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la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde
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Lutfi
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MessagePosté le: Mer 24 Sep - 11:50 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Comme nous avons déjà commencé à aborder les questions de l'éducation et celle du psychologisme, il peut être intéressant d'aborder la question de la nouvelle théorie de la résilience.
On sait que c'est une méthode qui prétend aider les victimes de traumatisme à surmonter celui-ci.

Il y a déjà eu une critique de gauche de cette théorie, dans la mesure où elle semble suggérer que c'est la réussite sociale qui est le critère de la guérison. Cette critique de gauche est pertinente, et nous pourrions la reprendre entièrement, mais c'est une critique partielle, et elle ne concerne que certains aspects de la soi-disant résilience.

On rappellera brièvement que "La résilience est, à l'origine, un terme pour expliquer la résistance des matériaux aux chocs." (pour citer wikipedia) C'est déjà un point significatif dans la mesure où l'être humain est comparé à un métal, ce qui sera assez évocateur pour certains de nos lecteurs.

Mais revenons aux autres aspects de la critique que l'on peut émettre contre cette théorie qui est surtout représentée en France par le Professeur Cyrulnik.

Une des premières critiques que j'ai vues sur Internet venait d'une victime de viol. Elle faisait simplement remarquer que Boris Cyrulnik ne cesse de parler de son propre traumatisme (pendant la Seconde Guerre Mondiale, ses parents ont été arrêtés par les nazis, et ne sont jamais revenus des camps, il a grandi orphelin). Effectivement, Cyrulnik revient régulièrement sur le nazisme, ce qui suggère simplement qu'il n'en a jamais guéri, et que donc sa théorie est assez peu efficace.

Une autre critique qu'il ne me semble pas avoir été formulée publiquement, c'est que, dans les théories de la résilience, la "créativité artistique" est considérée comme un facteur de guérison. Or la nature de l'art qui est créé n'est jamais abordée, non seulement d'un point de vue artistique, mais au point de vue des influences véhiculées par cet art. Il n'est pas difficile de constater que beaucoup d'oeuvres d'art, à notre époque, véhiculent des influences profondément délétères et déséquilibrantes, et il est raisonnable de supposer que les artistes qui en sont les auteurs furent victimes de traumatismes graves, seulement ce que leurs oeuvres véhiculent paraît surtout propre à transmettre quelque chose de ce traumatisme à leur environnement.

Un exemple assez parlant est celui d'un jeune homme qui a l'intention de se suicider suite à un chagrin d'amour. Avant de se suicider, il décide d'écrire, et écrit un beau roman sur le suicide. Finalement, il ne se suicide pas (Cyrulnik nous dirait probablement qu'il a "résilié") et vivra en fait très vieux, respecté comme un sage. C'est exactement le cas de Goethe et de son roman Les Souffrances du jeune Werther. Seulement ce roman a réellement provoqué une épidémie de suicide!  

Maintenant, il serait intéressant de voir quelles types d'influences agissent derrière les théoris de la résilience, du moins dan sle cas de Cyrulnik. L'un de ses livres s'intitule L'Ensorcellement du monde.

On dira que le titre est en lui-même très significatif, mais il peut être intéressant de regarder ce livre de plus près.
Le livre commence par un avertissement au lecteur: "Surtout, ne lisez pas ce livre. Fouillez-le."
Suivant le conseil de l'auteur, nous allons donc "fouiller".

L'intention du livre est résumée en une phrase: "Une seule perspective organise ce livre: l'ensorcellement du monde, la puissance occulte qui nous gouverne et nous force à être-avec... pour être."
Et "Assembler des paroles pour donner au monde la forme qu'il perçoit et dire un sortilège pour agir sur lui. Devenir sorcier à son tour, voilà le destin que l'homme s'assigne et nomme "liberté"."

Pour le lecteur qui a déjà une orientation traditionnelle, ces paroles dans la préface du livre seront suffisamment significatives, mais un rationaliste pourra n'y voir que des figures de style purement littéraires. Seulement, dans cette même préface, Cyrulnik nous conseille de lire dès le début la table des matières qui serait "le chapitre le plus important" (c'est en tout cas le moins fatiguant).

Citons donc quelques extraits de la table des matières:

Au bonheur des lobotomisés. Le présent n'existe pas. Sans angoisse, notre vie perdrait tout sens.

La peur et l'angoisse, ou le bonheur d'être possédé. La fonction de l'ensorcellement, c'est de nous fondre, avec les rochers si l'on est goéland, avec celui que l'on aime, si l'on est humain. Effet tranquillisant de l'hypnose chez les agneaux. L'angoisse, moteur de l'évolution.

Même en se limitant au point de vue rationnel, il est difficile de voir dans une telle théorie autre chose qu'un moyen de détraquement: un homme qui considère que c'est l'angoisse qui donne un sens à l'existence peut-il encore être médecin?

Dans le serment d'Hyppocrate il est dit: "Dans toute la mesure de mes forces et de mes connaissances, je conseillerai aux malades le régime de vie capable de les soulager et j'écarterai d'eux tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible." (traduction de Littré) ou encore:
"PREMIÈREMENT, être utile, ou au moins ne pas nuire, PRIMUM NIL NOCERE   [Ndlr :[i]écrit quelques fois primum non nocere[/i]] 
 
On peut se demander comment quelqu'un qui considère l'angoisse, non seulement comme un facteur positif, mais comme la clef du sens de la vie, peut encore exercer la médecine en accord avec le serment d'Hippocrate.  
 
