue. Les autres exemples que vous mentionnez ne me paraissent pas insurmontable, si on ne considère pas le non-être comme du "néant", et cela même si Ibn Arabî l'emploie parfois dans ce sens.
En abordant la question de l'"identité suprême", je voulais seulement signifier que la résolution de cette difficulté résidde peut-être dans la doctrine du Soi en arabe, mais on a tôt fait de décreter que ce n'était pas dans la terminologie d'Ibn Arabî, sans chercher à aller voir plus loin.
La conception de la "personnalité" évite de considérer le Principe comme étant "extérieur" à l'être, d'ailleurs, à la place de "Personnalité divine", Michel Vâlsan emploie l'expression "fonction divine", ce qui d'un point de vue initiatique n'est pas très didactique. Du reste, pourriez-vous me citer chez Guénon une distinction similaire à celle établie par Vâlsan entre "religieux et intellectuel"? Et de grâce,ne me parlez pas de "tradition révélée" car Guénon assimile celle-ci à la métaphysique.
La doctrine du coeur est assez simple en Islam, mais alller dire cela à Gilis qui en fait un véritable dogme ! La doctrine du coeur est très claire chez Guénon, pourquoi la compliquer ?
Pour vous dire la vérité, je ne comprends pas les subtilités vâlsaniennes sur la conscience et l'intellect, ni la polémique provoquée par la traduction du Prashna Upanishad. Quand on lit ce traité, pq faudrait-il s'encombrer des propos de Vâlsan ?
Vous me faites bien rire avec vos insinuations sur les affirmations de Vâlsan concernant le complémentarisme des deux traditions hindoue et musulmane. Il me semble que toutes les affirmations de Guénon à la fin de l'année 37, au début de l'année 39 et surtout toute l'année 38; me paraissent autrement plus considérables. C'est peut-être cela qu'il fallait expliquer clairement et "techniquement" ! Surtout de la part de celui qui a recueilli les articles concernés.
Ce n'est pas parceque un Maître à une fonction de "guidance" qu'il plus d'importance que ceux qui n'en ont pas ...
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as.samarkandi



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MessagePosté le: Mar 16 Déc - 01:39 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher Phalegtani, je suis tout à fait d’accord avec vous que l’expression de la doctrine établie par R.Guénon est toujours, d’une manière ou d’une autre transposable dans les autres traditions, mais il faut bien voir que ce Maître a du faire des choix difficiles pour sa terminologie qui devait correspondre à une présentation purement intellectuelle en tenant compte du contexte cyclique. On voit, par exemple dans sa correspondance avec Coomaraswamy, qu’il a des hésitations à employer tel ou tel terme ; alors qu’en principe celui-ci pouvait convenir, il s’est obligé à l’écarter pour des raisons contingentes. Il est évident qu’il a écrit pour l’homme de ces temps quelle que soit l’origine de ce dernier. C’est ainsi que même s’il a signalé la validité technique ou les transpositions possibles de telles ou telles expressions, il a considéré parfois celles-ci dans un sens restreint, ce qui lui a valu des critiques injustes quand on sait le miracle intellectuel qui s’est manifesté à travers sa fonction. On pourrait donner beaucoup d’exemples comme ceux de « vie », de « mental », de « raison », de « mystique » et même de « morale » dont il a retenu plutôt les limites que les aspects supérieurs. Il n’y a pas d’ailleurs, comme on le croit souvent, que des spécialistes des traditions « monothéistes » qui l’ont attaqué sur ce point, mais aussi des spécialistes de la tradition hindoue, qui n’ont pas compris que sa fonction dépassait le cadre de toute tradition quelle qu’elle soit.
Vous prenez un bon exemple – celui d’Âtma - pour aborder les traductions d’une tradition à l’autre. Ce mot, en sanskrit, désigne non seulement le pronom réfléchi « soi », « soi-même » mais aussi l’idée de « souffle » et de « respiration », il indique aussi l’idée d’un principe d’unité d’un ensemble. Il pourrait être tentant de le traduire en arabe par « nafs » qui a les mêmes sens et sous un certain rapport, il y a coïncidence effective entre les deux termes pour certains aspects de l’être. Allâh s’applique aussi ce terme « nafs » pour se désigner Lui-même. On peut faire des constatations semblables pour le terme « Rûh », Esprit, que R.Guénon a parfois retenu pour traduire Âtma -avec quelques précautions- à cause de l’idée de « souffle ». Cependant, pour parler du « Soi » divin on emploie plutôt le pronom « Huwa » « Lui » et, pour exprimer le Soi envisagé par rapport à un être, on retiendra le terme « sirr », secret, ou d’autres équivalents. A y regarder de près, d’ailleurs, la terminologie de R.Guénon lui-même est plus compliquée et subtile que ne se l’imaginent souvent ceux qui n’ont pas été confrontés à ces problèmes de traduction. Donc, il est possible de rendre Âtma en arabe à condition d’identifier au plus juste le sens de ce mot que l’on veut rendre. Je vous rappelle que les « disputes » historiques entre les maîtres hindous et bouddhistes tournent pour beaucoup autour de la signification à apporter à ce terme. Si le sujet vous intéresse vous pouvez vous rapporter au livre de Michel Hulin « Comment la philosophie indienne s’est-elle développée ; la querelle brahmanes-bouddhistes » qui, bien que présenté un peu trop « philosophiquement », comme son titre l’indique, est d’un intérêt certain.
Quant aux « subtilités vâlsaniennes » sur « l’Intellect et la Conscience », je vous assure que cela vaut la peine d’insister pour les saisir et en particulier pour comprendre comment s’articule la doctrine de la connaissance chez R.Guénon, par rapport à d’autres doctrines, y compris la doctrine hindoue. L’article qui porte ce titre est au centre de la question de la terminologie qu’a du mettre en place R.Guénon. Comme je l’ai dit ailleurs sur ce forum, la lecture des textes de M.Vâlsan peut paraître inutile aux guénoniens qui participent à d’autres traditions que l’Islam, mais se serait dommage de s’en priver, comme il est dommage pour un musulman guénonien de laisser de côté certains travaux qui lui semblent ne pas concerner sa tradition directement.
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phalegtani
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MessagePosté le: Mar 16 Déc - 03:19 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Cher es-samarkandi,
Je suis pleinement d'accord avec ce que vous écrivez, mais en ce qui concerne les rapports entre l'intellect et la conscience, je ne comprends pas, d'une part, ce qui motive Vâlsan et d'autre part, ce qu'il apporte de plus que certains chapitres dans "Les Etats multiples..." La lecture de ce texte pourrait amener à négliger la Prashna Upanishad versus Allar, qui concerne précisément les aspects techniques du souffle. Il est vrai qu'Allar sort parfois de son rôle de traducteur, mais le texte de Shankarâchârya n'en demeure pas moins intact. Est-il nécessaire de préciser que Guénon se réfère constamment à cette Upanishad ?
En outre Vâlsan a publié cette étude avec deux textes de Guénon qui précisent les choses sur "L'esprit et l'intellect" et celui qui suit dans " Mélanges".
L'impression qui ressort de tout cela, mais je veux bien admettre qu'il s'agit d'une impression personnelle, c'est que c'est la tradition hindoue qui est égratignée.
Je connais l'oeuvre de Vâlsan depuis bientôt 20 ans, et je l'ai lue plusieurs fois, mais les études que je qualifie de "guénoniennes" pour les distinguer des  études "akbariennes" et qui comprennent aussi les Maîtres de cette école, me laissent perplexes et je dirais même suspicieux.Je ne suis pas le seul à partager ce sentiment. Tant du côté maghrébin qu'européen, si tant est qu'il n'y a pas que les Français qui sont francophones. De toute façon, je reste critique à l'égard de Guénon - et je vous invite à considérer son changement d'opinion sur Swedenborg- et je ne vois pas au nom de quel "moralisme", je n'adopterais pas la même attitude à l'égard de Vâlsan. A moins d'être gilissien qui, si on le suivait, l' imposerait comme "Cheikh" aux extra-terrestres.