Cyrulnik écrit encore: "Plus le développement des individus les mène à l'empathie, plus l'intelligence collective invente des mondes virtuels et plus nous éprouvons le malheur des autres et l'angoisse de l'inconnu. Nous pouvons donc prévoir en toute certitude le développement mondial de l'angoisse et de la dépression." (p. 83-84 de l'édition de poche) Ce qui doit probablement signifier que le monde a de plus en plus de sens. 
 
Maintenant, et malgré le caractère profondément répugnant de cette phrase, je voudrais faire une dernière citation de l'ouvrage de Cyrulnik, car cela peut donner à tous une idée de ce qui est inculqué aux psychologues et aux psychiatres aujourd'hui, et cela concerne donc à la fois toute personne traumatisée et toute personne qui peut avoir, parmi ses proches, une victime de traumatisme, ou, plus généralement, de troubles mentaux: 
 
"Certains hommes sont dégoûtés par l'expression des émotions qu'ils éprouvent comme une saleté humaine, une fiente de l'esprit. Leur simple présence sur scène constipe les comédiens qui sentent bien que dans l'esprit de l'autre ils ne sont que des excréments." (p. 242) 
 
Je crois que ces quelques extraits seront suffisants pour montrer au lecteur qu'il s'agit bien de méthodes créées par des détraqués, et dont il faut se garder comme de la peste.  
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MessagePosté le: Mer 24 Sep - 11:50 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Edgar



Inscrit le: 25 Juin 2008
Messages: 58

MessagePosté le: Mer 24 Sep - 22:53 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Je ne sais pas si cet exemple rentre dans le cadre du sujet... mais tout ça me fait penser à Jean Louis Costes.
http://www.costes.org/

Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un monsieur qui vit en Seine-St-Denis et qui passe le plus clair de son temps à enregistrer de la musique inaudible en hurlant tout ce qui lui passe par la tête dessus. Il fait aussi des concerts/spectacles dans le même genre, le plus souvent nu, seul ou accompagné, toujours hurlant des choses la plupart du temps sans queue ni tête. Il a également écrit 3 livres qui font un peu penser à du Céline, mais en beaucoup moins bien. Et il semble depuis peu s'intéresser au Christianisme, mais pour de drole de raisons...

Il ne s'agit pas de critiquer son "oeuvre" ou de le juger, mais de dresser un constat: depuis plus de 20 ans, Costes "fait de l'art" avec sa souffrance et son mal-être, il rempli des cassettes et des disques à ras bord avec tout ça... et il est toujours dans le même état ! Il a dû "mettre des mots" sur tout ce qui n'allait pas dans sa vie et sur tous ses traumatismes, et pourtant ça n'a rien changé du tout. On a même l'impression que ça empire avec l'âge.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Mer 24 Sep - 23:54 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Disons que les influences qu'il y a chez cet individu semblent bien du même ordre, mais cela ne veut pas dire qu'il y ait un lien. Cela dit, je ne serais pas non plus surpris si un jour quelqu'un présentait Costes comme un individu "résilient".
Parmi les exemples qu'aiment à citer les tenants de la "résilience", il y a Niki de Saint Phalle. Mais enfin il y en a bien d'autres. De toutes façons, les formes d'arts détraqués qui relèvent de la subversion sont vraiment légion aujourd'hui.

Je crois en tout cas important de souligner que le danger de théories comme celles de Cyrulnik (ou d'autres "psy"), c'est que ce sont bien des gens qui prétendent guérir les "âmes", et que sous ce rapport, leurs délires s'apparentent à ceux des faux instructeurs spirituels.
Bien des gens qui, autrefois, seraient allés voir un prêtre, vont maintenant voir un "psy". Si le psy est un détraqué, il n'est pas difficile de concevoir à quel point cela peut être dangereux.
Les théories sur la résilience pourraient bien sûr contenir une part de vérité - comme celles de l'école Palo Alto -, et certains médecins peuvent bien sûr aider, parce qu'ils ont une compassion réelle pour leur patient (une compassion réelle, pas de l'"empathie"), parce qu'ils ont une écoute, et aussi (je parle bien des médecins) parce qu'il peut leur arriver de donner un médicament utile en certaines crises. Mais les cas de guérison effective par la méthode "résilience" sont:
1) difficiles à évaluer (si l'on croit avoir aidé un patient traumatisé en l'encourageant à cultiver un "art" de malade, de "possédé" comme le dit Cyrulnik)
2) dans les cas de guérison réels, il est difficile de savoir si la guérison vient de la théorie, ou de l'humanité du médecin.

Et que devient le Serment d'Hippocrate, si le médecin commence à considérer la maladie comme un signe de santé? Or c'est bien le cas si un médecin considère que la vie sans angoisse est dépourvue de sens. Encore heureux si, réalisant que son patient n'est pas angoissé, il ne parvient pas à lui communiquer l'angoisse qui lui fait défaut.
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Corto



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MessagePosté le: Ven 26 Sep - 21:29 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Bonjour,

ce qui me porte à critiquer les théories de la résilience est qu'elles semblent s'encastrer parfaitement dans les techniques du travail sur soi venues d'Outre-Atlantique_ toute une littérature sur la "survie" en témoignera.