Ceci étant, les commentaires de Guénon sur le choix de certains termes sont parfois plus éclairants que les termes eux-mêmes, et c'est la raison pour laquelle je faisais allusion aux arabes qui traduisent en français en se servant de la terminologie de Guénon, car il faut une véritable familiarité avec la langue pour obtenir un tel résultat. En outre, et c'est là que les choses se compliquent, ces développements de Guénon sur la langue ont un caractère initiatique, si on considère que l'analyse de certains mots suivent un processus qui reproduit une certaine logique ontologique, si je puis me permettre cette comparaison.
De toute façon, une langue n'est jamais fixe et l'oeuvre de Guénon est pleine de néologismes. L'arabe l'étant encore certainement beaucoups moins que le français, je ne désespère pas de voir certains de ses écrits traduits.Ce qui doit être souligné c'est la volonté de Guénon de traduire "L'homme et son devenir..." en arabe. Pourquoi ce texte ? Que signifiait ce désir du "regretté Maître", à une époque où il connaissait parfaitement la société égyptienne ?
 Peut-être qu'en commençant avec la version de "La Gnose" qui est moins fouillée, un résultat serait probant. L'intérêt de la tradition hindoue, c'est que chaque terme change de nom suivant la fonction qu'il incarne. Ainsi, Brahma peut devenir Agni qui est lui-même Vanaspati, à l'instar des Noms divins, mais il me semble que cela résulte plus d'une difficulté de compréhension que de traduction.
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phalegtani
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MessagePosté le: Mar 16 Déc - 03:42 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

Il y a quand même un autre problème que je voudrais vous soumettre.
Vous parlez d'adapter la terminologie de Guénon, mais cela est encore plus vrai pour Ibn Arabî qui à écrit il y a plusieurs siècles.
Je vous donne un exemple : dans la première traduction de Vâlsan parue en 1948, c'est-à-dire du vivant de Guénon, je me rappele avoir lu des considérations d'Ibn Arabî sur la connaissance sensible. A son époque, cela pouvait être rétabli dans son ordre, mais à notre époque, avec tout ce qu'à dit Guénon sur ce sujet ?
Or Vâlsan laisse passer,sans aucun commentaire. Je me demande ce qu'en a pensé Guénon ... Il s'agit du Traité sur le Nom d'Allâh.
Je sais que Vâlsan n'est pas Gilis, mais ce dernier va très loin dans ce domaine, il prend un plaisir pervers à mettre en exergue ce genre de conception du "Plus Grand des Maîtres", surtout dans ses commentaires de la traduction des Fusûs.
Je ne vous rappelerai pas ce que dit Guénon sur le mot tarjuman ...
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phalegtani
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MessagePosté le: Mar 16 Déc - 04:00 (2008)    Sujet du message: Michel Vâlsan Répondre en citant

La Prashna Upanishad présente un autre intérêt, maçonnique celui-là, quand on sait que Guénon compare les "attributs" du "Grand Architecte de l'Univers" aux shaktis des trois dévâs de la Trimûrti
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:29 (2017)    Sujet du message: Michel Vâlsan

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