Tout se passe comme si on partait de l'idée a priori d'un moi profond stable, équilibré, à même de s'épanouir, sur lequel un traumatisme serait venu imprimer des blessures , des inhibitions, des angoisses. Le "travail" de résilience ( par une rencontre, par une thérapie, par une activité gratifiante...) permettrait de lever ces inhibitions, de corriger les croyances "limitantes" , de "guérir" des traumatismes et d'accéder au moi authentique permettant des relations authentiques avec autrui et donc la réussite sociale, le monde du travail accordant une place de plus en plus importante au savoir-être relationnel.
Cette grille de lectureme parait critiquable sur de nombreux points :

1 la psyché humaine sous l'angle psychanalytique n'est pas un "moi" maitre de son destin et qui aurait à surmonter des traumatismes venus de l'extérieur afin de mieux maitriser sa vie. Elle est une zone perpétuelle de conflits. L'inconscient est cette altérité en nous qui nous échappe. Nous ne pouvons en avoir la maitrise totale.

2 Chacun de nous a sa manière de considérer tel ou tel évènement, manière fortement influencée aussi par les expériences et les cheminements intellectuels. Il n'y a pas de linéarité. Selon une époque, un milieu, une chose va être vécue comme un scandale ou une banalité.

3 Implicitement ces théories peuvent jeter une suspicion sur la fonction parentale soupçonnée de provoquer des traumatismes dans le moi de l'enfant. C'est toute la nécessité de l'éducation , de la mise en place d'interdits qui est évacuée dans les essais de Cyrulnik, comme si les sources de la souffrance ne pouvaient être que dans les traumatismes et non, comme c'est pourtant le cas aujourd'hui, dans une absence de repères, dans l'angoisse que génère la contrainte d'avoir à "se construire" soi-même, c'est-à-dire sans repères.

4 Du point de vue social ou politique, la vision de l'homme qui triomphe actuellement ( l'homme autofondé, transparent à lui-même, ayant surmonté tous les traumatismes et maitre de sa vie psychique) évacue aussi toute prise en compte des contraintes externes dans les souffrances des individus. Si l'individu souffre, c'est lui le responsable. Un essai remarquable de Valérie Brunel ( plus exactement sa thèse de doctorat sous la direction de Vincent de Gaulejac , co-auteur du "Cout de l'excellence") critique les méthodes du développement personnel en entreprise et constate que cette vision de l'homme ne concerne pas que l'entreprise mais tous les pans de nos existences.
Or elle est présente de manière implicite dans les essais de Cyrulnik puisque le postulat de base est le suivant : il y aurait un moi bon, équilibré, en droit de se développer normalement et sur lequel des traumatismes viendraient faire des dégats.
Le succès social, devenue une norme et une condition d'intégration au groupe, serait la récompense de ceux qui auraient travaillé sur eux pour surmonter ces traumatismes. D'où le succès médiatique de cet auteur.
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"L'idée que les croyances de l'humanité entière ne sont qu'une vaste mystification à laquelle nous sommes à peu près les seuls à échapper est pour le moins prématurée."
René Girard.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Ven 26 Sep - 22:02 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Chère Corto,

je suis presqu' entièrement d'accord avec vous, sauf sur deux points.

Je suis obligé de citer ce que j'ai écrit, mais le début est bien de Cyrulnik :

Au bonheur des lobotomisés. Le présent n'existe pas. Sans angoisse, notre vie perdrait tout sens.

La peur et l'angoisse, ou le bonheur d'être possédé. La fonction de l'ensorcellement, c'est de nous fondre, avec les rochers si l'on est goéland, avec celui que l'on aime, si l'on est humain. Effet tranquillisant de l'hypnose chez les agneaux. L'angoisse, moteur de l'évolution.

Même en se limitant au point de vue rationnel, il est difficile de voir dans une telle théorie autre chose qu'un moyen de détraquement: un homme qui considère que c'est l'angoisse qui donne un sens à l'existence peut-il encore être médecin? "


On est donc loin, au moins dans le cas de Cyrulnik de l'idée selon laquelle "Tout se passe comme si on partait de l'idée a priori d'un moi profond stable, équilibré, à même de s'épanouir", idée qui pourrait être juste, si l'on se fonde sur l'enseignement traditionnel selon lequel est "selon la nature primordiale" (l'idée serait peut-être un peu simpliste, mais juste): pour Cyrulnik, c'est l'angoisse qui fonde le sens de la vie.

Et quel est le but de l'homme selon Cyrulnik? "Devenir sorcier à son tour, voilà le destin que l'homme s'assigne et nomme "liberté"."
C'est extrêmement sinistre! Ce n'est pas seulement naïf!

Vous écrivez: Implicitement ces théories peuvent jeter une suspicion sur la fonction parentale soupçonnée de provoquer des traumatismes dans le moi de l'enfant. C'est toute la nécessité de l'éducation , de la mise en place d'interdits qui est évacuée dans les essais de Cyrulnik, comme si les sources de la souffrance ne pouvaient être que dans les traumatismes et non, comme c'est pourtant le cas aujourd'hui, dans une absence de repères, dans l'angoisse que génère la contrainte d'avoir à "se construire" soi-même, c'est-à-dire sans repères.

Evidemment! Si le destin de l'homme est de devenir "sorcier à son tour", une éducation qui ne vous prépare pas à la sorcellerie doit être négative! Et si le sens de la vie est dans l'angoisse, on devrait condamner les parents qui n'essayent pas de transmettre l'angoisse à leurs enfants! Ce que propose Cyrulnik, de manière bien inconsciente, manifestement, c'est une réalisation à rebours!

Incidemment, Cyrulnik n'envisage de réussite que sociale, et dans le sens le plus grossier du terme. Mais ce qu'il propose est bien plus monstrueux: même si l'expression n'est pas d'une parfaite exactitude, on peut dire que ce qu'il propose, c'est une inversion systématique des valeurs. Si l'on reprend le symbolisme des contes de fées, et peu importe que l'on veuille ne voir que le sens symbolique, ou que l'on envisage aussi autre chose, la sorcière ou le sorcier, c'est le mal. Ce n'est pas à Blanche Neige que Cyrulnik propose de s'identifier,mais à la sorcière.

"Une seule perspective organise ce livre: l'ensorcellement du monde, la puissance occulte qui nous gouverne et nous force à être-avec... pour être."

La critique que vous faites de la théorie de la résilience concerne peut-être d'autres théoriciens que Cyrulnik, et aussi ce qui est le moins grave dans cette théorie, car alors on pourrait y voir une théorie qui n'est dangereuse que parce qu'elle est incomplète, et alors, pourquoi ne pas reprendre cette théorie en la complétant, et en critiquant l'idéologie capitaliste (ou libérale) qui est sous-entendue. Mais ce que propose Cyrulnik correspond de manière aussi exacte que possible à la voie infernale qui s'oppose à la Voie céleste.

Je voudrais ajouter une remarque qui me paraît vraiment essentielle, mais dont je reconnais qu'elle est loin de se limiter aux théories de la résilience. L'inhumanité et la réelle perversité de certains psy (psychiatres ou psychologues) est réellement un facteur de déstabilisation et de traumatisme grave pour certains patients dans des situations graves. Les signes que j'ai montré chez un des plus prestigieux psychiatres médiatiques de l'époque peuvent sous ce rapport être considérés comme des symptômes.
En effet, comme le dit Corto C'est toute la nécessité de l'éducation , de la mise en place d'interdits qui est évacuée dans les essais de Cyrulnik, comme si les sources de la souffrance ne pouvaient être que dans les traumatismes et non, comme c'est pourtant le cas aujourd'hui, dans une absence de repères, dans l'angoisse que génère la contrainte d'avoir à "se construire" soi-même, c'est-à-dire sans repères. Mais si il en est ainsi, c'est parce que chez ces psys, ce sont ces repères qui n'existent plus ou sont systématiquement niés et détruits. Seulement comment en parler à des gens qui considèrent que c'est l'angoisse qui donne un sens à l'existence? C'est tout juste si ils ne reprocheraient pas à des parents le fait de ne pas avoir créé d'angoisse chez leurs enfants!

Et je ne vois vraiment pas de solution sans un retour réel au serment d'Hippocrate.
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Corto



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MessagePosté le: Sam 27 Sep - 15:23 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Bonjour Lufti,

j'approuve entièrement ce que vous dites de la perversité de certains psy et de la responsabilité qu'ils portent tout en la déniant. Leur formation et déformations professsionnelle, l'absence de déontologie dans certaines branches dites de "développement personnel", etc. les poussent parfois à de graves manipulations ou à des interprétations sauvages. Des personnes venant d'être harcelée par exemple ou se trouvant dans une situation grave en font les frais à tous les sens du terme.
cela ne serait pas trop inquiétant en soi si les intérets du marché reflétant une vision de l'homme admise comme "allant de soi" ne venaient pas donner priorité à l'éfficacité au détriment de la vérite. Devenir sorcier pour Cyrulnik, pour d'autres accroitre leur pouvoir de manipulation sur les autres ou satisfaire à tous prix les objectifs de la finance, ce sont des objectifs discutables.
Discutable aussi le discours "scientifique" déconnecté de toute notion de morale, laissée pour ainsi dire en "roue libre".
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René Girard.
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Lutfi
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MessagePosté le: Sam 27 Sep - 15:48 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Bonjour Corto.

Je suis entièrement d'accord avec vous, et je me demande si la "théorie de la résilience" n'est pas, de toutes les théories psy, la plus liée à l'idéologie du libéralisme.

Quant à la morale, je trouve significatif que Patrick Henry, l'assassin du petit Philippe Bertrand, s'est déclaré "résilient" avant sa sortie de prison. Je serais curieux de savoir ce qu'en dit Cyrulnik. Ceci dit, peut-on vraiment dire que le discours pseudo-scientifique est déconnecté de toute morale, ou ne s'agit-il pas plutôt d'une morale inversée. D'une morale qui est simplement à rebours de la morale chrétienne (ou musulmane, ou confucéenne, etc.)?

******
 

Un autre passage du livre de Cyrulnik mérite d'être cité:

"...la phrase classique: "c'est la perte des valeurs traditionnelles qui explique l'abandon des enfants, l'infanticide, l'avortement, le viol, la délinquance..." ne tient pas la route puisque, justement, aucune valeur n'a tué plus d'enfants que les "valeurs traditionnelles". Le massacre des Innocents, la Saint-Barthélemy, les Croisades, l'Inquisition, le nazisme et les idéologies modernes en ont massacré des millions, au nom du Bien.
Le palmarès du carnage des enfants dans le monde aujourd'hui revient à la défense des valeurs traditionnelles. C'est pour défendre une nation, une religion, un chef ou une conception de l'économie que, ces dix dernières années, deux millions d'enfants de moins de dix ans ont été tués, cinq millions sont infirmes, un million cessent de vivre à l'intérieur de murs appelés "orphelinats", six à dix millions d'enfants soldats participent aux combats récents dans vingt-cinq pays, et douze millions de réfugiés sans famille, sans pays, sans école et sans métier se préparent une vie sans racines et sans espoir. Sans compter les moins de quinze ans qui travaillent à mort pour une industrie traditionnelle ou pour le tourisme sexuel, plus difficile à chiffrer."

Il est curieux que Boris Cyrulnik ne mentionne pas le communisme qui a, à lui seul, fait bien plus de morts que les autres massacres qu'il mentionne, à moins bien sûr que ce ne soit celui-ci qui est désigné par l'expression "idéologies modernes". Mais enfin qu'y a-t-il de traditionnel dans tout cela, on peut se le demander. On voudrait aussi savoir ce qu'il entend par "industrie traditionnelle", l'industrie à laquelle il fait allusion étant bien un produit du capitalisme (Cyrulnik devrait lire Karl Marx de temps à autre, au moins sur ce point). Et on voudrait savoir quelle est la morale traditionnelle qui encourage le tourisme sexuel (j'ai soudain l'impression que mes parents et grands-parents ont oublié de m'enseigner quelque chose, et je ne serai peut-être pas le seul lecteur à avoir ce sentiment).

Il est difficile de discuter les chiffres de Cyrulnik, puisqu'il ne donne pas les références précises (on voudrait savoir si, parmi les deux millions d'enfants tués ces dix dernières années, il inclut les 500 000 à un million d'enfants irakiens morts du fait de l'embargo américain, et si il estime que c'est au nom des "valeurs traditionnelles que les Américains ont imposé cet embargo à l'Iraq).

Mais enfin, puisque Mr. Cyrulnik a décidé de sortir de son domaine qui est la neuro-psychiatrie, il faudrait tout de même remettre quelques choses au point. Tous les crimes qui ont eu une motivation "idéologique" ont toujours été "justifiés" par une idée du bien, et donc par ce que les hommes reconnaissent comme tel. Doit-on conclure qu'il faut défendre le mal pour mettre fin aux crimes? Si c'est la pensée de Cyrulnik, il faudrait qu'il le dise clairement. Quant un livre entier est écrit en se réclamant des thèmes de la magie noire, il est un peu logique de poser une telle question.

On peut tout de même remarquer que si le palmarès des massacres appartient à l'époque moderne, c'est à cause des progrès de la technique, mais si il s'agit de l'époque contemporaine, il serait intéressant d'étudier et de connaître les chiffres réels de manière à déterminer ce qui est dû à la "défense des valeurs traditionnelles" et ce qui est causé par le mécanisme de la machine économique libérale qui représente bien le seul système connu à être en rupture avec ce que Cyrulnik appelle les "valeurs traditionnelles". On pourrait se demander par exemple combien, parmi les enfants victimes dont parle Cyrulnik sont victimes tout simplement des conséquences de la vente d'armes par certains pays comme la France d'aujourd'hui (entre autre), d'un pays qui ne cesse de ressasser sa nostalgie d'une Révolution dont le slogan le plus fameux était "il est interdit d'interdire".

Ce qui est clair, en tout cas, c'est l'opposition de Cyrulnik à la morale de toutes les traditions, qui partout dit: "ne fais pas à autrui ce que tu ne voulus pas qu'on te fît." Morale que, par un retournement étrange, Cyrulnik rend responsable de tous les crimes. Je parle d'un retournement étrange, mais pas si surprenant de la part de quelqu'un qui se réclame de la sorcellerie.
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Lutfi
Invité





MessagePosté le: Dim 28 Sep - 17:21 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Un autre point qu'il faut souligner, c'est l'utilisation permanente par Cyrulnik du mot "empathie".

A une question posée par une journaliste sur le 11 Septembre, Cyrulnik répond ainsi:

"Vous avez dû lire avec attention les profils de terroristes qui ont récemment été publiés dans la presse. Ces jeunes hommes avaient eu une enfance plutôt équilibrée, ils étaient diplômés... Pourtant, ils ont basculé dans le fanatisme et la violence. Comment l’expliquez-vous?
 Cyrulnik: Par l’absence d’empathie. Les Allemands sont devenus nazis exactement de la même manière: par incapacité de se représenter le monde de l’autre. Pour eux, il fallait être blond, dolichocéphale (au crâne allongé), non juif. Tous les autres étaient des êtres inférieurs. Les terroristes impliqués dans les attentats de New York avaient été des enfants bien élevés, bien développés, diplômés, mais n’avaient pas appris qu’il existe d’autres manières d’être humain que la leur." http://www.unesco.org/courier/2001_11/fr/dires.htm


Or, la signification du mot empathie est la suivante:

"L'empathie (du grec ancien εν, dans, à l'intérieur et πάθoς, souffrance, ce qu'on éprouve) est une notion complexe désignant le mécanisme psychologique par lequel un individu peut comprendre les sentiments et les émotions d'une autre personne, sans les ressentir lui-même." (wikipedia)

C'est une "conscience de la conscience d'autrui" (Larousse). L'empathie est donc très différente de la compassion. Et on pourrait remarquer que le bon tortionnaire doit faire preuve d'empathie, pour arriver à faire parler sa victime. Le chasseur doit faire preuve d'empathie pour le gibier, si il veut le piéger. Et quant à "apprendre qu'il existe d'autres façons d'être humain", on pourrait rappeler que tout bon policier connait la "façon d'être humain" des criminels, ce qui ne signifie pas qu'il l'approuve.

Et on pourrait noter en passant que les psychiatres nazis qui avaient été à l'école de Jung savaient certainement se représenter "le monde de l'autre" au moins autant que Cyrulnik, bien plus en fait, car, lui, il n'est pas capable de se représenter leur monde.

Depuis quelques temps, le mot empathie est d'ailleurs de plus en plus utilisé dans la novlangue officielle. Mais quant on voit le sens réel du mot utilisé par Cyrulnik, son explication du "11 Septembre" apparaît tout simplement grotesque.

La compassion est tout autre chose, parce qu'elle signifie "souffrir avec", souffrir de la souffrance de l'autre, et l'on pourrait même montrer que si l'on peut faire preuve de compassion sans être métaphysicien, un vrai métaphysicien est forcément doué de compassion, puisqu'il sait que tout ce qui arrive aux autres peut lui arriver, et que tout ce qu'il fait aux autres lui reviendra en bonne logique. Dans un écrit sur le Vêdânta, Tout est Un, l'auteur ironise sur ceux qui se croient métaphysiciens et font du mal aux autres, prouvant qu'ils n'ont aucune conscience du "choc en retour" que cela entraînera.

Or, il suffit de lire le serment d'Hippocrate pour constater que c'est bien la compassion qui en est le fondement, et c'est cette compassion que Cyrulnik semble s'ingénier à refuser.
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Corto



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MessagePosté le: Ven 3 Oct - 20:02 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Il n'est pas le seul !
Cette différence entre empathie et compassion montre qu'il y a au moins deux façons d'envisager l'autre et de chercher à le connaitre : avec l'empathie, on est dans la perspective scientifique déliée de toute transcendance et donc du souci de l'autre présent dans les grands systèmes religieux. L'empathie c'est le microscope ou la vidéocaméra, on cherche à percer l'autre à jour. Il y a une part d'intrusion et dans tous les cas un rapport de pouvoir et de domination masquée, celui qui fait preuve d'empathie tenant à collecter des infos et ayant le pouvoir de le faire alors que la réciproque n'est pas vraie. Je suis empathique avec quelqu'un vis-à-vis duquel je me trouve dans une relation inégalitaire (ex : je suis l'expert, l'enquêteur...). Il faut connaitre son ennemi et le mettre en confiance avant de le réduire. Les techniques de "développement personnel" et de communication en font abondamment usage et le plus souvent sans vergogne.
L'empathie est active, elle est au sens premier du terme agressive. Elle associe la méfiance au non respect des limites souvent dans un but normatif.

La compassion, elle, peut n'être qu'un simple sentiment qui ne va pas avoir de conséquence sur l'autre. Je peux éprouver de la compassion pour un SDF qui meurt de froid sans le soumettre à un interrogatoire psychologique. Au contraire: il y a dans la compassion une idée de respect qui veut que, du fait du souci que j'ai de l'autre, je ne m'acharne pas à lui proposer( à lui imposer) une "aide" qu'il ne demande pas et qui n'est souvent qu'un moyen de contrôle ou de domination : par mes questions, je prends pouvoir sur l'autre, je le mets sur le défensive.
Dans la compassion, il y a une idée de retenue, d'éthique du respect. Si j'ai de la compassion, c'est que je considère l'autre comme mon frère et donc comme un égal. Je ne profite donc pas de sa faiblesse pour en retirer une gloire personnel ( "avec MES méthodes, il va guérir") encore moins pour le réduire à cette faiblesse qui n'est peut-être que passagère. En outre je considère aussi que cette faiblesse lui est extérieure et pourrait m'arriver aussi, que nous pouvons tous être frappés. La compassion s'inscrit dans un ordre symbolique où existe une transcendance alors que l'empathie , elle, serait plutôt dans le registre de la science triomphante, de l'idéal de transparence et de l'individu mesure de toute chose.
Les méthodes de "développement personnel" véhiculent un idéal d'humain maitre de son destin gràce à un "travail sur soi" et donc "responsable " des malheurs qui lui arrivent. En se connaissant assez, on pourrait avoir la maitrise de toutes ses émotions, corriger toutes ses projections, être transparent à soi-même et aux autres et tout maitriser y compris nos relations, y compris ce qui vient des autres. Les slogans de ce type de pratiques sont en effet "la solution elle est en vous, elle ne viendra pas de l'extérieur" et "ne rejetez pas vos responsabilités sur les autres".
Dans cette optique, l'empathie partant de ce postulat selon quoi "cela vient de celui qui souffre" vise à l'aider à disséquer les éventuels mécanismes qui ont conduit le souffrant à une erreur que "lui seul peut corriger"et qui serait la seule cause possible de sa souffrance. Ily a dans cette "empathie" une très grande violence parce que d'emblée la connaissance de l'autre est intrusive et elle vise à lui montrer que s'il souffre, c'est de sa faute en quelque sorte. Cela revient à faire porter à l'individu des responsabilités qui lui incombent rarement et à lui coller son malheur sur le dos, à le redoubler, à le rendre, pour reprendre l'expression de maitre Badinter, "coupable d'être victime".

Hippocrate avait conscience de la situation d'humiliation potentielle que recèle le fait d'être patient : on livre son corps et sa santé, on dévoile son intimité. Le serment tend donc à limiter les abus possibles.
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René Girard.
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Lutfi
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MessagePosté le: Sam 4 Oct - 01:44 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Tout à fait d'accord avec vous, chère Corto. Sauf peut-être sur ce point: "Il y a dans cette "empathie" une très grande violence parce que d'emblée la connaissance de l'autre est intrusive et elle vise à lui montrer que s'il souffre, c'est de sa faute en quelque sorte."
Ce n'est, théoriquement pas la perspective de l'école de la résilience. En revanche, et sur ce point cette théorie en rappelle bien d'autres, comme la psychanalyse elle-même (dont Cyrulnik se réclame), elle est loin d'être innocente, en ce sens qu'elle prétend répondre à des questions qui relèvent de la spiritualité.

C'est peut-être l'occasion de revenir sur le Bouddhisme, parce qu'il y a à l'heure actuelle des travaux importants qui sont faits entre des Bouddhistes et des psychologues et psychiatres modernes, et c'est peut-être le moyen de restituer à la psychologie son caractère de science traditionnelle, tout en tirant le meilleur parti de ce que certaines découvertes de la psychologie moderne peuvent avoir de réellement positif.

Il est important de souligner que l'on peut parfaitement bénéficier de ces enseignements sans être soi-même bouddhiste.


En revanche je dois dire que ce qui me gêne le plus dans la théorie de la résiience, c'est le fait qu'elle est développée par des gens qui semblent fort loin d'être eux-mêmes équilibrés.
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Salomon Bel-Air



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MessagePosté le: Sam 4 Oct - 14:04 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Lutfi a écrit:
En revanche je dois dire que ce qui me gêne le plus dans la théorie de la résilience, c'est le fait qu'elle est développée par des gens qui semblent fort loin d'être eux-mêmes équilibrés.









Je ne suis pas d'accords avec vous. C'est plutôt l'inverse, je crois que la théorie de la résilience ne sont pas approfondie par des personnes qui souffrent, qui éprouvent leurs propres malaises. Ces gens là font, pour la plupart, au moins la différence entre ce qu'ils savent et ce qu'ils sentent qui est un conflit me semble-t-il développer dans la tradition bouddhiste.

Puisque que l'on parle d'empathie et de compassion : Un petit texte de Cioran sur la souffrance ne ferait pas de mal.

Citation:



Il en est qui sont condamnés à ne savourer que le poison des choses, pour qui toute surprise est douloureuse et toute expérience une nouvelle torture. Cette souffrance , dira-t-on, a des raisons subjectives et procède d'une constitution particulière : mais existe-t-il un critère objective pour apprécier la souffrance ? Qui donc pourrait certifier que mon voisin souffre plus que moi-même, ou bien que le Christ a souffert plus que quiconque ? La souffrance n'est pas appréciable objectivement, car elle ne se mesure pas à une atteinte extérieure ou à un trouble précis de l'organisme, mais à la manière dont la conscience la reflète et la ressent. Or, de ce point de vue, toute hiérarchique devient impossible. Chacun gardera sa propre souffrance, qu'il croit absolue et sans limite. Même si nous devons évoquer toute celle du monde, les agonies les plus terribles et les supplices les plus élaborés, les morts les plus atroces et le plus douloureux des abandons [..], la notre en serait-elle soulagée d'autant. Nul ne saurait trouver de consolation, au moment de l'agonie, à la simple pensée  que tout les hommes sont mortels, de même que souffrant, l'on ne saurait trouver de soulagement dans la souffrance présente ou passée des autres. En ce monde organiquement déficient et fragmentaire, l'individu  tend à élever sa propre existence au rang d'absolu : ainsi, chacun vit comme s'il était le centre de l'univers ou de l'histoire. S'efforcer de comprendre la souffrance d'autrui ne diminue pas pour autant la sienne propre. En pareil cas, les comparaison n'ont aucun sens, puisque la souffrance est un état de solitude intérieur que rien d'extérieur ne peut soulager. Pouvoir souffrir seul est un grand avantage. Qu'arrive-t'il si le visage humain exprimait fidèlement toute la souffrance du dedans, si toute le supplice intérieur passait dans l'expression ? Pourrions-nous encore converser ? Pourrions-nous encore échanger des paroles en nous cachant des mains. ? La vie serait décidément impossible si l'intensité de nos sentiments pouvait se lire sur nos traits.



Sur les cimes du désespoir.

EDIT : Fautes d'orthographe du texte de Cioran.


Dernière édition par Salomon Bel-Air le Sam 4 Oct - 19:42 (2008); édité 3 fois
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Lutfi
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MessagePosté le: Sam 4 Oct - 15:30 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Cher Salomon,

Merci pour ce beau texte de Cioran.

Avant d'y revenir, je dois répondre à ce que vous dites sur les théoriciens de la résilience.

Citation:
Lutfi a écrit:
En revanche je dois dire que ce qui me gêne le plus dans la théorie de la résilience, c'est le fait qu'elle est développée par des gens qui semblent fort loin d'être eux-mêmes équilibrés.






Je ne suis pas d'accords avec vous. C'est plutôt l'inverse, je crois que la théorie de la résilience ne sont pas approfondie par des personnes qui souffrent, qui éprouvent leurs propres malaises.

Si vous pensez à David Servan-Schreiber, je serais assez d'accord avec vous. Mais Cyrulnik, lui, a réellement souffert et souffre encore d'un traumatisme effroyable: enfants ses parents sont arrêtés par les nazis, ils ne reviendront pas des camps, Cyrulnik a grandi orphelin. Sous ce rapport, il est bien qualifié pour parler des traumatismes. Et je dois dire que ce qui me paraissait juste et intéressant dans l'idée de la résilience, c'est de chercher le sens d'un traumatisme dans ce que la victime a fait par la suite. Il est bien évident que si un être souffre d'un traumatisme, cette souffrance est dans le présent, mais est causée par ce qui a eu lieu dans le passé. Or, c'est peut-être ce que nous faisons de notre passé qui lui donne un sens. On pourrait prendre l'image du bain d'Archimède ou de la pomme de Newton: ce sont des événement insignifiant en eux-même, et qui ont pris une signification immense. Pourquoi n'en irait-il pas de même pour un traumatisme?

Seulement à partir du moment où les deux critères employés par les théoriciens comme Cyrulnik sont la créativité artistique (sans se soucier de la nature et de la qualité de l'art qui est créé) et la réussite sociale, c'est la porte ouverte aux pires confusions.

Pour revenir au passage de Cioran, j'en retiendrai cet extrait:

Citation:
La souffrance n'est pas appréciable objectivement, car elle ne se mesure pas à une atteinte extérieure ou à un trouble précis de l'organisme, mais à la manière dont la conscience la reflète et la ressent. Or, de ce point de vue, toute hiérarchie devient impossible.


Or, si l'on fait une analogie entre le physique et le psychique, je crois qu'une telle hiérarchie est possible. Prenons le traumatisme physique dû à une chute. Il est évident que ce n'est pas la hauteur de la chute qui peut permettre de juger la gravité du traumatisme, mais le résultat: pendant la Seconde Guerre Mondiale, un pilote a dû se jeter de son avion sans parachute. C'était en hiver, au dessus d'une forêt de sapins, et il s'est simplement cassé une jambe et un bras, ou quelque chose comme cela. En revanche, il y a régulièrement des cas de gens qui se sont tués en tombant de leur propre hauteur.

Dans le domaine du corps, il n'y a pas d'illusion possible: le mort est mort, le vivant est vivant, et les infirmités se distinguent d'une douleur passagère. Et peu importe la cause extérieure: il y a des gens qui ont vécu des choses terribles, et qui ont résisté au choc. Des blessures en apparence mineures peuvent avoir eu des conséquences effroyables.

Seulement dans le domaine du corps, tout le monde sait ce que signifie être normal. Pour un être humain, avoir une tête, deux yeux deux oreilles, une bouche, deux bras, deux jambes, etc. Si je dis à un médecin que je suis handicapé parce qu'il me manque des tentacules, par exemple, il me renvoit à un autre service (psychiatrique, justement). Cela a l'air d'une boutade, mais justement, dans le domaine intérieur qu'étudie la psychiatrie, et qui risque fort de contenir le psychique et le spirituel, il est pratiquement impossible de dire qui est normal et qui ne l'est pas. (N'empêche que si j'avais des tentacules en ce moment, ce serait bien pratique)

Cela se comprend assez si l'on considère que l'individu humain n'est pas à lui-même sa raison d'être, mais un lieu intermédiaire entre l'animal et le Sur-Homme, ce que Nietzsche a pressenti, et qui est le coeur de la question initiatique. Sous ce rapport, on pourrait dire que le danger de toutes les théories psychologiques modernes, c'est d'aborder une question éminemment initiatique de manière profane.

Et je serais tenté de dire que la seule solution serait, pour ces psychologues, de reconnaître cette limite de leur travail, et de renvoyer leurs patients à une autorité spirituelle authentique, ce qu'a fait Bettelheim avec sa Psychanalyse des contes de fée, et ce que font aussi les psychologues qui travaillent en commun avec des autorités du Bouddhisme.
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Corto



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MessagePosté le: Sam 4 Oct - 20:38 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

dans le fond je pense que nous sommes d'accord sur le fait que la souffrance fait partie de cet Autre qui nous échappe et qu'il est vain de vouloir la mesurer, la maitriser, bref : traiter avec elle, avec ce qui s'impose à nous, uniquement par les moyens d'une science déliée de toute transcendance.
D'où l'absurdité de ces thérapeutes qui vont prôner des méthodes de travail sur soi pour ne plus souffrir alors qu'eux-même n'ont jamais été dans la situation de leurs patients.
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Lutfi
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MessagePosté le: Dim 5 Oct - 02:24 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Je crois, à ce sujet, que le premier à avoir remis en cause la psychanalyse "de l'intérieur", puisqu'il était lui-même psychanalyste, est Viktor Frankl. Déporté, il tenta de psychanalyser d'autres déportés, et se rendit compte de l'inaptitude de la psychanalyse à répondre à la question du sens. Je rapporte ce que j'en ai entendu dire par le Rav Ron Chaya, mais cela me semble intéressant: le psy qui souffre de la même situation que ses patients prend conscience de l'impuissance de sa méthode. (A ce sujet, la video du Rav Ron Chaya sur Freud et Frankl, disponible sur Dailymotion, est probablement une de ses conférences les plus intéressantes et les moins contestables.)

En tout cas, et cela vaut pour toutes les formes de psychologies modernes, y compris la psychiatrie, je peux dire que j'y ai été confronté directement, notamment pour des personnes proches, et que ce que j'en sais, sauf de rares et d'autant plus honorables exceptions, est tout simplement monstrueux. J'aurais à raconter sur ce sujet des "anecdotes" qui dépassent l'imagination.
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Salomon Bel-Air



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MessagePosté le: Dim 5 Oct - 11:04 (2008)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde Répondre en citant

Petite parenthèse.
Lutfi, vous avez une très bonne appréhension des divers apparences de la psychologie moderne ou classique. Il serait alléchant d'en déballer sur un autre fil dans l'intention de les distinguer et aussi, par la même, de les délimiter un par un.  Cela va de soi, en supposant que vous le voulez bien.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:56 (2017)    Sujet du message: la théorie de la résilience: l'ensorcellement du monde

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